Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2303371

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2303371
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la demande des sociétés MMA Iard et Andrezieux Distribution, qui sollicitaient l'indemnisation de préjudices subis lors du blocage de leur magasin Leclerc par le mouvement des "gilets jaunes" en novembre 2018. Les requérantes invoquaient la responsabilité de l'État sur le fondement de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure, relatif aux dommages causés par des attroupements. Le tribunal a estimé que les sociétés n'apportaient pas de preuves suffisantes, comme des procès-verbaux de gendarmerie ou des constats d'huissier, pour démontrer la réalité du blocage et l'existence d'un délit d'entrave. En conséquence, la requête a été rejetée, et les frais de justice n'ont pas été mis à la charge de l'État.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés le 25 avril 2023 et le 6 septembre 2024, les sociétés MMA Iard et Andrezieux Distribution, représentées par la SCP Cabinet Gosselin (Me Gosselin), demandent au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à verser une somme de 74 789 euros à la société MMA Iard et une somme de 6 382 euros à la société Andrezieux Distribution, assorties des intérêts au taux légal et de leur capitalisation, en réparation des préjudices qu'elles ont subis lors du blocage du magasin Leclerc d'Andrézieux-Bouthéon au mois de novembre 2018 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la responsabilité de l'Etat doit être engagée sur le fondement de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure ;

- elles ont subi un préjudice constitué par la perte de marchandises du magasin Leclerc, un préjudice commercial et le paiement de la franchise d'assurance.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 août 2024, le préfet de la Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Feron,

- et les conclusions de M. Gueguen, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société Andrezieux Distribution, qui exploite un magasin Leclerc situé sur la commune d'Andrézieux-Bouthéon dans la Loire, ainsi que la société MMA Iard, son assureur, demandent l'indemnisation des préjudices qui auraient résulté du blocage de l'accès au magasin Leclerc par des membres du mouvement des " gilets jaunes " entre le 17 et 24 novembre 2018.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure : " L'Etat est civilement responsable des dégâts et dommages résultant des crimes et délits commis, à force ouverte ou par violence, par des attroupements ou rassemblements armés ou non armés, soit contre les personnes, soit contre les biens. () ".

3. Les sociétés requérantes soutiennent que des membres du mouvement des " gilets jaunes " auraient occupé, du 17 au 24 novembre 2018, le rond-point des Goutterons situé devant le magasin Leclerc et auraient ainsi bloqué l'accès du magasin pendant sept jours. Toutefois, elles ne produisent aucun document, notamment aucun procès-verbal de gendarmerie ou constat d'huissier permettant d'attester de la réalité de ce blocage, et n'ont d'ailleurs pas porté plainte. Les seuls articles de journaux produits à l'instance, qui sont très peu circonstanciés et évoquent simplement une mobilisation de membres du mouvement des " gilets jaunes " sur ce rond-point, ne permettent pas de caractériser l'existence du délit d'entrave à la circulation publique alléguée. Par suite, les sociétés requérantes ne sont pas fondées à rechercher l'engagement de la responsabilité de l'Etat sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par les sociétés requérantes doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse aux sociétés requérantes la somme que celles-ci réclament au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête des sociétés MMA Iard et Andrezieux Distribution est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié aux sociétés MMA Iard et Andrezieux Distribution, au préfet de la Loire et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

Mme Feron, première conseillère ;

Mme de Tonnac, conseillère.

La rapporteure,

C. FeronLa présidente,

V. Vaccaro-PlanchetRendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.

La greffière,

E. Gros

La République mande et ordonne au préfet de la Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

N°2303371