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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2301335

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2301335

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2301335
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJU 5ème chambre
Avocat requérantDESFARGES

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête n° 2301335 enregistrée le 21 février 2023, Mme A B, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 février 2023 par laquelle le président du conseil départemental de la Loire a confirmé mettre à sa charge un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 13 671,54 euros constitué sur la période du 1er octobre 2020 au 30 septembre 2022 et a refusé de lui accorder une remise de sa dette ;

2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer cet indu ;

3°) de lui accorder une remise totale de sa dette ;

4°) de mettre à la charge du département de la Loire une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- la décision attaquée a été prise sur le fondement d'un traitement algorithmique et ne comporte pas les informations prévues aux articles L. 311-3-1, R. 311-3-1 et R. 311-3-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle n'a pas été informée de l'usage du droit à communication préalablement à la mise en recouvrement, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale ;

- la décision a été prise sans saisine préalable de la commission de recours amiable, en méconnaissance des articles L. 262-47 et R. 262-90 du code de l'action sociale et des familles ;

- la caisse d'allocations familiales de la Loire a méconnu l'effet suspensif des recours en procédant à des retenues, en méconnaissance de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles ;

- en ne lui ayant pas communiqué les conclusions du contrôle la caisse d'allocations familiales de la Loire a méconnu le principe des droits de la défense, notamment le principe du contradictoire et l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'indu n'est pas fondé dès lors que ses absences du territoire résultent de la nécessité de se rendre au Mexique où réside sa fille mineure ;

- elle est de bonne foi et sa situation financière précaire ne lui permet pas de rembourser l'indu qui lui est réclamé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er août 2023, le département de la Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 octobre 2023.

II. Par une requête n° 2302191 enregistré le 20 mars 2023, Mme A B, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire émis à son encontre le 1er mars 2023 par le président du conseil départemental de la Loire en vue du recouvrement de la somme de 1 447,48 euros correspondant au solde d'un indu de revenu de solidarité active constitué sur la période du 1er avril 2019 au 29 février 2020 ;

2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer cet indu ;

3°) de mettre à la charge du département de la Loire une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- faute de production du bordereau de titre de recettes dûment signé, la décision doit être annulée ;

- cet avis de sommes à payer est insuffisamment motivé, les mentions portées sur le titre ne permettant pas de connaître les bases de la liquidation de la créance, en méconnaissance des articles L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;

- compte tenu du recours introduit contre la décision mettant à sa charge l'indu, l'administration ne pouvait pas émettre le titre contesté sans méconnaître l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles ;

- la caisse d'allocations familiales de la Loire a manqué à son devoir d'information prévu par l'article L. 583-1 du code de la sécurité sociale et elle aurait dû être considérée comme remplissant la condition de résidence stable et effective en France pour bénéficier du revenu de solidarité active.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2023, le département de la Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- en l'absence de recours administratif préalable exercé contre la décision mettant à sa charge l'indu, Mme B n'est pas recevable à en contester le bien-fondé à l'occasion du titre exécutoire ;

- les autres moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

III. Par une requête n° 2304302 enregistrée le 26 mai 2023, Mme A B, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire émis à son encontre le 4 mai 2023 par le président du conseil départemental de la Loire en vue du recouvrement de la somme de 13 671,54 euros correspondant à un indu de revenu de solidarité active constitué sur la période du 1er octobre 2020 au 30 septembre 2022 ;

2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer cet indu ;

3°) de lui accorder une remise totale de sa dette ;

4°) de mettre à la charge du département de la Loire une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- faute de production du bordereau de titre de recettes dûment signé, la décision doit être annulée ;

- cet avis de sommes à payer est insuffisamment motivé, les mentions portées sur le titre ne permettant pas de connaître les bases de la liquidation de la créance, en méconnaissance des articles L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;

- compte tenu du recours introduit contre la décision mettant à sa charge l'indu, l'administration ne pouvait pas émettre le titre contesté sans méconnaître l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles ;

- la caisse d'allocations familiales de la Loire a manqué à son devoir d'information prévu par l'article L. 583-1 du code de la sécurité sociale et elle aurait dû être considérée comme remplissant la condition de résidence stable et effective en France pour bénéficier du revenu de solidarité active.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2023, le département de la Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Vaccaro-Planchet, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique a été entendu le rapport de Mme Vaccaro-Planchet, présidente.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n°ss 2301335, 2302191, et 2304302 présentées par Mme B concernent la même requérante, présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

