Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2302173

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2302173
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation6ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. et Mme C, qui contestaient des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et prélèvements sociaux pour 2016-2018, issues d’un contrôle de leur société. Les requérants invoquaient notamment un défaut de réception et de motivation de la proposition de rectification pour 2018. Le tribunal a jugé la procédure régulière, estimant que l’administration avait prouvé la réception du document et que sa motivation était suffisante au regard des articles L. 57 et R. 57-1 du livre des procédures fiscales.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 17 mars 2023 et 1er juillet 2024, M. et Mme D et E C, représentés par Me Ceyhan, demandent au tribunal :

1°) la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, des prélèvements sociaux et des majorations mis à leur charge au titre des années 2016, 2017 et 2018 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils n'ont pas reçu la proposition de rectification au titre de l'année 2018 avant la mise en recouvrement des impositions ;

- l'administration ne produit aucun justificatif établissant la réception de la proposition de rectification du 19 décembre 2019 par les contribuables ;

- la proposition de rectification du 19 décembre 2019 n'est pas motivée ; elle ne mentionne aucune conséquence fiscale au titre de l'année 2018 ;

- le montant de chaque rehaussement au titre de l'année 2018 n'a pas été chiffré dans la proposition de rectification du 19 décembre 2019 en méconnaissance du BOFIP du 4 mars 2020, BOI-CF-IOR-10-40 ;

- la décision de rejet du 18 janvier 2023 n'est pas motivée et fait allusion à d'autres moyens soutenus par les contribuables pour d'autres années ;

- le défaut de motivation de la proposition de rectification et de la décision de rejet les a privé du principe du contradictoire ;

- les impositions des années 2016 et 2017 ont été établies à la suite d'une procédure irrégulière dès lors qu'ils n'ont pas bénéficié d'un débat oral et contradictoire ;

- les irrégularités affectant la comptabilité sont imputables à M. A B qui s'est présenté comme expert-comptable ; une enquête pénale a été ouverte à son encontre ;

- M. B a été désigné comme bénéficiaire des revenus distribués ;

- les dépenses personnelles de M. C n'ont pas été démontrées ou sont, le cas échéant, de montants très faibles ;

- aucuune intention d'éluder l'impôt ne peut être retenue à l'encontre de M. C.

Par des mémoires en défense enregistrés les 29 septembre 2023 et 9 juillet 2024, l'administrateur général des Finances publiques de la direction de contrôle fiscal Centre-Est conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 2 juillet 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 1er août 2024.

Un mémoire a été enregistré, le 27 août 2024, pour M. et Mme C.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bardad, première conseillère ;

- les conclusions de Mme Collomb, rapporteure publique ;

- les observations de Me Ceyhan, avocat de M. et Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) Loire Forez Plaquiste, dont M. D C était le gérant et associé unique, exerçant une activité de plaquiste, plâtrier, peintre, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité sur la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018. Par ailleurs, le service, qui a procédé à l'examen des déclarations de revenus au titre des années 2016, 2017 et 2018 de M. et Mme C, leur a notifié des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, des prélèvements sociaux, des majorations et des intérêts de retard au titre des mêmes années. Par la présente requête, M. et Mme C demandent au tribunal la décharge de ces impositions.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

S'agissant de l'application de la loi :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales dispose que : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation./ () ".

3. L'administration produit, dans le cadre de la présente instance, l'accusé de réception attestant de la présentation, le 23 décembre 2019, puis de la distribution, le 26 décembre 2019, de la proposition de rectification n° 2120 du 19 décembre 2019, adressée à M. et Mme C. En outre, le conseil des requérants a sollicité, par un courriel du 17 janvier 2020, une prorogation du délai imparti pour présenter des observations à la suite de cette proposition de rectification. Par ailleurs, les impositions correspondantes ont été mises en recouvrement le 20 octobre 2020. Par suite, les intéressés ne sont pas fondés à soutenir qu'ils n'ont pas reçu la proposition de rectification du 19 décembre 2019 avant la mise en recouvrement des impositions supplémentaires établies au titre des années 2016, 2017 et 2018.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée () ". Il résulte de ces dispositions et de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de manière utile. S'agissant de revenus distribués, cette motivation peut résulter, soit de la reproduction de la teneur de la proposition de rectification adressée à la société distributrice, soit de la jonction de cette proposition de rectification en annexe du document adressé au bénéficiaire des distributions, dès lors du moins que le document concernant la société est lui-même suffisamment motivé.

