Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2304487

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2304487
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la demande de Mme B, photographe autrice, qui sollicitait la décharge de la cotisation foncière des entreprises (CFE) pour les années 2021 et 2022. Le tribunal a jugé que l'activité de Mme B, consistant principalement en des photographies publicitaires pour des marques, ne relevait pas de l'exonération prévue à l'article 1460 du code général des impôts, faute de preuve d'une liberté de création artistique ou de vente de tirages signés et numérotés dans la limite de trente exemplaires. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision de rejet de sa réclamation a également été écarté comme inopérant.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 juin et 23 novembre 2023, Mme A B, représentée par Me Thinon, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la cotisation foncière des entreprises à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2021 et 2022 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 19 avril 2023 rejetant sa réclamation contentieuse a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est exonérée de la cotisation foncière des entreprises en sa qualité de photographe autriceconformément à l'article 1460 du code général des impôts et à la documentation administrative référencée BOI-IF-CFE-10-30-10-60.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 août 2023, le directeur régional des finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 28 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la directive 2006/116/CE du Parlement européen et du Conseil du 12 décembre 2006 relative à la durée de protection du droit d'auteur et de certains droits voisins ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code la propriété intellectuelle ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gros, première conseillère,

- et les conclusions de Mme Tocut, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B doit être regardée comme demandant au tribunal de prononcer la décharge de la cotisation foncière des entreprises à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2021 et 2022.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. En premier lieu, les vices propres susceptibles d'entacher la décision prise par le directeur des services fiscaux sur la réclamation du contribuable sont dépourvus d'influence tant sur la régularité de la procédure à l'issue de laquelle l'imposition contestée a été établie que sur le bien-fondé de cette imposition. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision du 19 avril 2023 rejetant la réclamation contentieuse de Mme B doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1447 du code général des impôts : " I. - La cotisation foncière des entreprises est due chaque année par les personnes physiques ou morales, les sociétés non dotées de la personnalité morale ou les fiduciaires pour leur activité exercée en vertu d'un contrat de fiducie qui exercent à titre habituel une activité professionnelle non salariée. () ". Aux termes de l'article 1460 de ce code : " Sont exonérés de la cotisation foncière des entreprises : / () 2° bis Les photographes auteurs, pour leur activité relative à la réalisation de prises de vues et à la cession de leurs œuvres d'art au sens de l'article 278 septies et du I de l'article 278-0 bis ou de droits mentionnés au g de l'article 279 et portant sur leurs œuvres photographiques ; () ". Aux termes de l'article 278-0 bis du même code : " La taxe sur la valeur ajoutée est perçue au taux réduit de 5,5 % en ce qui concerne : / () I. () 3° Les livraisons d'œuvres d'art effectuées par leur auteur ou ses ayants droit ; () ". Selon l'article 98 A de son annexe III : " () II. - Sont considérées comme œuvres d'art les réalisations ci-après : / () 7° Photographies prises par l'artiste, tirées par lui ou sous son contrôle, signées et numérotées dans la limite de trente exemplaires, tous formats et supports confondus. () ". Par ailleurs, aux termes de son article 279 : " La taxe sur la valeur ajoutée est perçue au taux réduit de 10 % en ce qui concerne : / () () g. Les cessions des droits patrimoniaux reconnus par la loi aux auteurs des œuvres de l'esprit et aux artistes-interprètes ainsi que de tous droits portant sur les œuvres cinématographiques et sur les livres. () ". L'article L. 112-2 du code la propriété intellectuelle dispose que : " Sont considérés notamment comme œuvres de l'esprit au sens du présent code : / () 9° Les œuvres photographiques et celles réalisées à l'aide de techniques analogues à la photographie ; () ".

