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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2301037

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2301037

mercredi 6 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2301037
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJU 1ère chambre
Avocat requérantBARRIONUEVO DANIEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 9 février 2023, enregistrée le 10 février 2023 au greffe du tribunal, le président de la cour administrative d'appel de Lyon a, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, transmis au tribunal le dossier de la requête présentée pour M. A B.

Par une requête, enregistrée le 9 février 2023 au greffe de la cour administrative d'appel de Lyon, M. A B, représenté par Me Barrionuevo, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 10 novembre 2022 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande d'échange de permis de conduire algérien contre un permis de conduire français et la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de la Loire-Atlantique sur son recours gracieux dirigé contre cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de procéder à l'échange de son permis de conduire algérien contre un titre de conduite français sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il dispose de ses droits à conduire en Algérie ;

- le permis de conduire qu'il a présenté avec sa demande d'échange n'est pas falsifié ;

- la décision attaquée porte atteinte à son activité professionnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mars 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne ni à l'Espace économique européen ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Drouet, président de la 1ère chambre, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Drouet, président, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. En premier lieu, aux termes de l'article R. 222-3 du code de la route : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de l'Union européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article D. 221-3 Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, après avis du ministre de la justice et du ministre chargé des affaires étrangères. Au terme de ce délai, ce permis n'est plus reconnu et son titulaire perd tout droit de conduire un véhicule pour la conduite duquel le permis de conduire est exigé. " Selon l'article 7 de l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen dans sa rédaction alors applicable : " Lorsque l'authenticité et la validité du titre sont établies lors du dépôt du dossier complet et sous réserve de satisfaire aux autres conditions prévues par le présent arrêté, le titre de conduite est échangé. / En cas de doute sur l'authenticité du titre dont l'échange est demandé, le préfet conserve le titre de conduite et fait procéder à son analyse, le cas échéant avec l'aide d'un service compétent, afin de s'assurer de son authenticité. () Si le caractère frauduleux est confirmé, l'échange n'a pas lieu et le titre est retiré par le préfet, qui saisit le procureur de la République en le lui transmettant ".

2. Il résulte de ces dispositions qu'en cas de doute sur l'authenticité du titre dont l'échange est demandé, le préfet fait procéder à son analyse avec l'aide d'un service spécialisé en fraude documentaire et peut compléter son analyse en consultant par la voie diplomatique l'autorité étrangère qui a délivré le titre. L'intéressé peut, lors de l'instruction de sa demande par l'administration comme à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision refusant l'échange pour absence d'authenticité du titre, apporter la preuve de son authenticité par tout moyen présentant des garanties suffisantes. Cette possibilité lui est ouverte y compris dans le cas où l'autorité étrangère, consultée par le préfet, n'a pas répondu. Si des documents produits par l'intéressé et présentés comme des attestations de l'autorité étrangère ne peuvent être pris en considération que s'ils présentent eux-mêmes des garanties suffisantes d'authenticité, ils ne sauraient être écartés au seul motif qu'ils n'ont pas été transmis aux autorités françaises par la voie diplomatique.

3. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique a fait procéder à une analyse du permis de conduire algérien de M. B par les services d'expertise en fraude documentaire de la police aux frontières de l'antenne de Nantes et que, selon deux rapports du 31 octobre 2022 et du 22 février 2023, l'analyse réalisée a fait ressortir des anomalies, à savoir notamment qu'au recto, le mois de la date de naissance comporte des traces d'abrasion et qu'il a été réinscrit au feutre noir, sans que la modification de la date de naissance ne comporte aucun élément de légalisation. Le service conclut que le permis de conduire produit par M. B n'est pas conforme aux modèles recensés et qu'il s'agit d'une falsification documentaire par modification des données de personnalisation. Pour contester ces éléments, le requérant produit une attestation d'authenticité établie par le chef de Daira des Ouadhias le 23 novembre 2022, soit postérieurement à la décision attaquée. Cette attestation, qui ne se prononce pas sur l'authenticité du permis de conduire produit à l'échange, n'est pas de nature à infirmer l'analyse des services de la police aux frontières alors qu'au demeurant, cette attestation a nécessairement été réalisée sans que cette autorité algérienne ait disposé dudit permis de conduire à fin d'analyse. Le requérant ne peut utilement se prévaloir d'un certificat de capacité de permis de conduire établi le 23 novembre 2022 par les autorités consulaires algériennes à Lyon, dès lors que ce document ne porte que sur les droits à conduire de l'intéressé et non sur l'authenticité de son permis de conduire. Par suite, c'est sans erreur d'appréciation que le préfet de la Loire-Atlantique s'est fondé sur le motif de la falsification documentaire pour rejeter la demande d'échange de permis de conduire présentée par M. B.

4. En second lieu, si le requérant fait valoir que la décision attaquée porte une atteinte à son activité professionnelle, cette circonstance est sans incidence sur la légalité des décisions attaquées.

5. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 10 novembre 2022 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande d'échange de permis de conduire algérien contre un permis de conduire français ni de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de la Loire-Atlantique sur son recours gracieux dirigé contre cette décision. Par suite, sa requête doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

H. DrouetLa greffière,

C. Amouny

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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