mercredi 26 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2302559 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | RINGLÉ ROY & ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 mars 2023 et 22 avril 2024, Mme A B et M. C B, représentés par la Selarl Ringlé Roy et associés (Me Cros), demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de condamner le département de l'Ardèche à leur verser la somme de 10 748 euros en réparation des préjudices subis ;
2°) d'enjoindre au département de l'Ardèche de prendre les mesures nécessaires pour faire cesser le dommage ;
3°) de mettre à la charge du département de l'Ardèche les frais d'expertise d'un montant de 350 euros ;
4°) de mettre à la charge du département de l'Ardèche une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la responsabilité du département de l'Ardèche est engagée en raison du mauvais fonctionnement du système d'évacuation des eaux pluviales de la route départementale 24 ;
- la responsabilité pour faute du département est également engagée en raison du dysfonctionnement des installations de gestion des eaux pluviales qui révèle une carence dans l'exercice des pouvoirs de police et de gestion de la voirie ;
- le département ne justifie pas être titulaire d'une servitude d'aqueduc régie par le code rural et de la pêche maritime ;
- les préjudices subis sont en lien avec le mauvais fonctionnement de l'ouvrage public ;
- ils subissent un préjudice financier estimé à 6 248 euros ;
- ils subissent un préjudice moral qui peut être évalué à 3 000 euros ;
- ils subissent un préjudice de jouissance estimé à 1 500 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 27 novembre 2023 et 14 mai 2024, le département de l'Ardèche, représenté par la SCP Lesage Berguet Gouard-Robert (Me Berguet), conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le mauvais fonctionnement de l'ouvrage, qui existait à la date de construction de la maison des requérants, n'est pas établi ;
- les requérants ne font pas état d'un préjudice anormal et spécial ;
- ils n'établissent pas l'existence d'une atteinte à leur propriété mais se prévalent d'un risque présumé ;
- ils ne pouvaient ignorer la présence de l'aqueduc et se sont exposés en toute connaissance de cause au risque ;
- le lien de causalité n'est pas établi ;
- sa responsabilité pour faute ne peut être recherchée ;
- les préjudices allégués sont purement éventuels.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Soubié, première conseillère ;
- les conclusions de M. Habchi, rapporteur public ;
- les observations de Me Chabas, substituant Me Cros, représentant M. et Mme B, et D, représentant le département de l'Ardèche.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme B sont propriétaires, depuis le mois de février 2021, d'une résidence secondaire située 1020 route Vincent à Valgorge (07). En octobre 2021, ils ont constaté que des volumes d'eaux pluviales conséquents se déversaient depuis la route départementale sur leur propriété. Ils demandent la condamnation du département de l'Ardèche à réparer leurs préjudices et à faire cesser le dommage.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité :
2. En premier lieu, si les requérants soutiennent que la responsabilité du département de l'Ardèche est engagée en raison de fautes dans l'exercice de ses pouvoirs de police et de gestion de la voirie départementale et en l'absence de servitude d'aqueduc, ils n'établissent pas l'existence des fautes alléguées. Par suite, ils ne sont pas fondés à rechercher la responsabilité du département de l'Ardèche pour faute.
3. En second lieu, le maître d'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages, qui doivent revêtir un caractère anormal et spécial pour ouvrir droit à réparation, résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Il appartient toutefois aux tiers d'apporter la preuve de la réalité des préjudices allégués et du lien de causalité entre la présence ou le fonctionnement de l'ouvrage et lesdits préjudices.
