mardi 14 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2300307 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | GHACHI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 janvier 2023 et le 11 septembre 2024, Mme C B, représentée par Me Ghachi, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de l'obligation de responsabilité solidaire de paiement des cotisations supplémentaires d'impositions sur le revenu au titre des années 2015 et 2016, ainsi que les prélèvements sociaux et pénalités y afférent ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient qu'elle remplit les conditions pour bénéficier d'une décharge de responsabilité solidaire dès lors qu'elle s'est séparée de M. A dès le mois de janvier 2015, qu'il existe une disproportion marquée entre le montant de la dette fiscale et sa situation patrimoniale et financière, qu'elle a respecté ses obligations déclaratives et en l'absence de manœuvres frauduleuses pour se soustraire au paiement de l'impôt.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 14 mai 2024 et 28 octobre 2024, le directeur régional des finances publiques d'Auvergne Rhône-Alpes et du département du Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 29 octobre 2024, la clôture d'instruction a été reportée au 15 novembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Boulay, première conseillère,
- les conclusions de Mme Collomb, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Le foyer fiscal composé de Mme B et de son ex-partenaire, M. A, a été assujetti, au titre des années 2015 et 2016, à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux d'un montant total de 281 021 euros, en droits et pénalités, mis à leur charge par quatre avis d'imposition mis en recouvrement le 31 décembre 2019. Cette somme résultait des suites de la vérification de comptabilité de l'EURL Au comptoir de la caisse, dont M. A était le gérant et l'associé unique, et des SCI Karsab et Emma et Lily, dont les parts étaient détenues en commun par les deux membres du couple. Mme B a demandé le 18 février 2020, sur le fondement du II de l'article 1691 bis du code général des impôts, la décharge de son obligation solidaire de paiement des impositions ainsi portées à la charge du foyer fiscal, ainsi que de la taxe foncière et de la taxe d'habitation établies au titre de l'année 2016. L'administration a refusé de faire droit à sa demande par une décision du 14 novembre 2022, par laquelle elle a également informé Mme B de l'absence de dette fiscale s'agissant de la taxe foncière et de la taxe d'habitation établies au titre de l'année 2016.
2. Aux termes de l'article 1691 bis du code général des impôts : " I. - Les époux et les partenaires liés par un pacte civil de solidarité sont tenus solidairement au paiement : / 1° De l'impôt sur le revenu lorsqu'ils font l'objet d'une imposition commune ; () / II. - 1. Les personnes divorcées ou séparées peuvent demander à être déchargées des obligations de paiement prévues au I ainsi qu'à l'article 1723 ter-00 B lorsque, à la date de la demande : () / b) La déclaration conjointe de dissolution du pacte civil de solidarité établie par les partenaires ou la signification de la décision unilatérale de dissolution du pacte civil de solidarité de l'un des partenaires a été enregistrée au greffe du tribunal judiciaire ; () / 2. La décharge de l'obligation de paiement est accordée en cas de disproportion marquée entre le montant de la dette fiscale et, à la date de la demande, la situation financière et patrimoniale, nette de charges, du demandeur. La situation financière nette du demandeur est appréciée sur une période n'excédant pas trois années. La décharge de l'obligation de paiement est alors prononcée selon les modalités suivantes : / a) Pour l'impôt sur le revenu, la décharge est égale à la différence entre le montant de la cotisation d'impôt sur le revenu établie pour la période d'imposition commune et la fraction de cette cotisation correspondant aux revenus personnels du demandeur et à la moitié des revenus communs du demandeur et de son conjoint ou de son partenaire de pacte civil de solidarité. () / d) Pour les intérêts de retard et les pénalités mentionnées aux articles 1727,1728,1729,1732 et 1758 A consécutifs à la rectification d'un bénéfice ou revenu propre au conjoint ou au partenaire de pacte civil de solidarité du demandeur, la décharge de l'obligation de paiement est prononcée en totalité. Elle est prononcée, dans les autres situations, dans les proportions définies respectivement au a pour l'impôt sur le revenu () 3. Le bénéfice de la décharge de l'obligation de paiement est subordonné au respect des obligations déclaratives du demandeur prévues par les articles 170 et 982 à compter de la date de la fin de la période d'imposition commune. La décharge de l'obligation de paiement ne peut pas être accordée lorsque le demandeur et son conjoint ou son partenaire lié par un pacte civil de solidarité se sont frauduleusement soustraits, ou ont tenté de se soustraire frauduleusement, au paiement des impositions mentionnées aux 1° et 2° du I ainsi qu'à l'article 1723 ter-00 B, soit en organisant leur insolvabilité, soit en faisant obstacle, par d'autres manoeuvres, au paiement de l'impôt. () ".
3. En premier lieu, il n'est pas contesté que Mme B, dont le contrat de PACS avec M. A a été dissous le 16 octobre 2017, remplissait bien la condition de rupture de la vie commune à la date de sa demande, formée le 18 février 2020.
4. En deuxième lieu, il n'est pas contesté par l'administration que Mme B a respecté ses obligations déclaratives à compter de la fin de la période d'imposition commune.
