Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2304496

mercredi 30 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2304496
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJU 4ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a examiné la demande de M. B visant à obtenir la décharge des taxes foncières 2021 et 2022 pour un appartement acquis en 2020, mais privé de raccordement à l'eau, le rendant inhabitable. Le tribunal a rejeté la requête, considérant que le bien, anciennement à usage de bureau et non mis en location, ne pouvait bénéficier du dégrèvement pour vacance involontaire prévu à l'article 1389 du code général des impôts. La solution retenue confirme le refus de dégrèvement pour 2021 et maintient l'imposition pour le garage, tout en jugeant irrecevable la demande de restitution des sommes saisies faute de réclamation préalable.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 2 juin et 15 décembre 2023 et 19 septembre 2024, ce dernier non communiqué, M. A B, représenté par Me Assi, demande au tribunal :

1° de prononcer la décharge de toutes sommes mises à sa charge relative à la taxe foncière au titre des années 2021 et 2022, y compris les majorations ;

2°) de condamner l'administration à lui restituer les sommes indument saisies sur son compte bancaire, suivant la saisie à tiers détenteur du 3 mars 2023 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros à lui verser au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- par acte notarié du 30 décembre 2020, il a acquis un appartement au sein d'un immeuble en copropriété situé 11, Place de l'Europe à Lyon 6ème ;

- cet appartement est issue d'un lot de copropriété plus vaste qui a été divisé en vue d'une vente en plusieurs lots, dont le lot n°246 qu'il a acquis ;

- ce lot acquis, issu de cette division, s'est trouvé sans raccordement à la colonne centrale d'eau alimentant l'immeuble, privant ainsi le logement d'un usage propre à sa destination ;

- par courriers des 10 janvier, 10 février 2021, puis mise en demeure du 26 avril 2021, il a demandé, en vain, au syndic de copropriété de procéder au raccordement à la colonne d'eau, partie commune de l'immeuble ;

- le 6 mai 2021, le syndic de l'immeuble lui a répondu qu'il ne disposait pas du plan des réseaux et ne pouvait faire procéder au raccordement ;

- il a alors sollicité la convocation d'une assemblée générale, en joignant un projet de résolution ;

- un expert a été chargé de proposer une solution de raccordement ;

- c'est seulement début 2023 qu'une solution a été trouvée ;

- le raccordement au réseau électrique a été réalisé en février 2023 ;

- il a reçu un avis d'imposition à la taxe foncière pour 2022, daté du 9 août 2022 ;

- il a ensuite reçu l'avis d'imposition pour 2021, daté du 20 octobre 2022 ;

- les 12 et 18 octobre 2022, il a demandé le dégrèvement des deux taxes foncières ;

- le 13 janvier 2023, l'administration lui a accordé le dégrèvement de la taxe foncière pour 2022 ;

- une relance pour le paiement de la taxe foncière 2021 lui a été adressée par courrier du Trésor public en date du 23 janvier 2023, réclamant le paiement de la somme de 1744 euros, outre majorations de 174 euros ;

- puis, il a eu notification le 3 mars 2023 d'une saisine à tiers détenteur pour un montant de 2 143 euros ;

- il peut prétendre au dégrèvement des taxes foncières 2021 et 2022, car la vacance de l'immeuble est indépendante de sa volonté ;

- l'administration ne peut lui opposer que l'immeuble n'était pas antérieurement loué ;

- il conteste l'assiette de l'imposition et il ne peut lui être opposé qu'il n'a pas fait de réclamation préalable sur le fondement des articles L. 281 et R. 281-3-1 du livre des procedures fiscales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 septembre 2023, le directeur régional des finances publiques d'Auvergne Rhône-Alpes et du département du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la taxe foncière au titre de l'année 2021 est de 1 744 euros ;

- la taxe foncière au titre de l'année 2022 est de 1 963 euros, dont 205 euros au titre du garage, pour lequel aucun dégrèvement n'a été accordé ;

- M. B était redevable d'une somme de 2 143 euros au titre des taxes foncières 2021 et 2022 et une saisie administrative a été effectuée le 3 mars 2022, dont le détail est de 1 744 euros pour la taxe foncière 2021, et 174 euros au titre de la majoration de 10% pour non-paiement, 205 euros pour la taxe foncière 2022, majoré de 20 euros, pour non-paiement ;

- le bien était antérieurement à usage de bureau et le raccordement à l'eau était fait par les lots voisins ; n'étant pas mis sur le marché locatif, il ne peut faire l'objet d'un dégrèvement sur le fondement de l'article 1389 du code général des impôts ;

- les emplacements à usage de stationnement n'ont pas le caractère de maisons destinées à la location ;

- M. B ne peut se prévaloir du dégrèvement obtenu pour l'année 2021 ;

- la demande tendant à la restitution de la somme de 2 143 euros n'est pas recevable en l'absence de réclamation préalable sur le fondement de l'article R. 281-3-1 du livre des procédures fiscales.