4. Il est constant que Mme B réalise essentiellement des photographies pour des marques commerciales, auxquelles elle cède ensuite ses droits. L'objet publicitaire de ces photographies ne fait pas obstacle à ce qu'elles soient regardées comme des œuvres photographiques si elles constituent une création intellectuelle propre à leur autrice. Toutefois, en l'absence de production par la requérante des contrats signés au titre des années 2021 et 2022, qu'elle est la seule à détenir, il ne peut être tenu pour établi que celle-ci aurait disposé, dans ce cadre, d'une liberté de création artistique. Si Mme B indique également vendre des tirages de ses photographies, elle ne justifie pas, alors qu'elle est seule en mesure de le faire, avoir vendu au titre des années en litige des photographies signées et numérotées dans la limite de trente exemplaires, constituant des œuvres d'art au sens de l'article 278-0 bis du code général des impôts. Il résulte de ce qui précède que les activités de Mme B ne sauraient, sur le terrain de la loi fiscale, ouvrir droit au bénéfice d'une exonération de cotisation foncière des entreprises au titre des années 2021 et 2022.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " () Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente. Sont également opposables à l'administration, dans les mêmes conditions, les instructions ou circulaires publiées relatives au recouvrement de l'impôt et aux pénalités fiscales. ".

6. Aux termes du paragraphe 380 de la documentation administrative référencée BOI-IF-CFE-10-30-10-60, dans sa version publiée le 6 juillet 2016 : " Les photographes auteurs sont exonérés pour leur activité relative à la réalisation de prises de vues et : / - à la cession de leurs œuvres d'art (tirages originaux signés et numérotés, cf. II-B-2 § 370), dès lors qu'elles remplissent les conditions exposées au II-B-2 § 330 ; / - à la cession de leurs droits patrimoniaux (droits de reproduction et droits de représentation définis de l'article L. 122-1 du code de la propriété intellectuelle à l'article L. 122-12 du code de la propriété intellectuelle) relatifs à leurs œuvres d'art. L'utilisation postérieure de ces droits par le cessionnaire à des fins commerciales ou publicitaires ne fait pas obstacle au bénéfice de l'exonération. Sont également exonérées les cessions de droits patrimoniaux relatifs à des photographies réalisées par un photographe auteur qui n'ont pas donné lieu à un tirage dès lors qu'elles constituent une œuvre de l'esprit en application de l'article L. 112-2 du code de la propriété intellectuelle et qu'elles portent témoignage d'une intention créatrice manifeste de la part de leur auteur telle que décrite au II-B-2 § 330 à 350. " Les paragraphes 330 à 350 de cette documentation administrative disposent que : " 330 Ne peuvent être considérées comme des œuvres éligibles à l'exonération de CFE que les photographies qui portent témoignage d'une intention créatrice manifeste de la part de leur auteur et qui sont donc des œuvres de l'esprit au sens de l'article L. 112-2 du code de la propriété intellectuelle. / Tel est le cas lorsque le photographe, par le choix du thème, les conditions de mise en scène, les particularités de prise de vue ou toute autre spécificité de son travail touchant notamment à la qualité du cadrage, de la composition, de l'exposition, des éclairages, des contrastes, des couleurs et des reliefs, du jeu de la lumière et des volumes, du choix de l'objectif et de la pellicule ou aux conditions particulières du développement du négatif, réalise un travail qui dépasse la simple fixation mécanique du souvenir d'un événement, d'un voyage ou de personnages et qui présente donc un intérêt artistique pour tout public. / 340 Il résulte de ce qui précède que sont exclues du bénéfice de l'exonération de CFE les activités consistant à réaliser et à commercialiser les photographies d'identité, les photographies scolaires, ainsi que les photographies de groupes. / 350 En outre, les photographies dont l'intérêt dépend avant tout de la qualité de la personne ou de la nature du bien représenté ne sont pas, d'une manière générale, considérées comme des photographies d'auteurs. Tel est le cas des photographies illustrant des événements familiaux ou religieux (mariages, communions, etc.), ou, en règle générale, des évènements d'actualité (photos de mode, photos de personnalités politiques, du spectacle, etc.). ".

7. Si Mme B soutient que ses activités peuvent être exonérés de cotisation foncière des entreprises au bénéfice des énonciations de la documentation administrative précitée, celle-ci ne donne pas de la loi fiscale une interprétation différente de celle dont il est fait application dans le présent jugement. La requérante ne peut, dès lors, utilement s'en prévaloir sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander la décharge des impositions litigieuses.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement à Mme B d'une somme au titre de ses frais d'instance.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au directeur régional des finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône.

Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Duca, première conseillère,

Mme Gros, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

La rapporteure,

R. Gros

Le président,

M. ClémentLa greffière,

A. Calmès

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier