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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2302410

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2302410

lundi 7 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2302410
TypeDécision
Formation8ème chambre
Avocat requérantJOUANIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 mars 2023 et 8 mai 2024, M. D F, représenté par la SCP Vedesi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 janvier 2023, notifiée le 27 janvier suivant, par laquelle le maire de la commune de Grigny a décidé de demander au ministre de l'intérieur de mettre fin de manière anticipée à son détachement, pour faute ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Grigny une somme de 2 500 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'erreur de faits ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 septembre 2023 et 28 juin 2024, la commune de Grigny, représentée par ATV avocats associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. F au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors qu'elle est dirigée contre un acte non décisoire insusceptible de recours ;

- à titre subsidiaire, aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mai 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer, représenté par Dorean Avocats, conclut :

1°) au non-lieu à statuer sur la requête ;

2°) à ce qu'une somme de 625 euros soit mise à la charge de M. F au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir qu'il n'y a plus lieu de statuer sur la requête dès lors que M. F a demandé et obtenu son intégration directe dans le corps des policiers municipaux le 26 juillet 2023 et qu'il a été radié des cadres de la police nationale.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n°85-986 du 16 septembre 1985 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme G, magistrate rapporteure,

- les conclusions de Mme Fullana Thevenet, rapporteure publique,

- et les observations de Me Vieux-Rochas pour la commune de Grigny.

Considérant ce qui suit :

1. M. F initialement gardien de la paix de la police nationale, était détaché au sein de la commune de Grigny en tant que chef du service de la police municipale depuis le 1er avril 2022. Par un arrêté du 15 décembre 2022, le maire de la commune de Grigny a suspendu M. F de ses fonctions à titre conservatoire dans l'intérêt du service, et par une décision du 20 janvier 2023, portée à la connaissance de M. F le 27 janvier suivant, le maire de la commune de Grigny a décidé de demander au ministre de l'intérieur de mettre fin de manière anticipée à son détachement, pour faute. M. F demande l'annulation de cette décision.

Sur l'exception de non-lieu à statuer soulevée en défense :

2. La circonstance que par un arrêté du 26 juillet 2023, le requérant a été radié des cadres du corps d'encadrement et d'application de la police nationale, à compter du 17 juillet 2023, date de son intégration directe dans le cadre d'emplois des chefs de service de police municipale de la ville de Saint-Fons ne rend pas sans objet son recours formé contre la décision en litige. L'exception de non-lieu à statuer opposée par le ministre de l'intérieur et des outre-mer en défense doit, dès lors, être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, en vertu de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les décisions individuelles défavorables doivent comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En l'espèce, contrairement à ce que soutient le requérant, la décision du 23 janvier 2023, notifiée le 27 janvier suivant, par laquelle le maire de la commune de Grigny a décidé de demander au ministre de l'intérieur de mettre fin de manière anticipée à son détachement, pour faute, ensemble le courrier du 20 janvier 2023 adressé au ministre de l'intérieur et joint à celui du 23 janvier 2023 , qui vise les textes dont il fait application et mentionne les motifs de fait pour lesquels il a été décidé de mettre fin à son détachement, répond aux exigences de motivation posées par les dispositions susvisées de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, dès lors, être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 513-1 du code général de la fonction publique alors en vigueur : " Le détachement est la position du fonctionnaire placé hors de son corps ou cadre d'emplois d'origine mais continuant à bénéficier, dans ce corps ou cadre d'emplois, de ses droits à l'avancement et à la retraite. Il est prononcé à la demande du fonctionnaire. ". Aux termes de l'article L. 513-2 du même code : " Le détachement du fonctionnaire est de courte ou de longue durée. Il est révocable. ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 513-18 du même code : " Sous réserve de l'application de l'article L. 513-19, le fonctionnaire de l'Etat détaché, remis à la disposition de son administration d'origine pour une cause autre qu'une faute commise dans l'exercice de ses fonctions et qui ne peut être réintégré dans son corps d'origine faute d'emploi vacant, continue d'être rémunéré par l'organisme de détachement jusqu'à sa réintégration dans son administration d'origine. ". Enfin, aux termes de l'article 24 du décret n°85-986 du 16 septembre 1985 relatif au régime particulier de certaines positions des fonctionnaires de l'Etat, à la mise à disposition, à l'intégration et à la cessation définitive de fonctions : " Il peut être mis fin au détachement avant le terme fixé par l'arrêté le prononçant soit à la demande de l'administration ou de l'organisme d'accueil, soit de l'administration d'origine. ".

