Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2304123
mardi 8 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2304123 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 mai 2023, M. B A, représenté par Me Wolf, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2018 ainsi que des pénalités correspondantes ;
2°) de condamner l'Etat aux entiers dépens et de mettre à sa charge la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- pour reconstituer le résultat de l'association Prod'Events, l'administration a retenu que celle-ci reversait aux artistes 50% des sommes payées par les clients, sans toutefois avancer d'élément probant et alors que ce pourcentage apparaît manifestement disproportionné et non conforme aux us et coutumes de la profession d'agent artistique ;
- l'administration n'apporte pas la preuve que le résultat reconstitué de l'association Prod'Events constitue un revenu distribué ;
- l'administration ne démontre pas qu'il était, au titre de l'année considérée, le seul maître de l'affaire ;
- l'application de la majoration de 80% prévue par les dispositions du c) du 1 de l'article 1728 du code général des impôts aux revenus considérés comme distribués par l'association Prod'Events n'est pas justifiée, l'activité occulte ayant été exercée par cette association ; en outre, il résulte du paragraphe n°70 de la documentation administrative référencée 13 N-1-07 publiée le 19 février 2007 et du paragraphe n°30 de la documentation administrative référencée BOI-CF-INF-10-20-10 publiée le 12 septembre 2012, opposables à l'administration sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, que la majoration en cause n'est pas susceptible d'être appliquée à des revenus de capitaux mobiliers.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 août 2023, le directeur régional des finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 28 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gros, première conseillère,
- et les conclusions de Mme Tocut, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite de la vérification de comptabilité de l'association Prod'Events, son président, M. B A, a été assujetti à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales ainsi qu'à des pénalités au titre de l'année 2018, dont il demande au tribunal de prononcer la décharge.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :
2. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; () ". Aux termes de l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109 les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés. () ".
3. Aux termes de l'article R. 7121-1 du code du travail : " L'agent artistique représente l'artiste du spectacle. A cette fin, il exerce notamment les missions suivantes : / 1° Défense des activités et des intérêts professionnels de l'artiste du spectacle ; / 2° Assistance, gestion, suivi et administration de la carrière de l'artiste du spectacle ; / 3° Recherche et conclusion des contrats de travail pour l'artiste du spectacle ; / 4° Promotion de la carrière de l'artiste du spectacle auprès de l'ensemble des professionnels du monde artistique ; / 5° Examen de toutes propositions qui sont faites à l'artiste du spectacle ; / 6° Gestion de l'agenda et des relations de presse de l'artiste du spectacle ; / 7° Négociation et examen du contenu des contrats de l'artiste du spectacle, vérification de leur légalité et de leur bonne exécution auprès des employeurs. ". Aux termes de l'article L. 7121-13 de ce code : " Les sommes que les agents artistiques peuvent percevoir en rémunération de leurs services et notamment du placement se calculent en pourcentage sur l'ensemble des rémunérations de l'artiste. Un décret fixe la nature des rémunérations prises en compte pour le calcul de la rétribution de l'agent artistique ainsi que le plafond et les modalités de versement de sa rémunération. () ". Aux termes de l'article D. 7121-7 du même code : " L'agent artistique perçoit en contrepartie de ses services, dans les conditions fixées par le mandat mentionné à l'article R. 7121-6, une rémunération calculée en pourcentage des rémunérations, fixes ou proportionnelles à l'exploitation, perçues par l'artiste. / Les sommes perçues par l'agent artistique en contrepartie des missions définies à l'article R. 7121-1, autres que celles mentionnées au second alinéa de l'article D. 7121-8, ne peuvent excéder un plafond de 10 % du montant brut des rémunérations définies au premier alinéa. / Toutefois, lorsque, conformément aux usages professionnels en vigueur notamment dans le domaine des musiques actuelles, des missions particulières justifiant une rémunération complémentaire sont confiées par l'artiste à l'agent en matière d'organisation et de développement de sa carrière, le plafond mentionné à l'alinéa précédent est porté à 15 %. () ".