5. En troisième lieu, que, pour refuser de faire droit à la demande de décharge de l'obligation de paiement présentée par l'intéressée, l'administration, a retenu, sur le fondement du 3. du II de l'article 1691 bis ci-dessus, que Mme B avait nécessairement eu connaissance des manœuvres mises en œuvre par son-partenaire de PACS, en tant que gérant de la société Au comptoir de la caisse, pour dissimuler les revenus distribués à son profit par cette société et ainsi éluder l'établissement de l'impôt sur le revenu résultant de cette sous-déclaration du montant de ses revenus annuels, lorsque Mme B et M. A faisaient l'objet d'une imposition commune, et a ainsi estimé que la condition tenant à l'absence de manœuvres frauduleuses n'était pas remplie. Toutefois, de tels faits, même survenus durant la période d'imposition commune, ne peuvent être regardés comme pouvant être constitutifs d'organisation d'une insolvabilité ou de manœuvres tendant à faire obstacle au paiement de l'impôt. Ainsi, faute de démontrer que la requérante se serait frauduleusement soustraite, ou aurait tenté de se soustraire frauduleusement, au paiement des impositions en cause en organisant son insolvabilité, ou en faisant obstacle, par d'autres manœuvres, au paiement de l'impôt au sens des dispositions citées du 2ème alinéa du 3 du II de l'article 1691 bis, l'administration fiscale, ne pouvait pas rejeter, pour ce motif, la demande présentée par Mme B.
6. En quatrième lieu, l'administration s'est également fondée, pour refuser de faire droit à la demande de décharge de l'obligation de paiement solidaire présentée par Mme B, sur l'absence de disproportion marquée entre sa situation patrimoniale et le montant de sa dette fiscale. Il appartient dès lors à la requérante de mettre le tribunal à même d'apprécier l'existence d'une disproportion marquée entre le montant de sa dette fiscale et sa situation financière et patrimoniale à la date de demande de décharge, le 18 février 2020.
7. D'une part, les dispositions du I de l'article 1691 bis du code général des impôts ne prévoient pas de solidarité de paiement s'agissant des contributions sociales. Dès lors, le montant de la dette fiscale à retenir pour apprécier l'existence d'une disproportion marquée avec la situation financière et patrimoniale du demandeur au sens du II de cet article ne comprend pas les contributions sociales.
8. D'autre part, la situation financière et patrimoniale du contribuable souhaitant bénéficier du mécanisme de décharge de l'obligation solidaire au paiement de l'impôt sur le revenu s'apprécie à la date de la demande faite en ce sens par le contribuable. En outre, en vertu des dispositions du dernier alinéa de l'article 382 quater de l'annexe II au code précité, le demandeur ne peut soumettre au juge des pièces justificatives autres que celles qu'il a déjà produites à l'appui de la demande de décharge de responsabilité qu'il a présentée à l'administration, ni invoquer des faits autres que ceux exposés dans cette demande.
9. Pour justifier l'existence d'une disproportion marquée entre le montant de la dette fiscale, dont le paiement lui est réclamé, et sa situation financière et patrimoniale, Mme B fait état de charges mensuelles d'un montant total de 963 euros, tandis que ses ressources mensuelles s'élèvent à 2 335 euros, et qu'elle ne disposerait que d'un patrimoine de 40 706 euros, correspondant à la moitié de la valeur d'un appartement, d'une épargne financière et qu'elle aurait en outre des échéances de crédit à rembourser. Cependant, elle ne produit aucune pièce justificative de ses dépenses, de ses allocations familiales mensuelles, ni encore les justificatifs liés au bien immobilier qu'elle possède. Elle n'a pas davantage produit les pièces justificatives de sa situation financière et patrimoniale à l'appui de sa demande de décharge de responsabilité. Par suite, Mme B n'établit pas l'existence d'une disproportion marquée entre le montant de la dette fiscale commune, et sa situation financière et patrimoniale.
10. En cinquième lieu, s'il est vrai qu'il n'existe pas de solidarité entre les partenaires pour le paiement de la contribution sociale généralisée, ni de la contribution pour le remboursement de la dette sociale, quand bien même celles-ci sont recouvrées selon les mêmes règles que l'impôt sur le revenu, en l'espèce, en faisant valoir que l'obligation de paiement solidaire ne devait pas s'étendre à celles-ci dès lors qu'elles étaient associés au seul revenu d'activité de son ex-partenaire, Mme B remet en cause le montant de la dette qui lui est réclamée et fait naître une contestation relative au recouvrement, distincte du présent litige. Il va de même du moyen tiré de ce que la solidarité ne devrait pas s'étendre aux pénalités infligées au foyer fiscal. Les moyens visant à remettre en cause le montant de la dette en litige, sont ainsi inopérants.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme B présentées à fin de décharge de responsabilité solidaire dans le paiement des cotisations d'impôt sur le revenu auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2015 et 2016 doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de celles portant sur les prélèvements sociaux des mêmes années.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris, en tout état de cause, les conclusions à fin de décharge, et les conclusions relatives aux frais de l'instance.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au directeur régional des finances publiques d'Auvergne Rhône-Alpes et du département du Rhône.
Délibéré après l'audience du 17 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Segado, président,
Mme Bardad, première conseillère,
Mme Boulay, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 janvier 2025.
La rapporteure,
P. Boulay
Le président,
J. Segado Le greffier,
J. Billot
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026