2. Par une décision du 18 mars 2020, faisant suite à une régularisation de sa situation, la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Loire a réclamé à Mme B le reversement d'une somme de 5 184,97 euros au titre d'un indu de revenu de solidarité active constitué sur la période du 1er avril 2019 au 29 février 2020. Le 1er mars 2023 le président du conseil départemental de la Loire a émis un avis des sommes à payer valant titre exécutoire en vue du recouvrement de la somme de 1 447,48 euros correspondant au solde de cet un indu. A la suite d'une nouvelle régularisation de sa situation, la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Loire a demandé à Mme B, par une décision du 18 octobre 2022, le reversement d'un trop-perçu de revenu de solidarité active d'un montant de 13 671,54 euros constitué sur la période du 1er octobre 2020 au 30 septembre 2022. Par une décision du 3 février 2023, en réponse à la réclamation préalable de l'intéressée, le président du conseil départemental de la Loire a confirmé l'existence de l'indu de revenu de solidarité active et refusé de lui accorder une remise de sa dette. Le 4 mai 2023, il a émis un avis des sommes à payer valant titre exécutoire en vue du recouvrement de l'indu d'un montant de 13 671,54 euros. Mme B demande au tribunal d'annuler la décision du président du conseil départemental de la Loire du 3 février 2023 ainsi que les avis de sommes à payer émis les 1er mars 2023 et 4 mai 2023, de la décharger de l'obligation de payer les sommes réclamées ou de lui accorder une remise gracieuse de ces dettes.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du président du conseil départemental de la Loire du 3 février 2023 :

3. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme F E, adjointe au directeur administratif et financier du département de la Loire, titulaire d'une délégation de signature à cet effet par un arrêté du président du conseil départemental de la Loire du 5 octobre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du département le 7 octobre suivant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, si Mme B fait valoir que la décision contestée rejetant son recours administratif a été édictée à l'issue d'un traitement algorithmique, il résulte de l'instruction que c'est à la suite d'un contrôle diligenté le 3 octobre 2022 par un contrôleur de la caisse d'allocations familiales de la Loire que l'indu litigieux a été mis à sa charge. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, les articles L. 114-19 et L. 114-20 du code de la sécurité sociale ont instauré, à des fins de contrôle, un droit de communication auprès de tiers limitativement énumérés au bénéfice des organismes de sécurité sociale. En vertu de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale, il incombe à l'organisme de sécurité sociale qui fait usage de ce droit de communication d'informer l'allocataire de l'origine et de la teneur des renseignements qu'il a effectivement utilisés pour décider de supprimer l'octroi du revenu de solidarité d'activité et de récupérer un indu de revenu de solidarité active. Cette obligation a pour objet de permettre à celui-ci, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la mise en recouvrement de l'indu qui en procède, afin qu'il puisse vérifier l'authenticité de ces documents et en discuter la teneur ou la portée. Ces dispositions instituent ainsi une garantie au profit de l'intéressé. Toutefois, la méconnaissance de ces dispositions par l'administration demeure sans conséquence sur le bien-fondé de l'indu s'il est établi qu'eu égard à la teneur du renseignement, nécessairement connu de l'allocataire, celui-ci n'a pas été privé, du seul fait de l'absence d'information sur l'origine du renseignement, de cette garantie.

6. L'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de Mme B au titre de la période du 1er janvier 2020 au 30 septembre 2022 découle de la prise en compte de ses absences du territoire français et de l'intégration de sommes versées par sa mère et non déclarées. Ces circonstances ont été révélées à l'occasion du contrôle de la situation de la requérante par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales de la Loire et mentionnées dans son rapport d'enquête du 3 octobre 2022, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire. S'agissant en particulier de son absence du territoire français, il résulte des termes de ce rapport que l'examen des relevés du compte de Mme B transmis par son organisme bancaire, a révélé des séjours à l'étranger du 7 octobre 2020 au 21 mai 2021 puis du 3 novembre 2021 au 14 juin 2022, tandis que les passeports de Mme B et de sa fille, mis à disposition par la requérante elle-même, ont révélé leur départ au Mexique à compter du 3 août 2022. Si le contrôleur a ainsi fait usage du droit de communication et que les droits au revenu de solidarité active de Mme B ont été régularisés sur la base d'éléments recueillis dans ce cadre, il résulte de l'instruction que dans son courrier du 19 septembre 2022, le contrôleur assermenté a informé la requérante de leur teneur et origine et que cette dernière a, en réponse, fait part de ses observations le 27 septembre 2022. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'aurait pas été informée, de l'exercice du droit de communication avant la mise en recouvrement de l'indu contesté. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. En quatrième lieu, d'une part, ainsi qu'il vient d'être dit, Mme B a été informée par un courrier du 19 septembre 2022 par l'agent assermenté de la caisse d'allocations familiales de la Loire, des éléments relevés dans son rapport d'enquête et a fait valoir ses observations par un courrier du 27 septembre 2022. D'autre part, alors qu'aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à la caisse d'allocations familiales, ni au département de la Loire de communiquer à l'allocataire le rapport d'enquête établi par l'agent assermenté à l'issue de ce contrôle, ce rapport lui a été transmis à sa demande le 23 mars 2023. Dès lors, Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'absence de communication des conclusions du contrôle aurait entaché d'illégalité la décision mettant à sa charge l'indu contesté.

