vendredi 9 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2209337 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | SELAFA CASSEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 décembre 2022 et le 25 janvier 2024, le Fonds de garantie des victimes d'actes de terrorisme et d'autres infractions (FGTI), représenté par la SELAFA Cassel, demande au tribunal :
1°) de condamner l'État à lui verser la somme de 6 070 euros, assortie des intérêts légaux à compter du 22 août 2022 et de leur capitalisation ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- dans le cadre de la procédure d'indemnisation devant la Commission d'indemnisation des victimes d'infraction du tribunal de grande instance de Lyon, il a versé la somme de 6 070 euros à M. A, victime d'une agression en service, qu'il est ainsi subrogé dans les droits de ce dernier et qu'il peut obtenir le remboursement par l'État des sommes versées en application de l'article 706-11 du code de procédure pénale ;
- la collectivité publique est tenue de réparer l'intégralité du préjudice subi par les agents publics de l'administration pénitentiaire et résultant d'une agression en service, en application de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983, de l'article 112 de la loi du 18 mars 2003 et de l'article 16 de la loi du 24 novembre 2009.
Par des mémoires en défense enregistrés les 16 et 23 janvier 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut, dans le dernier état de ses écritures, à ce qu'il n'y a plus lieu de statuer sur la requête.
Il fait valoir qu'il a versé la somme de 6 070 euros au FGTI le 22 janvier 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bertolo,
- les conclusions de M. Pineau, rapporteur public.
Une note en délibéré présentée par le FGTI a été enregistrée le 26 janvier 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, fonctionnaire de l'administration pénitentiaire en poste à la maison d'arrêt de Lyon Corbas, a été agressé le 8 février 2019 dans l'exercice de ses fonctions par un détenu. L'auteur des faits ayant été déclaré irresponsable de ses actes, l'action publique a été classée sans suite. Ainsi, M. A a saisi la commission des victimes d'infractions (CIVI) du tribunal correctionnel de Lyon, qui a diligenté une expertise médicale. Sur le fondement des conclusions de l'expertise et en application des dispositions des articles 706-5-1 et R. 50-12-1 du code de procédure pénale, le Fonds de garantie des victimes d'actes de terrorisme et d'autres infractions (FGTI) a, par un courrier en date du 3 février 2022, proposé à M. A l'indemnisation de ses préjudices à hauteur de 6 070 euros, accord homologué par la présidente de la CIVI, le 4 avril suivant. Par une lettre du 16 août 2022, le FGTI, faisant valoir qu'il était subrogé dans les droits du fonctionnaire, a sollicité du garde des sceaux, ministre de la justice, le versement d'une indemnité de 6 070 euros sur le fondement de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983. En l'absence de réponse du garde des sceaux, ministre de la justice, le FGTI demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 6 070 euros assortie des intérêts.
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
2. Si le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut dans son mémoire en défense, du 23 janvier 2024, à ce qu'il n'y a plus lieu de statuer sur la requête dès lors qu'il aurait procédé au versement de la somme de 6 070 euros au FGTI, il ne produit cependant, aucune attestation comptable permettant d'en justifier, se bornant à produire la copie d'écran d'une application qui ne saurait attester de la réalité du versement effectué au profit du FGTI. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense doit être écartée.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. D'une part, en vertu des articles 706-3 et 706-4 du code de procédure pénale, toute personne ayant subi un préjudice résultant de faits volontaires ou non qui présentent le caractère matériel d'une infraction peut, lorsque certaines conditions sont réunies, obtenir la réparation intégrale des dommages qui résultent des atteintes à la personne auprès d'une commission d'indemnisation des victimes d'infractions, juridiction civile instituée dans le ressort de chaque tribunal de grande instance qui peut rendre sa décision avant qu'il soit statué sur l'action publique ou sur les intérêts civils. L'indemnité accordée par la commission est versée par le Fonds de garantie des victimes d'actes de terrorisme et d'autres infractions. Le premier alinéa de l'article 706-11 du code de procédure pénale dispose que le fonds " est subrogé dans les droits de la victime pour obtenir des personnes responsables du dommage causé par l'infraction ou tenues à un titre quelconque d'en assurer la réparation totale ou partielle le remboursement de l'indemnité ou de la provision versée par lui, dans la limite du montant des réparations à la charge desdites personnes ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 134-5 du code général de la fonction publique : " La collectivité publique est tenue de protéger l'agent public contre les atteintes volontaires à l'intégrité de sa personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. / Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. ". Aux termes de l'article L. 134-10 du même code : " La protection de l'Etat dont bénéficient les préfets, sous-préfets, autres agents publics de l'administration préfectorale, les agents publics de l'administration pénitentiaire ainsi que les agents des douanes en vertu du présent chapitre couvre les préjudices qu'ils subissent à l'occasion ou du fait de leurs fonctions. ".
