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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2300323

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2300323

mardi 30 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2300323
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSOF' TAX & LEGAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 16 janvier, 7 octobre et 18 octobre 2023, M. B C, représenté par Me Costa, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre des années 2017 et 2018 ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il doit être regardé comme un résident algérien au sens de la convention fiscale franco-algérienne du 17 octobre 1999, dont les revenus sont imposables en Algérie ;

- l'administration ne pouvait, sur le fondement des dispositions du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, imposer, au titre des années 2017 et 2018, des sommes non prises en compte pour la détermination des bénéfices de la société B Bâtiment retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés ;

- le montant total des revenus distribués par la société B Bâtiment au titre des années 2017 et 2018 retenu par l'administration excède le montant des sommes créditées sur les comptes bancaires de la société, diminué des charges fixées forfaitairement par l'administration à 75% du chiffre d'affaires et augmenté de la taxe sur la valeur ajoutée déductible ;

- l'imposition dans la catégorie des traitements et salaires de la somme de 59 450 euros au titre de l'année 2018 n'est pas justifiée, aucune rémunération n'ayant été identifiée pour ce montant au cours du contrôle de la société B Bâtiment.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 avril 2023, le directeur régional des finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés ;

- s'agissant des sommes versées par la société B Bâtiment à M. C sous forme de chèques, de virements et d'espèces en 2017 et d'espèces en 2018, les dispositions du a, voire du c, de l'article 111 du code général des impôts peuvent être substituées à celles du 1° du 1 de l'article 109 du même code pour fonder l'imposition ; en ce qui concerne les sommes versées par la société B Bâtiment au fils du requérant sous forme de chèques et de virements en 2017, les dispositions du c de l'article 111 du code général des impôts peuvent être substituées à celles du 1° du 1 de l'article 109 de ce code pour fonder l'imposition.

Par ordonnance du 9 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 novembre 2023.

Par une lettre du 21 décembre 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les chèques, virements et retraits d'espèces ayant profité à M. B C au titre de l'année 2017 ainsi que les retraits d'espèces ayant profité à l'intéressé au titre de l'année 2018 devaient être imposés dans la catégorie des traitements et salaires, ces sommes, provenant de la société B Bâtiment et perçues par son gérant, ayant, en principe, le caractère de rémunérations.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention signée le 17 octobre 1999 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire en vue d'éviter les doubles impositions, de prévenir l'évasion et la fraude fiscales et d'établir les règles d'assistance réciproques en matière d'impôts sur le revenu, sur la fortune et sur les successions ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gros, conseillère,

- et les conclusions de Mme Tocut, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Parallèlement à la vérification de comptabilité de la société de droit algérien B Bâtiment, le foyer fiscal de son gérant, M. B C, a fait l'objet d'un examen de situation fiscale personnelle portant sur les années 2017 et 2018. A l'issue de ces opérations de contrôle, le foyer fiscal de M. C a été assujetti, au titre de ces années, à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales, assorties d'intérêts de retard et de majorations, dont le requérant demande au tribunal de prononcer la décharge.

Sur la domiciliation fiscale de M. C :

2. Aux termes de l'article 4 A du code général des impôts : " Les personnes qui ont en France leur domicile fiscal sont passibles de l'impôt sur le revenu en raison de l'ensemble de leurs revenus. / Celles dont le domicile fiscal est situé hors de France sont passibles de cet impôt en raison de leurs seuls revenus de source française. ". Aux termes de l'article 4 B de ce code : " 1. Sont considérées comme ayant leur domicile fiscal en France au sens de l'article 4 A : / a. Les personnes qui ont en France leur foyer ou le lieu de leur séjour principal ; / b. Celles qui exercent en France une activité professionnelle, salariée ou non, à moins qu'elles ne justifient que cette activité y est exercée à titre accessoire ; () c. Celles qui ont en France le centre de leurs intérêts économiques. () ".

3. Il résulte de l'instruction qu'au titre des années 2017 et 2018, M. C a déclaré une résidence principale en France, pour laquelle la taxe d'habitation a été acquittée et où vit de façon permanente son épouse. Le requérant est également propriétaire de plusieurs biens immobiliers et dispose de nombreux comptes ouverts auprès de banques françaises. Enfin, son foyer fiscal a déposé des déclarations de revenus pour les années en litige. Dans ces conditions, M. C doit être regardé comme ayant eu en France son foyer au sens du a) du 1 de l'article 4 B du code général des impôts durant les années 2017 et 2018. Par suite, il était passible de l'impôt sur le revenu en France au titre de ces années, sous réserve que les stipulations de la convention conclue entre la France et l'Algérie en vue d'éviter les doubles impositions ne s'y opposent.