4. Il résulte de l'instruction que la route départementale 24 est bordée par un fossé destiné à la récupération des eaux pluviales. Au droit de la propriété des requérants, ce fossé se déverse partiellement dans un aqueduc qui passe sous la chaussée pour rejeter les eaux pluviales sur la propriété des requérants, située en contre-bas. Ces eaux se jettent ensuite dans la rivière située au bas de la propriété des requérants. L'expert désigné par l'assureur des requérants a relevé que les eaux de ruissellement provenant de l'aqueduc ne sont pas dues à des écoulements naturels mais proviennent du fossé qui capte les eaux de ruissellement de la voie départementale. Dans ces conditions, les dommages dont se prévalent les requérants ont pour cause déterminante l'existence et le fonctionnement de l'ouvrage public constitué par le réseau d'évacuation des eaux pluviales de la route départementale 24. Compte tenu du positionnement de l'aqueduc qui conduit à ce que la propriété des requérants se trouve en situation de réceptacle pour l'écoulement des eaux de ruissellement provenant de la route départementale, ces dommages revêtent un caractère anormal et spécial.
5. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'aqueduc litigieux a été édifié avant la construction de la maison, en 2000, et ainsi avant l'acquisition par les requérants de la propriété. Dès lors, et compte tenu notamment de la présence d'une goulotte en béton aménagée par les propriétaires précédents et destinée à guider les eaux de ruissellement vers la rivière située en contre-bas de la propriété, les requérants ne pouvaient en ignorer l'existence. Ainsi, les requérants se sont exposés eux-mêmes au risque. Par suite, le département de l'Ardèche est exonéré de sa responsabilité à hauteur de 30 %.
En ce qui concerne les préjudices :
6. Les requérants font état d'un préjudice financier résultant des travaux réalisés afin de canaliser l'eau sortant de l'aqueduc vers le bas de leur propriété dans une conduite enterrée et de consolider la falaise située au bas de leur jardin, mais aussi pour la réalisation d'une étude des causes de l'inondation de leur propriété. Compte tenu des factures produites et des photographies des aménagements réalisés, il sera fait une exacte appréciation du préjudice en le fixant à la somme demandée de 6 598 euros.
7. Il résulte de l'instruction que les requérants ont vu à plusieurs reprises les eaux de ruissellement de la route départementale se déverser sur leur propriété et n'ont pu utiliser leur jardin en raison de son inondation. Toutefois, compte tenu notamment de la position de leur propriété, il sera fait une juste appréciation des troubles dans les conditions d'existence des requérants en les fixant à la somme totale de 1 500 euros.
8. Il résulte de ce qui précède, et compte tenu du partage de responsabilité défini au point 5, que le département de l'Ardèche doit être condamné à verser aux requérants la somme de 5 669 euros.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Lorsque le juge administratif condamne une personne publique responsable de dommages qui trouvent leur origine dans l'exécution de travaux publics ou dans l'existence ou le fonctionnement d'un ouvrage public, il peut, saisi de conclusions en ce sens, s'il constate qu'un dommage perdure à la date à laquelle il statue du fait de la faute que commet, en s'abstenant de prendre les mesures de nature à y mettre fin ou à en pallier les effets, la personne publique, enjoindre à celle-ci de prendre de telles mesures.
10. Il résulte de l'instruction que les requérants ont réalisé des travaux permettant d'évacuer les eaux de ruissellement de la voie RD 24 sans dégrader leur terrain, alors qu'il ne résulte pas des pièces produites que d'autres mesures seraient nécessaires pour mettre fin au dommage. Le dommage a ainsi pris fin. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre des requérants, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance.
12. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du département de l'Ardèche le versement aux requérants d'une somme de 1 400 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Le département de l'Ardèche est condamné à verser aux requérants la somme de 5 669 (cinq mille six cent soixante-neuf) euros.
Article 2 : Le département de l'Ardèche versera aux requérants la somme de 1 400 (mille quatre cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à M. C B et au département de l'Ardèche.
Délibéré après l'audience du 11 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Vacarro-Planchet, présidente,
Mme Soubié, première conseillère,
Mme Boulay, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2024.
La rapporteure,
A-S. Soubié
La présidente,
V. Vaccaro-PlanchetLa greffière,
C. Delmas
La République mande et ordonne au préfet de l'Ardèche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026