8. En cinquième lieu, la consultation préalable de la commission de recours amiable en matière de contestations relatives au revenu de solidarité active est prescrite par les dispositions précitées de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles sauf lorsque la convention de gestion conclue entre la caisse d'allocations familiales et le département en dispose autrement, en application de l'article R. 262-89 précité du même code.

9. En l'espèce, en vertu de la convention de gestion du revenu de solidarité active conclue le 9 avril 2021 entre le département de la Loire et la caisse d'allocations familiales de la Loire, les contestations relatives au bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active sont dispensées d'un avis de la commission de recours amiable, sauf lorsque l'indu est supérieur à huit fois le plafond mensuel de la sécurité sociale fixé par arrêté, soit 27 424 euros à la date de la décision contestée. En l'espèce, le montant de l'indu visé étant de 13 671, 54 euros soit un montant inférieur au plafond susmentionné, Mme B ne peut utilement soutenir que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure, faute pour la commission de recours amiable d'avoir été régulièrement saisie.

10. En sixième lieu, pour contester la décision du 3 février 2023 confirmant l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge, Mme B ne peut utilement invoquer une méconnaissance du caractère suspensif du recours effectué prévu à l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles. Par suite, le moyen doit être écarté.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles, toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un certain montant fixé par voie réglementaire, a droit au revenu de solidarité active. Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire. ". Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ".

12. Il résulte des termes du rapport de contrôle de la situation de Mme B du 3 octobre 2022 dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que celle-ci a séjourné en France durant seulement quatre mois en 2020, six mois en 2021 et deux mois en 2022. En se bornant à faire valoir la nécessité de se rendre au Mexique pour gérer les formalités liées à la garde de sa fille mineure, sans toutefois contester que ses séjours à l'étranger ont ainsi excédé une durée de trois mois par an sur la période de constitution du trop-perçu, Mme B ne remet pas utilement en cause le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active réclamé. Par suite le président du conseil départemental de la Loire a pu, sans entacher sa décision d'illégalité, lui demander le reversement de la somme de 13 671,54 euros au titre d'un indu de revenu de solidarité active pour la période du 1er octobre 2020 au 30 septembre 2022.

13. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 3 février 2023 par laquelle le président du conseil départemental de la Loire a confirmé la mise à sa charge de cet indu de revenu de solidarité active ni à demander à être déchargée de l'obligation de payer cet indu.

Sur la demande de remise de la dette de revenu de solidarité active d'un montant de 13 671,54 euros :

14. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. (). ". Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre partie à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise.

15. Pour solliciter la remise de l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge pour la période du 1er octobre 2020 au 30 septembre 2022, Mme B soutient qu'elle n'était pas informée de son obligation de résidence et a ainsi, en toute bonne foi omis de déclarer ses absences du territoire. Cependant, il résulte des mentions du rapport de l'agent assermenté de la caisse d'allocations familiales de la Loire du 3 octobre 2022, que la requérante avait été informée de son obligation de déclarer ses séjours hors de France lors d'un précédent contrôle de sa situation intervenu en novembre 2019 et qu'elle a d'ailleurs dans un premier temps, respecté cette obligation en informant l'organisme payeur d'un séjour à l'étranger. Dans ces conditions, l'intéressée ne pouvait légitimement ignorer que le bénéfice du revenu de solidarité active est lié à une résidence en France, sans que les séjours à l'étranger puissent excéder trois mois. Ainsi, ces omissions délibérément et régulièrement commises par la requérante dans l'exercice de ses obligations déclaratives revêtent le caractère de " fausses déclarations " faisant obstacle, en application des dispositions de l'article L. 262-46 du code précité, et malgré la précarité alléguée de sa situation financière, au bénéfice d'une remise gracieuse. Dans ces conditions, alors au demeurant qu'il lui est loisible de solliciter un échelonnement de sa dette auprès de l'administration, sa situation ne justifie pas une remise de sa dette de revenu de solidarité active d'un montant de 13 671,54 euros.