5. En l'espèce, la proposition de rectification n° 2120 du 19 décembre 2019, notifiée à M. et Mme C, au titre des années 2016, 2017 et 2018, afin de tirer à leur égard les conséquences en matière d'impôt sur le revenu des distributions constatées à l'occasion de la vérification de la comptabilité de la SASU Loire Forez Plaquiste, mentionne le montant des rehaussements envisagés, leur fondement légal, la catégorie d'imposition retenue ainsi que les années d'imposition concernées. En outre, elle cite des extraits repris in extenso de la proposition de rectification n° 3924 du 19 déembre 2019 adressée à la SASU Loire Forez Plaquiste. Enfin, une copie de la proposition de rectification n° 3924 du 19 décembre 2019, notifiée à la société Loire Forez Plaquiste, a été jointe à la proposition de rectification n° 2120 du même jour, adressée à M. et Mme C. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

6. En troisième lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 48 du livre des procédures fiscales que l'administration n'est tenue d'indiquer le montant des droits, taxes et pénalités résultant des rehaussements proposés ou modifiés pour tenir compte des observations et avis recueillis, que dans les propositions de rectification établies à la suite à d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle ou à une vérification de comptabilité. Cette obligation ne s'applique pas aux rehaussements consécutifs, comme en l'espèce, à un contrôle sur pièces. Par suite, les requérants ne peuvent utilement soutenir que la proposition de rectification du 19 décembre 2019 est irrégulière dès lors qu'elle ne comporte aucune mention des conséquences financières au titre de l'année 2018 quand bien même de telles conséquences auraient été notifiées au titre au titre des années 2016 et 2017.

7. En quatrième lieu, contrairement à ce que soutiennent les requérants, la procédure d'imposition suivie à leur encontre n'a pas méconnu le principe du contradictoire dès lors qu'ils ont reçu la proposition de rectification du 19 décembre 2019 et ont été mis à même de présenter leurs observations tel que cela a été exposé précédemment, et qu'ils ne peuvent utilement faire valoir l'absence de débat " oral et contradictoire " alors que l'administration s'est bornée à réaliser un contrôle sur pièces pour établir les impositions en litige lequel contrôle n'implique pas l'engagement d'un tel débat oral.

8. En dernier lieu, les irrégularités qui peuvent entacher la décision par laquelle l'administration rejette la réclamation contentieuse présentée par un contribuable sont sans influence sur la régularité de la procédure d'imposition et sur le bien-fondé des impositions contestées. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de la décision de rejet de la réclamation présentée par les requérants et de la mention, à la supposer établie, de moyens soutenus par les contribuables pour d'autres années sont inopérants et doivent être écartés.

S'agissant de la doctrine administrative :

9. Les requérants ne peuvent utilement se prévaloir de la méconnaissance de la doctrine administrative, BOI-CF-IOR-10-40 du 4 mars 2020, dès lors qu'elle est relative à la procédure d'imposition. Par suite, le moyen est inopérant et doit être écarté.

Sur le bien-fondé des impositions :

S'agissant de la charge de la preuve :

10. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable à l'espèce : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. () ".

11. M. et Mme C s'étant abstenus de répondre, dans le délai de trente jours prévu par l'article R. 57-1 du livre des procédures fiscales, à compter de la réception de la proposition de rectification n° 2120 du 19 décembre 2019, la charge de la preuve de l'exagération des impositions en litige leur incombe.

12. Toutefois, il appartient à l'administration d'établir l'appréhension par le contribuable des revenus réputés distribués qu'elle impose entre ses mains, quelle que soit la procédure d'imposition suivie.

