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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2303589

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2303589

mardi 21 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2303589
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation5ème chambre
Avocat requérantSCP AGUERA & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 mai 2023, la société Malerba, représentée par la SCP Aguera et associés (Me Brochard), demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 81 268,95 euros en réparation de son préjudice financier, assortie des intérêts au taux légal à compter du 28 octobre 2022 et de leur capitalisation ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité de l'Etat est engagée en raison de l'illégalité des décisions de l'inspecteur du travail de la 54ème section du Rhône du 7 septembre 2015 et du 10 septembre 2015 et des décisions prises sur recours hiérarchiques, annulées par des jugements du tribunal administratif de Lyon respectivement du 13 juin 2017 et du 19 décembre 2017, confirmés par la cour administrative d'appel de Lyon le 14 janvier 2019 ;

- l'annulation de ces décisions lui a causé un préjudice financier compte tenu des condamnations pécuniaires prononcées par les juridictions judiciaires au titre de dommages et intérêts pour licenciement sans cause réelle et sérieuse, d'une indemnité de licenciement et des charges patronales afférentes, des frais exposés pour sa défense dans les différentes instances, des intérêts au taux légal sur les sommes versées à son salarié estimé à 71 268,95 euros ;

- elle a subi également un préjudice moral estimé à 10 000 euros ;

- ces préjudices sont en lien direct avec la faute commise par les services de l'Etat.

La requête a été communiquée à la ministre du travail, de la santé et des solidarités qui n'a pas produit de mémoire en défense, en dépit de la mise en demeure qui lui a été adressée.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code du travail ;

- l'ordonnance n° 2017-1386 du 22 septembre 2017 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Soubié, première conseillère,

- les conclusions de M. Habchi, rapporteur public,

- et les observations de Me Dewerdt, représentant la société Malerba.

Considérant ce qui suit :

1. Par des jugements du 13 juin 2017 et du 19 décembre 2017, le tribunal a annulé respectivement la décision du 7 septembre 2015 par laquelle l'inspecteur du travail de la 54ème section du Rhône a rejeté la contestation par le salarié de la société Malerba de l'avis émis le 3 juillet 2015 par le médecin du travail, la décision du 4 janvier 2016 par laquelle le ministre chargé du travail a confirmé la décision de l'inspecteur du travail du 7 septembre 2015 et la décision du 10 septembre 2015 par laquelle l'inspecteur du travail de la 54ème section du Rhône a autorisé la société Malerba à procéder au licenciement de son salarié pour inaptitude médicale ainsi que la décision implicite du 6 mars 2016 de la ministre du travail portant rejet de son recours hiérarchique. Ces jugements ont été confirmés par des arrêts de la cour administrative d'appel de Lyon du 14 janvier 2019. La société Malerba a sollicité le 28 octobre 2022 de l'Etat la réparation des préjudices résultant de l'illégalité de ces décisions. En l'absence de réponse à sa demande, la société demande la condamnation de l'Etat à réparer ses préjudices.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. En application des dispositions du code du travail, le licenciement d'un salarié protégé ne peut intervenir que sur autorisation de l'autorité administrative. L'illégalité de la décision autorisant un tel licenciement constitue une faute de nature à engager la responsabilité de la puissance publique à l'égard de l'employeur, pour autant qu'il en soit résulté pour celui-ci un préjudice direct et certain.

3. Il résulte de l'instruction, d'une part, que les décisions de l'inspecteur du travail, annulées par le tribunal, l'ont été pour un motif de légalité interne, tiré de ce que l'inspecteur du travail avait entaché ses décisions d'erreurs de droit. Dans ces conditions, la société Malerba est fondée à demander réparation de l'ensemble des préjudices résultant directement et de manière certaine des décisions annulées. D'autre part, le conseil de prud'hommes puis la cour d'appel de Lyon ont jugé que l'autorisation de licenciement étant illégale, le licenciement était sans cause réelle et sérieuse et ont condamné la société Malerba à verser à son ancien salarié notamment une somme de 24 000 euros à titre de dommages et intérêts pour licenciement sans cause réelle et sérieuse, une somme de 9 264,28 euros à titre d'indemnité sur le fondement de l'article L. 2422-4 du code du travail, ainsi que les intérêts au taux légal sur ces sommes.