Sur les conclusions à fin d'annulation du titre exécutoire émis le 4 mai 2023 :

16. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / Toute réclamation dirigée contre une décision de récupération de l'indu, le dépôt d'une demande de remise ou de réduction de créance ainsi que les recours administratifs et contentieux, y compris en appel, contre les décisions prises sur ces réclamations et demandes ont un caractère suspensif. (). ".

17. En adoptant les dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, le législateur a entendu que l'effet suspensif des recours dirigés contre une décision de récupération de l'indu s'attache à l'exigibilité de la créance. Il en résulte que l'exercice d'un tel recours, de même d'ailleurs qu'une demande de remise gracieuse, fait par lui-même obstacle, aussi longtemps que ce recours est pendant devant l'administration ou devant les juges du fond, d'une part, à la possibilité pour l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active d'opérer une compensation avec les sommes dues à l'allocataire et, d'autre part, à l'émission, par le département, d'un titre exécutoire sur le fondement de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales.

18. Le recours contentieux formé le 21 février 2023 par Mme B, enregistré au greffe du tribunal sous le n° 2301335, contre la décision du président du conseil départemental de la Loire du 3 février 2023 confirmant l'indu de revenu de solidarité active d'un montant de 13 671,54 euros mis à sa charge au titre de la période du 1er octobre 2020 au 30 septembre 2022, faisait par lui-même obstacle à ce que le département de la Loire émette le titre exécutoire du 4 mai 2023, eu égard à l'effet suspensif dudit recours. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre ce titre exécutoire, Mme B est fondée à en demander l'annulation pour ce motif.

19. En revanche, en l'absence de toute annulation de la créance pour le recouvrement de laquelle ce titre a été émis, et compte tenu de la possibilité pour le département d'émettre un nouveau titre exécutoire, Mme B n'est pas fondée à demander à être déchargée de l'obligation de payer l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge pour la période du 1er octobre 2020 au 30 septembre 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation du titre exécutoire émis le 1er mars 2023 :

20. En premier lieu, aux termes de l'article L. 100-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Au sens du présent code et sauf disposition contraire de celui-ci, on entend par : / 1° Administration : () les collectivités territoriales (). ". Aux termes de l'article L. 111-2 dudit code : " Toute personne a le droit de connaître le prénom, le nom, la qualité et l'adresse administratives de l'agent chargé d'instruire sa demande ou de traiter l'affaire qui la concerne ; ces éléments figurent sur les correspondances qui lui sont adressées () ". Aux termes de l'article L. 212-1 de ce même code : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. (). ".

21. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () / 4° Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable. L'envoi sous pli simple ou par voie électronique au redevable de cette ampliation à l'adresse qu'il a lui-même fait connaître à la collectivité territoriale, à l'établissement public local ou au comptable public vaut notification de ladite ampliation. / En application des articles L. 111-2 et L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation. ".

22. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif doivent mentionner les nom, prénom et qualité de l'auteur de cette décision, au sens des dispositions de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, de même, par voie de conséquence, que l'ampliation adressée au redevable, et d'autre part, que seul le bordereau de titre de recettes est signé pour être produit en cas de contestation.

23. Le département de la Loire produit le bordereau journal n° 287 du 1er mars 2023 comprenant le titre exécutoire en litige portant le numéro de titre 2091. Ce bordereau comporte en outre la signature électronique de M. C D, directeur de l'Insertion et de l'Emploi. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le bordereau du titre exécutoire en litige n'aurait pas été régulièrement signé doit être écarté.

24. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire. ". La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de l'allocation de revenu de solidarité active est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, l'autorité administrative n'est pas tenue d'indiquer dans la décision par laquelle elle procède à la récupération de sommes indûment versées au titre du revenu de solidarité active, les éléments servant au calcul du montant de l'indu.

25. D'autre part, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " () Toute créance liquidée faisant l'objet () d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation (). ". Ainsi, tout état exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.