S'agissant des revenus distribués :

13. Aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / () / c. Les rémunérations et avantages occultes ". La qualité de seul maître de l'affaire suffit à regarder le contribuable comme bénéficiaire des revenus réputés distribués en application de ces dispositions du c de l'article 111 du code général des impôts.

14. L'administration a réintégré comme rémunérations occultes, imposables dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers d'une part, les virements émis à partir du compte bancaire de la société Loire Forez Plaquiste au profit du compte bancaire personnel de M. C pour un montant de 12 170 euros en 2016 et 8 383 euros en 2017 et d'autre part, les chèques émis par cette société, libellés au nom de M. C, pour un montant de 17 951 euros au titre de l'année 2016 et de 7 165 euros au titre de l'année 2017.

15. Pour considérer que ces sommes étaient constitutives d'une rémunération ou d'un avantage occulte au sens du c. de l'article 111 du code général des impôts, l'administration a notamment relevé qu'une appréhension de liquidités constituait une distribution irrégulière de revenus, que M. C détenait la totalité des parts sociales de la société Loire Forez Plaquiste, qu'il était seul dirigeant sans restriction statutaire, qu'il disposait des moyens de paiement de l'entreprise et devait être considéré comme le maître de l'affaire de la société Loire Forez Plaquiste. La mise à disposition de ces sommes, constatée par leur inscription sur le compte bancaire personnel de M. C, est ainsi établie par le service, les requérants ne produisant pas d'élément de nature à établir qu'ils n'auraient pas été les bénéficiaires des sommes mises à leur disposition par la société Loire Forez Plaquiste ni davantage que ces sommes auraient été exposées dans l'intérêt de l'entreprise et n'auraient pas fait l'objet d'un désinvestissement. Par ailleurs, la désignation par la société Loire Forez Plaquiste de M. B, en qualité de bénéficiaire de revenus distribués, sur le fondement de l'article 117 du code général des impôts, dont se prévalent les requérants, a concerné les seuls retraits bancaires effectués en numéraire sur les comptes bancaires de la société sans faire l'objet d'aucun rehaussement au titre des revenus perçus par M. et Mme C. Par suite, c'est à bon droit que ces sommes ont été regardées comme constituant des distributions occultes au sens du c) de l'article 111 du code général des impôts imposables au nom des intéressés au titre des années 2016 et 2017 dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.

Sur les pénalités :

16. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".

17. L'administration a notamment relevé d'une part, que les infractions à savoir les omissions de déclarations de salaires versés au dirigeant et à son épouse, la prise en charge par la société de dépenses d'ordre privé sans lien avec l'intérêt de l'entreprise, les prélèvements effectués sur les comptes bancaires de la société sans lien avec son intérêt, les nombreux virements et chèques émis au profit du dirigeant, ont été commises de manière conscience par M. C et d'autre part, l'importance des prélèvements personnels effectués sur les comptes bancaires de la société. Si les requérants soutiennent que les irrégularités affectant la comptabilité sont imputables à M. B, prétendu expert-comptable à l'encontre duquel une enquête pénale aurait été ouverte, le service a régulièrement constaté l'existence de fonds directement appréhendés par M. C. Les retraits bancaires effectués en numéraire sur les comptes bancaires de la société, par M. B, n'ont l'objet d'aucun rehaussement au titre des revenus perçus par M. et Mme C tel que cela a été précédemment exposé ni de pénalités mises à la charge des requérants au titre des revenus appréhendés par M. B. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve qui lui incombe de l'existence d'une intention délibérée de M. C d'éluder l'impôt justifiant l'application de la majoration pour manquement délibéré aux impositions en litige.

18. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme C ne sont pas fondés à demander la décharge des impositions supplémentaires et des pénalités mis à leur charge au titre des 2016, 2017 et 2018.

Sur les frais liés au litige :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement à M. et Mme C d'une somme en remboursement des frais qu'ils ont exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme D C et à l'administrateur général des Finances publiques de la direction de contrôle fiscal Centre-Est.

Délibéré après l'audience le 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

Mme Bardad, première conseillère,

Mme Reniez, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.

La rapporteure,

N. BardadLe président,

J. Segado

La greffière,

F. Abdillah

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,