mardi 5 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2300398 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | FARELLY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 janvier 2023 et 5 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Farelly (Selarl cabinet Farelly), demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner, après expertise judiciaire, la commune de Saint-Just-d'Ardèche à indemniser les préjudices qu'il a subis du fait de l'accident survenu le 4 mai 2022 ou, subsidiairement, de fixer son droit à indemnisation à 75 % du préjudice ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Just-d'Ardèche une somme de 4 000 euros à titre de provision ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Just-d'Ardèche une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la responsabilité de la commune est engagée en raison du défaut d'entretien normal de l'ouvrage public ;
- la responsabilité de la commune est également engagée en raison de la faute commise, en l'absence de signalement de la présence des plots ;
- ses préjudices seront chiffrés après expertise.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 août 2023, la commune de Saint-Just-d'Ardèche, représentée par Me Defaux, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la matérialité de l'accident n'est pas établie ;
- sa responsabilité ne peut pas être engagée pour défaut d'entretien normal ;
- le requérant a fait preuve d'imprudence, alors qu'il connaissait les lieux ;
- sa responsabilité ne peut pas être engagée au titre d'une faute commise dans l'exercice des pouvoirs de police par le maire.
Par un mémoire, enregistré le 21 mars 2023, la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône sollicite une expertise avant-dire droit, l'état de santé de M. A n'étant pas consolidé et ses débours n'étant pas définitifs.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Soubié, première conseillère,
- les conclusions de M. Habchi, rapporteur public,
- les observations de Me Hubert, substituant Me Farelly, représentant M. A, et de Me Hémery, substituant Me Defaux, représentant la commune de Saint-Just-d'Ardèche.
Considérant ce qui suit :
1. Alors qu'il marchait en compagnie de son fils place C, à Saint-Just-d'Ardèche, le 4 mai 2022, M. A a chuté. En l'absence de réponse à sa demande indemnitaire, il demande la condamnation de la commune de Saint-Just-d'Ardèche à réparer les préjudices résultant de sa chute.
Sur la responsabilité :
2. Il résulte de l'instruction que M. A s'est dirigé, au cours de la nuit du 4 mai 2022, vers la " Grande rue " de la commune de Saint-Just-d'Ardèche, en venant de la place C et a chuté au niveau des deux plots d'une hauteur de trente centimètres environ, destinés à empêcher la circulation des véhicules, qui se situent au début de cette rue, qui n'est pas éclairée la nuit. Les circonstances de cette chute due aux plots sont corroborées par le compte-rendu d'intervention du service départemental d'incendie et de secours de l'Ardèche, qui fait état de la nécessité de relever une victime, transportée par la suite, ainsi que par l'attestation du fils de M. A, avec lequel il se trouvait alors, et celle d'un riverain, qui font également état d'une chute au niveau des plots, qu'aucune autre circonstance ne permet d'expliquer. Dans ces conditions, il résulte suffisamment de l'instruction que le requérant a buté sur le plot qui a causé sa chute.
3. Si le plot en litige, d'une hauteur d'environ trente centimètres et présentant un diamètre d'environ dix-huit centimètres, de couleur sombre, était implanté sur des pavés de couleur claire, rien ne laisse penser qu'il aurait été visible la nuit. En outre, la présence de cet obstacle n'était pas indiquée par une signalisation particulière alors que la rue n'était pas éclairée. Dans ces conditions, en l'absence de signalisation et d'éclairage public suffisants des plots en litige, la commune de Saint-Just-d'Ardèche n'apporte pas la preuve de l'aménagement normal de la voie. Par suite, ce défaut d'aménagement normal engage sa responsabilité à l'égard de M. A.
4. La commune de Saint-Just-d'Ardèche fait valoir que M. A a commis une imprudence en s'avançant sans éclairage dans la " Grande rue ", qu'il connaissait nécessairement compte tenu de la proximité avec le commerce exploité par son fils sur la place C. Il résulte de l'instruction que M. A a emprunté sans prendre de précautions particulières la " Grande rue ", de nuit vers 3 heures 40, alors que les lieux n'étaient pas éclairés et qu'il était accompagné de son fils, dont la boulangerie est située place C. Dans ces conditions, l'imprudence du requérant est de nature à exonérer la personne publique de sa responsabilité à hauteur de 50 %.
5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de déclarer la commune de Saint-Just-d'Ardèche responsable de 50 % des conséquences dommageables de l'accident subi par M. A.
Sur les préjudices :
6. Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. () ".