26. Il résulte de l'instruction que l'avis des sommes à payer valant titre exécutoire attaqué, pris au visa des articles L. 252 A du livre des procédures fiscales et L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, indique qu'il est relatif à un indu de revenu de solidarité active constitué sur la période du 1er avril 2019 au 29 février 2020 et que la somme restant à payer est de 1 447,48 euros. Il indique ainsi l'identité du débiteur, son numéro d'allocataire, la nature de la somme mise en recouvrement et la période concernée. En outre, alors qu'il mentionne également que l'indu fait suite à ses séjours à l'étranger, les bases de la liquidation de l'indu contesté, ainsi que les éléments de droit et de fait qui le fondent ont déjà été indiqués à Mme B par un courrier de la caisse d'allocations familiales de la Loire du 18 mars 2023. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique doivent être écartés.

27. En troisième lieu, Mme B fait valoir que le département de la Loire a poursuivi le recouvrement de la créance d'un montant de 1 447,48 euros malgré l'introduction le 21 février 2023 d'un recours contentieux devant le tribunal, enregistré sous le n° 2301335, qui revêt un caractère suspensif. Toutefois, cette requête concerne l'indu de solidarité active d'un montant de 13 671,54 euros mis à la charge de la requérante au titre de la période du 1er octobre 2020 au 30 septembre 2022, tandis que le titre exécutoire litigieux émis le 1er mars 2023 a pour objet le recouvrement d'un indu de solidarité active dont le solde s'élève à 1 447,48 euros au titre de la période du 1er avril 2019 au 29 février 2020. Ainsi le recours contentieux n° 2301335 ne faisait pas obstacle à la mise en recouvrement de la dette de revenu de solidarité active par le titre exécutoire précité et le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, ne peut, par suite, qu'être écarté.

28. En dernier lieu, il résulte des articles L. 262-46 et L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles qu'une décision de récupération d'un indu de revenu de solidarité active prise par le président du conseil départemental, ou par délégation de celui-ci, ne peut, à peine d'irrecevabilité, faire l'objet d'un recours contentieux sans qu'ait été préalablement exercé un recours administratif auprès de cette autorité. Si la recevabilité d'un recours contentieux dirigé contre le titre exécutoire émis pour recouvrer un indu de revenu de solidarité active n'est pas, en vertu de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, subordonnée à l'exercice d'un recours administratif préalable, le débiteur ne peut toutefois, à l'occasion d'un tel recours, contester devant le juge administratif le bien-fondé de cet indu en l'absence de tout recours préalable saisissant de cette contestation le président du conseil départemental. En revanche, une telle contestation reste possible à l'occasion d'un recours contre les actes de poursuite qui procèdent du titre exécutoire exercé conformément aux dispositions précitées de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, même en l'absence de recours administratif préalable obligatoire.

29. Il ne résulte pas de l'instruction que, à la suite de la réception de la décision du 18 mars 2020 lui notifiant un indu de revenu de solidarité active pour la période du 1er avril 2019 au 20 février 2020, Mme B ait formé devant le président du conseil départemental de la Loire le recours administratif préalable obligatoire prévu par les dispositions de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles contre l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge. Par suite, ainsi que le fait valoir le département en défense, Mme B n'est pas recevable à contester le bien-fondé de cet indu à l'occasion de son recours contentieux contre l'avis des sommes à payer valant titre exécutoire émis le 1er mars 2023 en vue du recouvrement d'une somme de 1 447,48 euros correspondant au solde de cet indu.

Sur les frais liés au litige :

30. S'agissant des instances n°s 2301335 et 2302191, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge du département de la Loire, qui n'est pas la partie perdante, au titre des frais liés au litige.

31. S'agissant de l'instance n° 2304302, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par Mme B, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'avis des sommes à payer valant titre exécutoire émis le 4 mai 2023 par le département de la Loire pour le recouvrement d'une somme de 13 671, 54 euros (treize mille six cent soixante-et-onze euros et cinquante-quatre centimes), correspondant à un indu de revenu de solidarité active versé sur la période du 1er octobre 2020 au 30 septembre 2022, est annulé.

Article 2 : Les requêtes n°s 2301335 et 2302191 et le surplus des conclusions de la requête n° 2304302 sont rejetés.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Desfarges et au département de la Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.

La magistrate désignée,

V. Vaccaro-PlanchetLa greffière,

C. Delmas

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

Le greffier,-2302191-2304302

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