4. S'agissant du préjudice découlant du paiement de dommages et intérêts au salarié licencié, il résulte de l'arrêt de la cour d'appel de Lyon du 8 septembre 2022 que cette somme a été mise à la charge de la société Malerba en application des dispositions de l'article L. 1235-3 du code du travail qui prévoit l'indemnisation à hauteur d'au moins six mois de salaire de tout salarié licencié sans cause réelle et sérieuse. Ainsi, et alors que l'arrêt de la cour d'appel de Lyon mentionne expressément les décisions des juridictions administratives relatives à l'inaptitude médicale du salarié comme faisant obstacle à ce que le licenciement puisse être regardé comme ayant une cause réelle et sérieuse, cette somme est en lien direct avec l'illégalité de la décision portant sur l'inaptitude du salarié et de la décision autorisant le licenciement pour inaptitude médicale.

5. La société Malerba fait état d'un préjudice financier résultant du versement de l'indemnité d'éviction et des charges patronales afférentes à cette indemnité. Il résulte de la décision de la cour d'appel de Lyon que le conseil de prud'hommes de Villefranche-sur-Saône a mis à la charge de la société Malerba le paiement de l'indemnité d'éviction au motif de l'annulation définitive de la décision autorisant le licenciement du salarié protégé. En outre, il résulte du bulletin de salaire produit que la société Malerba s'est acquittée de cette indemnité et des cotisations sociales afférentes. Par suite, le préjudice d'un montant total de 13 946,13 euros est en lien direct avec l'illégalité de la décision de l'inspecteur du travail et doit être indemnisé.

6. La société Malerba a exposé une somme d'un montant de 3 658,83 euros au titre des intérêts au taux légal payés sur les sommes versées au salarié licencié, résultant des décisions des juridictions judiciaires. Ce préjudice est en lien direct avec l'illégalité des décisions administratives et doit être indemnisé.

7. Si la société requérante fait valoir un préjudice moral résultant du discrédit qu'elle aurait subi et de l'impossibilité pour elle d'argumenter devant le conseil de prud'hommes pour défendre le caractère sérieux du licenciement de son salarié, la réalité de ce préjudice n'est pas établie par les seules condamnations financières prononcées par les juridictions judiciaires. Par suite, ce chef de préjudice ne peut être indemnisé.

8. Enfin, la société Malerba se prévaut du préjudice résultant de l'acquittement de frais d'avocat dans les procédures administratives intentées par son salarié. Toutefois, ce préjudice résultant des recours hiérarchiques engagés par le salarié et non de leur issue est sans lien direct avec l'illégalité ayant conduit à l'annulation des décisions de l'inspecteur du travail. Par suite, ce chef de préjudice ne peut être indemnisé.

9. Il résulte de ce qui précède que l'Etat doit être condamné à verser à la société Malerba la somme totale de 41 604,96 euros. Cette somme portera intérêts à compter du 9 novembre 2022, date de réception de la réclamation préalable de la société requérante par les services du ministre du travail. Les intérêts seront capitalisés au 9 novembre 2023.

Sur les frais liés au litige :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat le versement à la société Malerba d'une somme de 1 400 euros au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser la somme de 41 604,96 euros (quarante et un mille six cent quatre euros et quatre-vingt-seize centimes) à la société Malerba. Cette somme portera intérêts à compter du 9 novembre 2022. Les intérêts seront capitalisés au 9 novembre 2023.

Article 2 : L'Etat versera à la société Malerba la somme de 1 400 (mille quatre cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Malerba et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.

Délibéré après l'audience du 30 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

Mme Soubié, première conseillère,

Mme de Mecquenem, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2024.

La rapporteure,

A-S. Soubié

La présidente,

V. Vaccaro-PlanchetLa greffière,

C. Delmas

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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