Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2302487
mardi 1 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2302487 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 mars 2023, M. A et Mme B Bonnin, représentés par Me Babin, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des majorations assortissant les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2020 ;
2°) de condamner l'Etat aux entiers dépens et de mettre à sa charge la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que l'administration ne rapporte pas la preuve de leur intention d'éluder l'impôt.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juin 2023, le directeur régional des finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. et Mme Bonnin ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 1er juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 août 2024.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gros, première conseillère
- et les conclusions de Mme Tocut, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Le 6 octobre 2020, Mme B Bonnin a cédé à la société à responsabilité limitée (SARL) Maxmino les 1 240 titres de la société de participation financière des professions libérales (SPFPL) AMBLC qu'elle avait reçus en contrepartie de l'apport, à cette société, des parts de la société d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) Cabinet Bonnin le 15 juillet 2015. Cette cession a généré une plus-value de 246 345 euros qui a bénéficié, en matière d'impôt sur le revenu, de l'abattement forfaitaire de 500 000 euros pour départ à la retraite des dirigeants des petites et moyennes entreprises prévu à l'article 150-0 D ter du code général des impôts. L'administration ayant, dans le cadre d'un contrôle sur pièces, constaté que la plus-value réalisée lors de la cession des titres de la SPFPL AMBLC n'avait, à tort, pas été assujettie aux contributions sociales, d'une part, et que la plus-value réalisée à l'occasion de l'apport des titres de la SELARL Cabinet Bonnin à la SPFPL AMBLC n'avait été soumise ni à l'impôt sur le revenu ni aux contributions sociales en dépit de l'expiration du report d'imposition, d'autre part, elle a adressé au foyer fiscal de Mme Bonnin une proposition de rectification le 29 octobre 2021. Mme Bonnin et son époux, M. A Bonnin, ont, en conséquence, été assujettis à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre de l'année 2020, assortis d'intérêts de retard et de majorations pour manquement délibéré. Par une décision du 21 juillet 2022, l'administration a prononcé le dégrèvement, à hauteur de 8 475 euros, de la majoration pour manquement délibéré assortissant les cotisations supplémentaires de contributions sociales mises à la charge de M. et Mme Bonnin au titre de la plus-value réalisée lors de la cession des titres de la SPFPL AMBLC. Les requérants demandent au tribunal de prononcer la décharge des majorations laissées à leur charge.
Sur les conclusions à fin de décharge :
2. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () ".
3. D'une part, aux termes de l'article L. 136-6 du code de la sécurité sociale : " I.-Les personnes physiques fiscalement domiciliées en France au sens de l'article 4 B du code général des impôts sont assujetties à une contribution sur les revenus du patrimoine assise sur le montant net retenu pour l'établissement de l'impôt sur le revenu, à l'exception de ceux ayant déjà supporté la contribution au titre des articles L. 136-3, L. 136-4 et L. 136-7 : / () e) Des plus-values, gains en capital et profits soumis à l'impôt sur le revenu () Pour la détermination de l'assiette de la contribution, il n'est pas fait application des abattements mentionnés () à l'article 150-0 D ter () du code général des impôts () ".
4. Il résulte de l'instruction, et n'est pas contesté, que M. et Mme Bonnin n'ont pas renseigné à la ligne 605 " Résultat sur cessions de titres A et résultat sur cessions de titres B " de la déclaration des plus ou moins-values de cessions de titres réalisées en 2020 par des dirigeants de petites et moyennes entreprises européennes en vue de leur départ à la retraite (dite déclaration 2074 DIR) le montant de la plus-value réalisée lors de la cession des titres de la SPFPL AMBLC, ni n'ont reporté ce montant à la ligne 3 UA de leur déclaration des revenus 2020 (dite déclaration 2042 C) en vue du calcul des contributions sociales. Or, l'administration fait valoir que la déclaration 2074 DIR contenait l'ensemble des indications permettant aux requérants, et notamment à Mme Bonnin, avocate de profession, d'établir correctement ces déclarations, alors au demeurant que l'attention des intéressés avait déjà été appelée par la proposition de rectification du 6 août 2018 sur une omission de même nature commise lors de la souscription de la déclaration des revenus 2016. Ce faisant, elle apporte la preuve, qui lui incombe, du caractère délibéré du manquement commis par M. et Mme Bonnin.
5. D'autre part, aux termes de l'article 150-0 B ter du code général des impôts, dans sa rédaction applicable : " I. L'imposition de la plus-value réalisée, directement ou par personne interposée, dans le cadre d'un apport de valeurs mobilières, de droits sociaux, de titres ou de droits s'y rapportant tels que définis à l'article 150-0 A à une société soumise à l'impôt sur les sociétés ou à un impôt équivalent est reportée si les conditions prévues au III du présent article sont remplies. Le contribuable mentionne le montant de la plus-value dans la déclaration prévue à l'article 170. / () Il est mis fin au report d'imposition à l'occasion : / 1° De la cession à titre onéreux, du rachat, du remboursement ou de l'annulation des titres reçus en rémunération de l'apport ; () ".
6. Il résulte de l'instruction, et n'est pas contesté, que M. et Mme Bonnin ont fait figurer la plus-value réalisée à l'occasion de l'apport, le 15 juillet 2015, des titres de la SELARL Cabinet Bonnin à la SPFPL AMBLC, à la ligne 8UT " Plus-values en report d'imposition non expiré " de leur déclaration des revenus 2020. Or, l'administration établit que les intéressés avaient été informés, dans le cadre de la proposition de rectification du 6 août 2018, que " cette plus-value [n'était] pas retenue pour la détermination du revenu fiscal de référence de l'année de réalisation de l'apport mais [deviendrait] imposable au titre de l'année de survenance de la cession à titre onéreux, rachat, remboursement ou annulation des titres reçus en rémunération de l'apport. ". Dans ces conditions, l'administration justifie du caractère délibéré du manquement commis par M. et Mme Bonnin.
7. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme Bonnin ne sont pas fondés à obtenir la décharge des majorations litigieuses.
Sur les frais liés au litige :
8. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions de M. et Mme Bonnin tendant à ce qu'ils soient mis à la charge de l'Etat ne peuvent qu'être rejetées.
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme demandée par M. et Mme Bonnin au titre de leurs frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme Bonnin est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et Mme B Bonnin et au directeur régional des finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône.
Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Clément, président,
Mme Duca, première conseillère,
Mme Gros, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.
La rapporteure,
R. Gros
Le président,
M. ClémentLa greffière,
G. Montézin
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
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