4. Aux termes de l'article 4 de la convention fiscale franco-algérienne signée le 17 octobre 1999, visée ci-dessus : " 1. Au sens de la présente Convention, l'expression " résident d'un Etat contractant " désigne toute personne qui, en vertu de la législation de cet Etat, est assujettie à l'impôt dans cet Etat, en raison de son domicile, de sa résidence, de son siège de direction, ou de tout autre critère de nature analogue. Toutefois, cette expression ne comprend pas les personnes qui ne sont assujetties à l'impôt dans cet Etat que pour les revenus de sources situées dans cet Etat ou pour la fortune qui y est située. / 2. Lorsque, selon les dispositions du paragraphe 1, une personne physique est un résident des deux Etats contractants, sa situation est réglée de la manière suivante : / a) Cette personne est considérée comme un résident de l'Etat où elle dispose d'un foyer d'habitation permanent ; si elle dispose d'un foyer d'habitation permanent dans les deux Etats, elle est considérée comme un résident de l'Etat avec lequel ses liens personnels et économiques sont les plus étroits (centre des intérêts vitaux) ; / b) Si l'Etat où cette personne a le centre de ses intérêts vitaux ne peut pas être déterminé, ou si elle ne dispose d'un foyer d'habitation permanent dans aucun des Etats, elle est considérée comme un résident de l'Etat où elle séjourne de façon habituelle ; / c) Si cette personne séjourne de façon habituelle dans les deux Etats ou si elle ne séjourne de façon habituelle dans aucun d'eux, elle est considérée comme un résident de l'Etat dont elle possède la nationalité ; / d) Si les critères qui précèdent ne permettent pas de déterminer l'Etat dont la personne est un résident, les autorités compétentes des Etats contractants tranchent la question d'un commun accord. () ".

5. Ainsi qu'il a été dit plus haut, M. C disposait du centre de ses intérêts familiaux en France en 2017 et en 2018. Par ailleurs, il résulte de l'instruction, en particulier de la proposition de rectification adressée à la société B Bâtiment le 25 mai 2021, qu'il assurait la gestion de l'activité de la société B Bâtiment en France depuis son domicile dans le département de la Loire, où étaient adressées les correspondances destinées à la société, établies les factures et réalisé le suivi des paiements et des litiges clients. Dès lors, M. C, qui entretenait, au titre des années en litige, des liens personnels et économiques plus étroits avec la France qu'avec l'Algérie, ne peut se prévaloir des stipulations précitées de la convention fiscale franco-algérienne pour faire échec à l'imposition en France de l'ensemble de ses revenus.

Sur le bien-fondé des impositions :

6. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; / 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices. () ". Aux termes de l'article 110 de ce code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109 les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés. () ". Aux termes de l'article 111 du même code : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / a. Sauf preuve contraire, les sommes mises à la disposition des associés directement ou par personnes ou sociétés interposées à titre d'avances, de prêts ou d'acomptes. / () c. Les rémunérations et avantages occultes ; / d. La fraction des rémunérations qui n'est pas déductible en vertu du 1° du 1 de l'article 39 ; () ".

7. Il résulte de l'instruction qu'en l'absence de comptabilité présentée par la société B Bâtiment s'agissant de l'activité exercée en France au titre des années 2017 et 2018, l'administration a reconstitué les bénéfices afférents. Le chiffre d'affaires a été déterminé à partir du montant des encaissements apparaissant sur les comptes bancaires français de la société, tandis que les charges ont été évaluées forfaitairement à 75% dudit chiffre d'affaires. A défaut d'avoir été mis en réserve ou incorporés au capital, les bénéfices imposables ainsi reconstitués, d'un montant de 87 045 euros pour l'exercice clos le 31 décembre 2017 et de 180 618 euros pour l'exercice clos le 31 décembre 2018, ont été regardés par l'administration comme des revenus distribués à M. C en sa qualité de maître de l'affaire sur le fondement des dispositions du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, ce que le requérant ne conteste pas en tant que tel.

8. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'administration a également qualifié de revenus distribués, sur le fondement des dispositions du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, les sommes versées en 2017 sous la forme de chèques et de virements par la société B Bâtiment à M. C et à son fils, M. A C, alors rattaché au foyer fiscal de ses parents, ainsi que les sommes provenant de la même société et perçues en espèces par le requérant en 2017 et en 2018.