5. L'administration qui accueille un fonctionnaire en position de détachement peut à tout moment, dans l'intérêt du service, remettre celui-ci à la disposition de son corps d'origine en disposant, à cet égard, d'un large pouvoir d'appréciation. Il n'appartient au juge de l'excès de pouvoir de censurer l'appréciation ainsi portée par l'autorité administrative qu'en cas d'erreur manifeste.

6. En l'espèce, pour demander au ministre de l'intérieur et des outre-mer de mettre fin de manière anticipée au détachement de M. F, le maire de la commune de Grigny s'est fondé sur sa grossièreté, sur son comportement professionnel caractérisé, au cours de la dernière période de détachement, par un mépris et un manque de respect de ses collègues ainsi que sur la réitération de propos et comportements humiliants et rabaissants envers deux collègues en particulier, Mme A et M. C, et caractérisant une situation de harcèlement moral.

7. Il ressort des pièces du dossier et notamment du rapport circonstancié établi le 12 décembre 2022, par le directeur général des services de la commune, que M. C, M. E et Mme A, tous trois brigadiers-chefs principaux au sein du poste du police municipale ont rapporté au cours de leurs auditions, que M. F, a eu, à plusieurs reprises, des propos et une attitude pouvant être qualifiés d'humiliants, de rabaissant, de moqueur et de harcelants vis-à-vis des trois agents qui composent l'équipe de la police municipale de Grigny. Il ressort des pièces du dossier que les trois agents concernés ont confirmé que M. F avait pour habitude d'avoir un comportement insultant et dénigrant vis-à-vis des agents, sous couvert d'humour et de camaraderie indispensable aux services de police, évoquant sans retenue un possible décès de M. C dans le cadre d'une opération chirurgicale qu'il devait subir, permettant de débarrasser le service de sa présence. Si M. F soutient que cette phrase a été sortie de son contexte, il ne reconnait manifestement pas qu'il a pu blesser son destinataire et choquer l'auditoire. Il ressort de l'enquête administrative menée par le directeur général des services que M. F a également ouvertement humilié M. E reprenant des clichés péjoratifs sur les militaires de la gendarmerie nationale. M. F confirme également avoir dit à Mme A " tu conduis comme une ratone " et l'avoir par ailleurs traité de " pute " en son absence, en précisant que l'ensemble du service avait utilisé ce vocabulaire concernant l'intéressée s'agissant de ses absences du fait de ses prolongations d'arrêts de travail mettant le service en sous-effectifs, en faisant référence à l'expression " coup de pute ". Par ailleurs, il ressort également des témoignages concordants des agents entendus que M. F a, au cours d'un entrainement de box avec M. C, puis avec M. E, poussé ses collègues au point de les blesser de manière importante, puisque M. C a été totalement sonné et M. E a eu deux côtes fêlées, assurant sur eux une forme de supériorité mal placée, bien que l'intéressé réfute toute intention de blesser ou d'humilier ses collègues. Enfin, il ressort également des pièces du dossier et principalement du rapport d'enquête du 12 décembre 2022, que M. F a déjà pu traiter M. C de " pot de fleurs ", lui indiquant qu'il ne servait à rien, remettant en cause ses capacités au tir de manière humiliante, y compris devant des personnes extérieures au service, et a également au cours d'une pause déjeuner mimer l'introduction d'un concombre dans les parties intimes de Mme B en faisant référence à son homosexualité assumée. S'agissant de ce dernier fait, si Mme B indique qu'elle n'a été nullement choquée ni mal à l'aise, ce n'est pas le cas des deux autres agents présents, en l'occurrence M. C et Mme A qui ont mal vécu cette réflexion totalement déplacée et particulièrement grossière et inadaptée à l'environnement professionnel.

