vendredi 25 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2209779 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | BRENDEL-FARGETTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés le 30 décembre 2022 et le 22 septembre 2023, Mme D B, représentée par Me Brendel-Fargette, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 105 278, 36 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est recevable ;
- la responsabilité du rectorat de l'académie de Lyon est engagée dès lors qu'elle a été placée dans une situation susceptible d'affecter sa santé et sa sécurité, qu'elle n'a pas été inscrite au tableau d'avancement de l'année 2020 et que sa pathologie a été reconnue imputable au service ;
- son préjudice lié au déficit fonctionnel permanent peut être évalué à 50 000 euros, les souffrances endurées à 3 000 euros, les troubles dans les conditions d'existence à 15 000 euros, le préjudice moral à 15 000 euros et le préjudice financier à 37 278, 36 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 juillet 2023, le recteur de l'académie de Lyon conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête n'est pas recevable en l'absence au jour de la requête d'une demande indemnitaire préalable de Mme B ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les pièces du dossier ;
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Gueguen, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Directrice de l'école maternelle Les Corbettes à Trévoux (Ain) depuis le mois de septembre 2016, Mme D B a développé une pathologie cardiaque et une pathologie dépressive qui ont toutes deux été reconnues imputables au service par une décision du 19 octobre 2021 du recteur de l'académie de Lyon. Mme B demande la condamnation de l'Etat à l'indemniser des différents préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de ces pathologies.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".
3. En l'espèce, le recteur de l'académie de Lyon reconnaît dans son mémoire en défense enregistré le 7 juillet 2023, avoir reçu la demande indemnitaire préalable de Mme B datée du 27 décembre 2022. Le silence gardé sur cette demande pendant plus de deux mois a fait naître une décision de rejet qui a ainsi lié le contentieux en cours d'instance. La fin de non-recevoir tirée de l'absence de liaison du contentieux doit par suite être écartée.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
En ce qui concerne le principe de la responsabilité :
4. Les collectivités publiques ont l'obligation de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Même en l'absence de faute de celle-ci, le fonctionnaire victime d'un accident de service peut obtenir de la collectivité qui l'emploie une indemnité réparant les préjudices extra-patrimoniaux résultant de l'atteinte qu'il a subie dans son intégrité physique, des souffrances physiques ou morales et des préjudices esthétiques ou d'agrément subis. Le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature que ceux réparés par l'allocation temporaire d'invalidité ou la rente viagère, ou des préjudices personnels, peut également obtenir de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice. Enfin, le fonctionnaire peut engager une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage par la collectivité, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité.
5. En premier lieu, Mme B se prévaut du manquement de son employeur, qui ne l'aurait pas protégée du comportement de harcèlement moral provenant des enseignants et agents de l'école des Corbettes. Mme B produit deux attestations de membres de cette école faisant état, de manière générale, d'un refus des enseignants et agents de mettre en œuvre les changements d'organisation décidés par Mme B, alors directrice, d'entorses délibérées de leur part au règlement de l'école et d'interpellations brutales de Mme B en réunion ou dans les couloirs. Toutefois, ces éléments, qui ne sont ni datés ni circonstanciés, ne sont pas présentés de manière suffisamment précise pour faire présumer l'existence d'une situation de harcèlement moral. En outre, il ressort des pièces du dossier que le rectorat a proposé à Mme B de la recevoir en entretien et de mettre en œuvre des réunions de médiation afin d'apaiser la situation de conflit au sein de l'école des Corbettes et que Mme B a été reçue par la médecine du travail à de nombreuses reprises entre 2018 et 2021. Par suite, Mme B ne démontre pas que le rectorat aurait commis une faute dans ses obligations de santé et de sécurité au travail.
6. En second lieu, Mme B se prévaut d'une faute commise par le recteur de l'académie de Lyon dans l'établissement du tableau d'avancement de l'année 2020 en tant que son nom n'y figure pas. Elle produit à cet égard les appréciations très positives quant à sa manière de servir depuis 1992. Toutefois, elle ne démontre pas que les personnes inscrites sur ce tableau, qu'elle ne produit d'ailleurs pas, présenteraient un mérite inférieur au sien. Par suite, elle n'établit pas que le rectorat aurait commis une faute dans l'élaboration du tableau d'avancement de l'année 2020.
7. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à soutenir que la responsabilité pour faute du rectorat de l'académie de Lyon serait engagée à son égard. Toutefois et en application des principes exposés au point 4, Mme B est fondée à demander la réparation des dommages résultant pour elle de la pathologie cardiaque et de la pathologie dépressive dont elle souffre et dont l'imputabilité au service a été reconnue.
En ce qui concerne les préjudices :
8. En premier lieu, il résulte de l'instruction que les pathologies cardiaque et dépressive imputables au service présentées par Mme B se sont traduites notamment par une opération du cœur au mois de juin 2017 et par une tentative de suicide au mois de juillet 2017. Dans les circonstances de l'espèce et alors que l'expert, a estimé à 2/7 le niveau des souffrances endurées par Mme B, il y a lieu de fixer à 1 500 euros le montant de l'indemnité due à la requérante au titre des souffrances qu'elle a endurées avant la consolidation de son état de santé.
9. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, en particulier du dernier titre de pension indiquant le taux de la rente viagère d'invalidité dont bénéficie Mme B, que la requérante présente un taux d'incapacité permanente de 28 % pour l'ensemble de ses pathologies. Contrairement à ce qui est soutenu en défense, l'attribution d'une rente viagère d'invalidité ne répare pas le déficit fonctionnel permanent mais seulement l'incidence professionnelle et la perte de revenus induits par un accident de service. Compte tenu de l'âge de Mme B, qui est née en 1968, il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel permanent dont la requérante demeure affectée en mettant à ce titre à la charge du rectorat le versement d'une indemnité de 45 000 euros.
10. En dernier lieu, si Mme B soutient avoir subi des troubles dans ses conditions d'existence " résultant de la nécessité d'entreprendre de multiples démarches administratives pour faire valoir ses droits ", elle n'apporte pas les justifications permettant de tenir ce préjudice pour établi.
11. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 46 500 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis.
Sur les frais liés au litige :
12. En application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme B de la somme de 1 500 euros au titre des frais d'instance.
DECIDE :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme B la somme de 46 500 euros.
Article 2 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à Mme B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B, au recteur de l'académie de Lyon et au ministre de l'éducation nationale.
Délibéré après l'audience du 11 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Vaccaro-Planchet, présidente,
Mme A et Mme C, premières conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2024.
La rapporteure,
C. ALa présidente,
V. Vaccaro-Planchet
La greffière,
E. Gros
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°2209779
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026