4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que la collectivité publique dont dépend un agent victime de violences dans le cadre de ses fonctions, dès lors qu'elle est tenue, au titre de la protection instituée par l'article L. 134-5 du code général de la fonction publique, de réparer le préjudice résultant de ces violences, est au nombre des personnes à qui le FGTI peut réclamer le remboursement de l'indemnité ou de la provision qu'il a versée à cet agent à raison des mêmes violences, dans la limite du montant à la charge de cette collectivité.
5. La nature et l'étendue des réparations incombant à une collectivité publique ne dépendent pas de l'évaluation du dommage faite par l'autorité judiciaire dans un litige auquel cette collectivité n'a pas été partie, ou en vertu de la transaction conclue entre le FGTI et la victime, mais doivent être déterminées par le juge administratif compte tenu des règles relatives à la responsabilité des personnes morales de droit public.
6. En premier lieu, il résulte du rapport d'expertise médicale versé au dossier, que l'agression dont a été victime M. A est à l'origine d'un déficit fonctionnel temporaire partiel de 20 % pour la période allant du 8 février au 4 mars 2019, puis de 10 % pour la période allant du 5 mars au 1er septembre 2019, la consolidation médico-légale de son état de santé ayant été fixée au 2 septembre 2019. Par ailleurs, M. A, âgé de 49 ans à la date de cette consolidation, souffre d'un déficit fonctionnel permanent de 2 %. En l'absence de toute contestation de l'État, il sera fait une juste appréciation des préjudices causés par ces déficits fonctionnels temporaires et permanent par l'allocation des sommes de 570 euros et 2 500 euros.
7. En deuxième lieu, eu égard à l'agression subie par M. A victime d'un coup de tête violent lui ayant occasionné une déviation de la cloison nasale, il sera fait une juste appréciation des souffrances temporaires endurées, évaluées à 1 sur 7 par l'expert, en accordant une somme de 1 500 euros.
8. En dernier lieu, l'expert médical qui a examiné M. A a constaté l'existence d'un préjudice esthétique temporaire, lié à la contusion au nez, ainsi que d'un préjudice esthétique permanent en raison d'une légère déviation axiale droite, qu'il a évalué à 1 sur 7. Ces préjudices doivent être chiffrés pour l'ensemble à la somme de 1 500 euros.
9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède le FGTI, subrogé dans les droits de M. A, est fondé à demander la condamnation de l'État à lui verser une indemnité de 6 070 euros. Cette somme devra être assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de réception de la demande adressée par le fonds au garde des sceaux, ministre de la justice, soit le 22 août 2022.
10. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 14 décembre 2022. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 22 août 2023, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État, partie perdante, le versement au FGTI d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au titre des frais exposés pour l'instance et non compris dans les dépens.
D É C I D E
Article 1er : L'État est condamné à verser au Fonds de garantie des victimes d'actes de terrorisme et d'autres infractions la somme de 6 070 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 22 août 2022. Les intérêts échus à la date du 22 août 2023 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : L'État versera au FGTI une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié au Fonds de garantie des victimes d'actes de terrorisme et d'autres infractions (FGTI) et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 26 janvier 2024, où siégeaient :
Mme Baux, présidente,
M. Bertolo, premier conseiller,
M. Gueguen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2024.
Le rapporteur,
C. Bertolo
La présidente,
A. Baux
Le greffier,
J.P Duret
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026