7. L'état du dossier ne permet pas au tribunal de se prononcer sur l'étendue des préjudices personnels invoqués par M. A dont il résulte de l'instruction qu'il a subi une fracture non déplacée du cotyle droit sur prothèse de hanche. Dès lors, il y a lieu, comme il le demande, avant de statuer sur les conclusions à fin d'indemnisation présentées par celui-ci, d'ordonner une expertise aux fins précisées ci-après.
8. Il résulte de ce qui vient d'être dit au point 7 que le tribunal ne peut connaître avec suffisamment de précision l'étendue du préjudice. En l'état de l'instruction, il n'y a pas lieu d'accorder à M. A la provision demandée à valoir sur le montant de la réparation de ses préjudices.
9. Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Saint-Just-d'Ardèche est déclarée responsable à hauteur de 50 % des conséquences dommageables de l'accident subi par M. A le 4 mai 2022.
Article 2 : Il sera, avant de statuer sur les conclusions de la requête, procédé à une expertise afin, après avoir pris connaissance des dossiers et de tous documents concernant l'intéressée, détenus ou produits par M. A, et examiner ce dernier, de :
1° - décrire en détail les lésions initiales, les modalités de traitement, en précisant le cas échéant les durées exactes d'hospitalisation et, pour chaque période d'hospitalisation, le nom de l'établissement, les services concernés et la nature des soins et les affections subies par M. A dans les suites de l'accident survenu le 4 mai 2022 et en indiquer la nature, le siège et l'importance ;
2° - recueillir les doléances de la victime et au besoin de ses proches et les transcrire fidèlement, l'interroger sur les conditions d'apparition des lésions, l'importance, la répétition et la durée des douleurs ;
3° - décrire l'état antérieur de la victime mais uniquement s'il est susceptible d'avoir une incidence directe sur les lésions ou leurs séquelles ;
4° - procéder contradictoirement à un examen clinique détaillé en fonction des lésions initiales et des doléances exprimées par la victime ;
5° - analyser dans un exposé précis et synthétique la réalité des lésions, la réalité de l'état séquellaire et l'imputabilité de certaines des séquelles aux lésions initiales dont se plaint notamment la victime en précisant l'incidence d'un état antérieur ;
6° - indiquer les périodes pendant lesquelles la victime a été, du fait de son déficit fonctionnel temporaire, dans l'incapacité totale ou partielle de poursuivre ses activités personnelles habituelles et, en cas de déficit partiel, décrire le ou les niveaux de déficit et préciser leur durée ;
7° - fixer la date de consolidation et, en l'absence, dire à quelle date il conviendra de revoir la victime ;
8° - indiquer si, après la consolidation, la victime subit un déficit fonctionnel permanent et évaluer l'altération permanente d'une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles mentales ou psychiques en en chiffrant le taux, dire si des douleurs permanentes existent, décrire les conséquences de ces altérations permanentes et de ces douleurs sur la qualité de vie de la victime et préciser en quoi l'accident a eu une incidence sur cet état antérieur et décrire les conséquences ;
9° - dire si l'état de M. A a justifié la présence d'une tierce personne ; fixer les modalités, la qualification et la durée de cette intervention ;
10° - décrire les soins futurs et les aides compensatoires au handicap éventuel en précisant la fréquence de leur renouvellement et donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices annexes (frais de logement et/ou de véhicule adapté, souffrances endurées, préjudice esthétique et préjudice d'agrément) subis par M. A et, le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable à l'accident de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressé.
L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tout sachant, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission, et éclairer le tribunal administratif.
Article 3 : L'expertise aura lieu en présence de M. A et des caisses primaires d'assurance maladie de l'Isère et du Rhône, d'une part, et de la commune de Saint-Just-d'Ardèche, d'autre part.
Article 4 : L'expert sera désigné par la présidente du tribunal. Après avoir prêté serment, il accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-4 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable de la présidente du tribunal administratif.
Article 5 : L'expert déposera son rapport en deux exemplaires au greffe du tribunal, dans le délai fixé par la présidente du tribunal dans sa décision le désignant. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.
Article 6 : Les conclusions de M. A portant sur l'octroi d'une provision sont rejetées.
Article 7 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 8 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la commune de Saint-Just-d'Ardèche, à la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône et à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 21 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Vaccaro-Planchet, présidente,
Mme Soubié, première conseillère,
Mme Boulay, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2023.
La rapporteure,
A-S. Soubié
La présidente,
V. Vaccaro-PlanchetLa greffière,
C. Delmas
La République mande et ordonne au préfet de l'Ardèche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026