4. En premier lieu, pour reconstituer le bénéfice réalisé par l'association Prod'Events au titre de l'exercice clos le 2 juillet 2018, l'administration a déterminé son chiffre d'affaires à partir des sommes créditées sur son compte bancaire l'année précédente, dont le montant a été divisé par deux pour tenir compte de la dissolution intervenue le 2 juillet 2018. Elle a, ensuite, déduit les commissions versées aux artistes, évaluées forfaitairement à la moitié du chiffre d'affaires. L'administration a, enfin, appliqué à la somme obtenue un taux forfaitaire de charges de 20%.
5. M. A fait valoir que l'administration a retenu que l'association Prod'Events conservait une proportion des rémunérations perçues par les artistes très largement supérieure aux usages de la profession d'agent artistique, l'article D. 7121-7 du code du travail plafonnant à 10% la rémunération de l'agent, sans fournir aucune justification sur ce point. En se bornant à indiquer que l'association Prod'Events exerçait son activité en dehors du cadre légal et réglementaire applicable à cette profession, ne faisant signer ni mandat ni contrat aux artistes et n'émettant aucune facture, l'administration n'établit nullement le bien-fondé du pourcentage de 50% retenu. Dans ces conditions, et à défaut d'autres éléments, il y a lieu de substituer à ce pourcentage le plafond de 10% prévu par le code du travail. Par suite, le montant du bénéfice de l'association Prod'Events doit être ramené à 3 334,16 euros pour l'exercice clos le 2 juillet 2018.
6. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, et n'est pas contesté, que l'association Prod'Events exerçait son activité de manière occulte au titre l'exercice clos le 2 juillet 2018. Le bénéfice réalisé au titre de cet exercice, qui n'a été ni mis en réserve, ni incorporé au capital, a, ainsi, été regardé à juste titre par l'administration comme distribué en application des dispositions du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts.
7. En troisième lieu, le contribuable qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres et doit ainsi être regardé comme le seul maître de l'affaire, est présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle. La qualité de seul maître de l'affaire suffit à regarder le contribuable comme bénéficiaire des revenus réputés distribués, en application du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, par la société en cause, la circonstance qu'il n'aurait pas effectivement appréhendé les sommes correspondantes ou qu'elles auraient été versées à des tiers étant sans incidence à cet égard.
8. L'administration relève que M. A est président de l'association Prod'Events depuis sa création, que les autres membres fondateurs ont soit démissionné, à l'instar du trésorier, soit ne se sont jamais manifestés et que l'association n'emploie pas de salarié. Elle ajoute qu'interrogés sur ce point, les clients de l'association ont indiqué ne connaître que M. A. L'administration souligne, enfin, que la " convention de compte association " conclue le 24 novembre 2017 désigne l'intéressé comme représentant habilité et porteur de la carte. Ce faisant, elle établit la qualité de seul maître de l'affaire de M. A, laquelle suffit à le faire regarder comme bénéficiaire des revenus distribués par l'association Prod'Events au titre de l'année 2018.
En ce qui concerne les pénalités :
9. Aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : / () c. 80 % en cas de découverte d'une activité occulte () ".
10. Ainsi qu'il a été dit plus haut, l'administration a considéré que l'activité occulte d'agent pour artistes de la télévision avait été exercée par l'association Prod'Events, et non par M. A à titre individuel. Dès lors, elle ne pouvait légalement assortir les suppléments d'impôt mis à la charge du requérant à raison des revenus distribués par cette association de la majoration de 80% prévue par les dispositions précitées du c) du 1 de l'article 1728 du code général des impôts en cas de découverte d'une activité occulte. Par suite, M. A est fondé à demander la décharge de cette majoration, sans qu'il soit besoin d'examiner le moyen présenté sur le terrain de la doctrine.
11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A est fondé à demander la décharge des impositions et pénalités mises à sa charge au titre de l'année 2018 dans la mesure résultant des points 5 et 10 du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
12. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions de M. A tendant à ce qu'ils soient mis à la charge de l'Etat doivent être rejetées.
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A d'une somme de 1 500 euros au titre de ses frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est déchargé des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales ainsi que des pénalités mises à sa charge au titre de l'année 2018 dans la mesure résultant des points 5 et 10 du présent jugement.
Article 2 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur régional des finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône.
Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Clément, président,
Mme Duca, première conseillère,
Mme Gros, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.
La rapporteure,
R. Gros
Le président,
M. Clément Le greffier,
J. Billot
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,20
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