8. Contrairement à ce qu'affirme le requérant, ce rapport se réfère à des éléments suffisamment précis, même s'ils ne sont pas tous datés précisément, et à des témoignages concordants permettant d'apprécier la réalité et la portée des faits reprochés. Dans ces conditions, les arguments du requérant tirés de ce que ce qu'il a fait l'objet d'évaluations professionnelles très favorables, de ce que les absences répétées de Mme A liées à des arrêts maladie auraient nuit au bon fonctionnement du service, de ce que Mme A et M. C auraient des difficultés à exercer leurs fonctions et qu'il leur aurait apporté de l'aide et de l'écoute, y compris sur le plan personnel, de ce que ni la commune ni les agents concernés n'ont jamais déposé de plainte à son encontre pour des faits de harcèlement moral et de ce que le ministre de l'intérieur et des outre-mer n'a jamais engagé de procédure disciplinaire à son encontre, ne contredisent pas sérieusement la réalité des faits reprochés, quand bien même certaines des évaluations professionnelles portées par l'intéressé sur la manière de servir de Mme A et de M. C se trouvent corroborées par les témoignages des moniteurs de tir.

9. Par ailleurs, il ressort également des pièces du dossier que M. F a été averti par un courrier du 20 décembre 2022 de la possibilité qu'il soit mis fin prématurément à ses fonctions au sein de la commune, de la possibilité de consulter son dossier administratif et de la possibilité de faire valoir ses observations dans un délai de dix jours, notamment en ce qui concerne le rapport du 12 décembre 2022 dont il a eu communication, ce qu'il a fait le 10 janvier suivant. Par ailleurs, la commune de Grigny doit être regardée comme ayant recherché l'intérêt du service en mettant fin de manière prématurée au détachement de M. F pour mettre un terme au comportement professionnel inapproprié de ce dernier et aux tensions internes au sein du service, ayant entrainé une rupture du lien de confiance entre l'exécutif de la commune et l'agent. Il suit de là qu'en demandant au ministre de l'intérieur à ce qu'il soit mis fin au détachement de M. F au sein de la commune, en raison de divers agissements qui lui étaient imputés dans l'exercice de ses fonctions, qui constituaient un comportement professionnel inapproprié relevant du harcèlement moral et des fautes susceptibles de faire l'objet d'une sanction disciplinaire, et qui étaient suffisamment documentées et établies par les pièces du dossier principalement les témoignages des trois agents qui composent le poste de police municipale, en date des 1er et 5 décembre 2022, le maire de la commune de Grigny n'a pas pris une mesure pour un motif étranger au service, reposant sur des faits matériellement inexacts ou sur une appréciation manifestement erronée des circonstances de l'espèce.

10. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense par la commune, que M. F n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision du 20 janvier 2023 par laquelle le maire de la commune de Grigny a décidé de demander au ministre de l'intérieur et des outre-mer de mettre fin à son détachement de manière anticipée, pour faute.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Grigny, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement de la somme que demande M. F au titre des frais qu'il a exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. F le versement à la commune de Grigny ou à l'Etat d'une quelconque somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Grigny et de l'Etat formulées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D F, à la commune de Grigny et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Pascale Dèche, présidente,

Mme Ludivine Journoud, conseillère,

Mme Charlotte Pouyet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 avril 2025.

La rapporteure,

L. G

La présidente,

P. Dèche

La greffière,

S. Hosni

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière.

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