Par ordonnance du 2 septembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Wolf, présidente honoraire, pour statuer sur les litiges mentionnés par l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement, sur proposition de la rapporteure publique, l'a dispensée de présenter des conclusions sur cette affaire.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Wolf, présidente honoraire, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a acquis le 30 décembre 2020 deux lots situés dans un immeuble à Lyon. Le lot n°246 est un appartement T5/T6 de 122 m² situé au deuxième étage de l'immeuble. Le lot n°312 est un emplacement de stationnement au sous-sol de l'immeuble. L'administration fiscale a émis en 2022 des avis d'imposition à la taxe foncière au titre des deux années 2021 et 2022. M. B a obtenu le dégrèvement de la taxe foncière relative au lot n°246 au titre de l'année 2022, mais l'administration lui a refusé tout dégrèvement au titre de l'année 2021. Le 3 mars 2023, l'administration a notifié à M. B un avis à tiers détenteur portant sur la taxe foncière 2021 ainsi qu'une majoration de recouvrement de 10% et la taxe foncière relative au lot n°312 portant sur l'année 2022 ainsi qu'une majoration de recouvrement de 10%. M. B demande au tribunal de prononcer la décharge des taxes foncières mises à sa charge et la restitution des sommes ayant fait l'objet de la saisie à tiers détenteur.

Sur les conclusions relatives à la restitution des sommes ayant fait l'objet d'une saisie à tiers détenteur :

2. M. B demande au tribunal de condamner l'Etat à lui restituer les sommes ayant fait l'objet d'une saisie à tiers détenteur. Contrairement à ce qu'il soutient, de telles conclusions ressortissent du contentieux de recouvrement de l'impôt.

3. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites ". Aux termes de l'article R. 281-1 : " Les contestations relatives au recouvrement prévues par l'article L. 281 peuvent être formulées par le redevable lui-même ou la personne tenue solidairement ou conjointement. / Elles font l'objet d'une demande qui doit être adressée, appuyée de toutes les justifications utiles, au chef de service compétent suivant : a) Le directeur départemental ou régional des finances publiques du département dans lequel a été prise la décision d'engager la poursuiteou le responsable du service à compétence nationale si le recouvrement incombe à un comptable de la direction générale des finances publiques ".

4. Il n'est pas contesté que M. B n'a pas adressé au directeur régional des finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône la réclamation prévue par l'article L. 281 précité du livre des procédures fiscales. Par suite, ainsi que le fait valoir en défense l'administration, les conclusions de la requête de M. B tendant à la restitution des sommes saisies sur son compte bancaire sont irrecevables.

Sur les conclusions tendant à la décharge des impositions:

En ce qui concerne le lot n°246 à usage d'habitation:

5. Aux termes de l'article 1389 du code general des impôts : " Les contribuables peuvent obtenir le dégrèvement de la taxe foncière en cas de vacance d'une maison normalement destinée à la location ou d'inexploitation d'un immeuble utilisé par le contribuable lui-même à usage commercial ou industriel, à partir du premier jour du mois suivant celui du début de la vacance ou de l'inexploitation jusqu'au dernier jour du mois au cours duquel la vacance ou l'inexploitation a pris fin./ Le dégrèvement est subordonné à la triple condition que la vacance ou l'inexploitation soit indépendante de la volonté du contribuable, qu'elle ait une durée de trois mois au moins et qu'elle affecte soit la totalité de l'immeuble, soit une partie susceptible de location ou d'exploitation séparée ".

6. Ces dispositions subordonnent le dégrèvement de la taxe foncière sur les propriétés bâties à la condition notamment que la vacance de l'immeuble, normalement destiné à la location, soit indépendante de la volonté du propriétaire. Le caractère involontaire de la vacance s'apprécie eu égard aux circonstances dans lesquelles cette vacance est intervenue et aux démarches accomplies par le propriétaire, selon les possibilités qui lui étaient offertes, en fait comme en droit, pour la prévenir ou y mettre fin.

7. Il n'est pas contesté que le lot n°246 avait, antérieurement à son acquisition par M. B, un usage de bureau et que sa desserte en eau était assurée par des lots voisins et que, selon l'attestation délivrée par le notaire qui a régularisé la vente, M. B a acheté les locaux, comme étant à usage d'appartement. Il résulte de l'instruction que dès le mois de janvier 2021 M. B a engagé des démarches auprès de la société gérant la copropriété, dont fait partie le bien, pour obtenir les informations permettant de raccorder le lot n°246 au réseau d'eau de l'immeuble. En l'absence de réseau apparent à proximité du lot, un expert a dû intervenir afin de proposer une solution de raccordement. Les démarches ont duré jusqu'en 2023 et les locaux seraient restés vacants pendant toute cette période de l'achat au raccordement au réseau d'eau de l'immeuble.

8. Toutefois, il ne résulte ni des pièces du dossier, ni des écritures de M. B, que ce dernier entendait affecter le lot n°246 à la location. Dans ces conditions, M. B ne remplit pas la condition prévue par l'article 1389 précité du code général des impôts, tenant en ce que le local soit " normalement destiné " à la location, peu important à cet égard qu'il ne l'était pas antérieurement à son acquisition.

9. M. B ne peut utilement soutenir, à l'appui de ses conclusions relatives à la taxe foncière pour 2021, que l'administration fiscale a dégrevé la taxe foncière au titre de l'année 2022.

En ce qui concerne le lot n°312 :

10. Il n'est pas contesté que le lot n°312, qui est indépendant du lot n°246, est un emplacement de stationnement. En tout état de cause, à supposer qu'il soit resté vacant, il ne résulte pas de l'instruction que cette vacance soit indépendante de la volonté de M. B.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de décharge des impositions, présentées par M. B, doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance, la partie perdante, à verser à M. B au titre des frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur régional des finances publiques d'Auvergne Rhône-Alpes et du département du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.

La magistrate désignée,

A. WolfLe greffier,

Y. Mesnard

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,