vendredi 18 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2300253 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | LANTHEAUME |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés le 12 janvier 2023 et le 24 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Lantheaume, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 35 000 euros, avec intérêts au taux légal et capitalisation des intérêts, en réparation des préjudices qu'il a subis lors de la manifestation du 5 décembre 2019 à Lyon ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a été blessé par un tir de grenade lacrymogène lors de la manifestation du 5 décembre 2019 à Lyon ;
- il a subi un préjudice constitué de souffrances endurées, à hauteur de 10 000 euros, d'un déficit fonctionnel temporaire qui doit être évalué à 10 000 euros, d'un déficit fonctionnel permanent qui doit être évalué à 7 000 euros, d'un préjudice esthétique temporaire qui doit être évalué à la somme de 3 000 euros, d'un préjudice moral à hauteur de 5 000 euros et de troubles dans les conditions d'existence qui doit être évalué à la somme de 3 000 euros ;
- en application de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure, l'Etat est responsable des dégâts et dommages résultant des crimes et délits commis par des attroupements contre les personnes, ainsi que des mesures prises par les autorités pour rétablir l'ordre ;
- l'Etat est responsable des dommages causés par l'emploi d'armes comportant des risques exceptionnels par les forces de l'ordre ;
-l'Etat a commis une faute dans l'opération de rétablissement de l'ordre public ;
- lui-même n'a commis aucune faute susceptible d'exonérer partiellement la responsabilité de l'Etat, dès lors qu'il défilait pacifiquement et cherchait à quitter la manifestation.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 janvier 2023, le ministre de l'intérieur conclut à sa mise hors de cause.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 juillet 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
La procédure a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Ardèche qui n'a pas produit d'observations.
Vu les pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Feron,
- les conclusions de M. Gueguen, rapporteur public,
- et les observations de Me Lantheaume pour M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A demande la condamnation de l'Etat à lui verser la somme totale de 35 000 euros en réparation des préjudices qu'il a subis du fait du tir d'une grenade lacrymogène lors de la manifestation contre la réforme des retraites du 5 décembre 2019 à Lyon.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :
2. Aux termes de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure : " L'Etat est civilement responsable des dégâts et dommages résultant des crimes et délits commis, à force ouverte ou par violence, par des attroupements ou rassemblements armés ou non armés, soit contre les personnes, soit contre les biens. () ". Ces dispositions visent non seulement les dommages causés directement par les auteurs de ces crimes ou délits, mais encore ceux que peuvent entraîner les mesures prises par l'autorité publique pour le rétablissement de l'ordre.
3. En premier lieu, il résulte de l'instruction que le 5 décembre 2019 aux alentours de 13 heures place Raspail à Lyon, M. A a été blessé au visage par un projectile qui lui a causé cinq fractures aux os de l'arcade sourcilière et de la pommette. L'experte, désignée par le tribunal judiciaire, a estimé les lésions de M. A compatibles avec ses déclarations selon lesquelles il a été blessé par une grenade lacrymogène qui aurait explosé au sol après l'avoir heurté au visage. Il ressort des pièces produites en défense, notamment du compte-rendu opérationnel de la manifestation du 5 décembre 2019, que les forces de l'ordre ont été ciblées à 12 heures 45 par des jets de projectile au niveau de la place Raspail, laquelle place a concentré l'essentiel des affrontements de la manifestation, et qu'elles ont répliqué par le tir de grenades lacrymogènes dont certaines ont été tirées au lanceur " cougar " au cours de la journée. Le requérant produit en outre une attestation d'un membre de l'équipe médicale " StreetMedics ", qui l'a vu recevoir une cartouche de gaz lacrymogène dans le visage avant de lui porter secours. Dans ces conditions, il est suffisamment établi que M. A a été touché par un tir de grenade lacrymogène émanant des services de police, alors même que l'instruction de la plainte pénale déposée le 19 décembre 2019 par M. A n'est toujours pas terminée. En tout état de cause, à supposer même que la blessure du requérant ait pu être provoquée par un projectile lancé par un autre participant au rassemblement, cette circonstance ne ferait pas obstacle à l'engagement de la responsabilité de l'Etat sur le fondement des dispositions précitées.
4. En second lieu, il résulte de l'instruction que les affrontements ayant eu lieu aux alentours de 13 heures entre les services de police et un groupe d'individus cagoulés qui s'étaient joints au cortège s'inscrivent dans la séquence de la manifestation qui s'est déroulée de 11 heures à 15 heures le 5 décembre 2019 et sur son trajet, la préfète du Rhône n'apportant aucun élément précis de nature à établir que ces affrontements auraient résulté d'une action préméditée par des individus agissant indépendamment de la manifestation. En outre, il résulte de l'instruction que M. A a été blessé sur la place Raspail, en haut des escaliers de la rue Passet, alors qu'il fuyait le lieu des affrontements et quittait le trajet de la manifestation, en exécution des sommations de dispersions intervenues quelques minutes plus tôt. Dans ces conditions, M. A est fondé à rechercher l'engagement de la responsabilité de l'Etat sur le fondement de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure, sans qu'aucune imprudence fautive ne puisse lui être imputée.
5. Si M. A se prévaut également de l'engagement de la responsabilité de l'Etat pour faute et pour usage d'engins dangereux, il n'y a pas lieu en l'espèce de se prononcer sur ces autres régimes de responsabilité qui ne lui permettraient pas d'obtenir une indemnisation plus élevée de ses préjudices que le fondement de responsabilité retenu.
En ce qui concerne les préjudices :
6. En premier lieu, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport de l'expertise judiciaire, que M. A a vu son état de santé consolidé le 5 décembre 2020, soit un an après sa blessure. Il a enduré des souffrances évaluées par l'experte à 3/7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant à la somme de 4 000 euros. Il a également subi un déficit fonctionnel temporaire de 20 % pendant un mois, de 10 % pendant deux mois et de 5 % pendant neuf mois ainsi qu'un préjudice esthétique évalué à 2/7. Il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire et du préjudice esthétique subis par M. A en le fixant à la somme globale de 2 000 euros.
7. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que M. A a subi un déficit fonctionnel permanent à hauteur de 2 % constitué notamment d'un décalage du rebord orbitaire gauche. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant à la somme de 2 500 euros. En outre, M. A est fondé dans les circonstances de l'espèce à se prévaloir d'un préjudice moral à hauteur de 1 000 euros.
8. En troisième lieu, M. A se prévaut de troubles dans ses conditions d'existence. Toutefois, ni l'incidence alléguée de l'accident sur sa carrière professionnelle ni l'arrêt d'activités sportives qu'il pratiquait ne sont établis par les pièces du dossier. Par suite, il n'y a pas lieu d'indemniser ces préjudices.
9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de surseoir à statuer, que M. A est fondé à réclamer le versement d'une somme totale de 9 500 euros en réparation de ses préjudices. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 25 juillet 2022, date de réception de sa demande préalable. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 12 janvier 2023. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 25 juillet 2023, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
10. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à M. A.
DECIDE :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. A la somme de 9 500 euros avec intérêts au taux légal à compter du 25 juillet 2022. Les intérêts échus à la date du 25 juillet 2023 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la préfète du Rhône, au ministre de l'intérieur et à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Ardèche.
Délibéré après l'audience du 27 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Vaccaro-Planchet, présidente,
Mme Feron, première conseillère ;
Mme de Tonnac, conseillère.
La rapporteure,
C. Feron
La présidente,
V. Vaccaro-Planchet
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.
La greffière,
E. Gros
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier,
N°2300253
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026