9. D'une part, aux termes de l'article 79 du code général des impôts : " Les traitements, indemnités, émoluments, salaires, pensions et rentes viagères concourent à la formation du revenu global servant de base à l'impôt sur le revenu. () ".

10. Il résulte de l'instruction, et n'est pas sérieusement contesté, que M. C est gérant de la société B Bâtiment. Les sommes qui lui sont versées par cette société constituent ainsi, en principe, des rémunérations. L'administration n'établit pas que les chèques, virements et retraits d'espèces litigieux seraient insusceptibles de se rattacher aux fonctions exercées par le requérant au sein de la société B Bâtiment. Si elle relève qu'aucune comptabilité n'a été présentée pour l'établissement stable en France, elle n'apporte, en revanche, aucun élément permettant de considérer que la comptabilité de la société B Bâtiment ne ferait pas apparaître de façon explicite les opérations en cause. L'administration ne fait pas davantage valoir que la rémunération de M. C, après prise en compte des sommes correspondantes, revêtirait un caractère excessif. Ainsi, il y a lieu, en l'état de l'instruction, de considérer que les chèques, virements et espèces perçus par M. C en 2017 ainsi que les espèces appréhendées par celui-ci en 2018 ne pouvaient être imposés que dans la catégorie des traitements et salaires. La demande de l'administration qui tend à ce que soient substituées aux dispositions du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, non pas celles de l'article 79 du code général des impôts, mais celles du a voire du c de l'article 111 du même code ne peut, dès lors, qu'être écartée. Par suite, il y a lieu de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles le foyer fiscal de M. C a été assujetti à raison de l'inclusion dans ses bases d'imposition, en ce qui concerne l'année 2017, des sommes versées à l'intéressé par la société B Bâtiment sous la forme de chèques, de virements et d'espèces et, pour l'année 2018, des sommes en espèces qui lui ont été versées par la même société.

11. En revanche, pour les motifs qui viennent d'être énoncés, M. C n'est pas fondé à critiquer l'imposition des sommes qui lui ont été versées par la société B Bâtiment sous forme de chèques et de virements en 2018 dans la catégorie des traitements et salaires.

12. D'autre part, ainsi qu'il a été dit au point 7, l'administration a considéré que le bénéfice reconstitué de l'établissement stable de la société B Bâtiment en France au titre de l'exercice clos en 2017, retenu pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés, avait été intégralement appréhendé par le maître de l'affaire, à savoir M. C, et l'a imposé entre ses mains. Sont réputées incluses dans ce bénéfice les sommes correspondant aux chèques et virements émanant de la société B Bâtiment perçues par le fils de M. C en 2017. L'administration ne pouvait, dès lors, les imposer, en sus, entre les mains de celui-ci sur le fondement des dispositions du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, non plus que de celles du c de l'article 111 du code général des impôts, dont elle demande, en défense, la substitution, sauf à imposer deux fois les mêmes sommes. Par suite, M. C est fondé à demander la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles son foyer fiscal a été assujetti au titre de l'année 2017 à raison de l'inclusion, dans ses bases d'imposition, des sommes versées à son fils par la société B Bâtiment sous la forme de chèques et de virements.

13. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles son foyer fiscal a été assujetti à raison de l'inclusion dans ses bases d'imposition, en ce qui concerne l'année 2017, des sommes versées à son fils et à lui-même par la société B Bâtiment sous la forme de chèques, de virements ou d'espèces pour un montant total de 102 971 euros et, pour l'année 2018, des sommes qui lui ont été versées en espèces par la même société pour un montant de 62 530 euros.

Sur les frais liés au litige :

14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. C d'une somme au titre de ses frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Le foyer fiscal de M. C est déchargé, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales mises à sa charge à raison de l'inclusion dans ses bases d'imposition, en ce qui concerne l'année 2017, des sommes versées à M. C et à son fils par la société B Bâtiment sous la forme de chèques, de virements ou d'espèces pour un montant total de 102 971 euros et, pour l'année 2018, des sommes versées à M. C en espèces par la même société pour un montant de 62 530 euros.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au directeur régional des finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Rizzato, première conseillère,

Mme Gros, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.

La rapporteure,

R. Gros

Le président,

M. Clément La greffière,

T. Zaabouri

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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