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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2304850

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2304850

vendredi 24 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2304850
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantSELAS CABINET CHAMPAUZAC

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I - Par une requête n° 2304850 et des mémoires, enregistrés les 12 juin 2023, 9 août 2023 et 10 janvier 2024, M. B C et Mme F A épouse C, représentés par la Selarl Traverso - Trequattrini et associés (Me Trequattrini), demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de condamner, le cas échéant après expertise judiciaire, le syndicat départemental d'énergies de l'Ardèche à leur verser la somme de 64 820 euros ou, à défaut, la somme de 66 000 euros, assortie des intérêts au taux légal ;

2°) de mettre à la charge du syndicat départemental d'énergies de l'Ardèche le versement d'une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens.

Ils soutiennent que :

- la responsabilité du syndicat départemental d'énergies de l'Ardèche est engagée au titre des dommages de travaux publics réalisés pour l'enfouissement du réseau aérien de télécommunications et causés aux tiers ;

- le dommage en cause est accidentel ;

- ils subissent un préjudice financier résultant des travaux à effectuer sur leur terrasse pour un montant estimé à 46 020 euros et de reprise de fissures pour un montant estimé à 8 800 euros ;

- ils subissent un préjudice moral et un trouble de jouissance estimés à 10 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 18 juillet 2023, 11 décembre 2023 et 25 mars 2024, le syndicat départemental d'énergies de l'Ardèche, représenté par la Selas Cabinet Champauzac (Me Champauzac), conclut au rejet de la requête, à ce que la société Rampa énergies soit condamnée à le relever et le garantir des éventuelles condamnations prononcées contre lui et demande que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de M. et Mme C et de la société Rampa énergies au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'indemnité demandée pour la reprise des fissures est surévaluée et devrait être limitée au montant de 800 euros ;

- l'indemnité sollicitée pour la reprise des fondations par des micropieux n'est pas en lien direct et certain avec les travaux réalisés pour son compte ;

- le préjudice moral n'est pas établi ;

- les dépens relatifs à l'intervention du sapiteur, qui n'a pas été autorisée par le tribunal, ne peuvent être pris en compte ;

- à titre subsidiaire, la société Rampa énergies doit la garantir des condamnations prononcées contre lui.

Par un mémoire, enregistré le 10 avril 2024, la société Rampa énergies, représentée par la Selarl Riva et associés (Me Vacheron), conclut au rejet de la requête, au rejet des conclusions du syndicat départemental d'énergies de l'Ardèche et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge du syndicat départemental d'énergies de l'Ardèche au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et les dépens.

Elle soutient que :

- l'appel en garantie n'est pas recevable ;

- subsidiairement, les conclusions des époux C ne sont pas fondées.

II - Par une requête n° 2306144, enregistrée le 18 juillet 2023, le syndicat départemental d'énergies de l'Ardèche, représenté par la Selas Cabinet Champauzac (Me Champauzac), demande au tribunal :

1°) de condamner la société Rampa énergies à le relever et le garantir des éventuelles condamnations prononcées contre lui dans l'instance n° 2304850 ;

2°) de mettre à la charge de la société Rampa énergies une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- en cas de condamnation prononcée à son encontre, la responsabilité de la société Rampa énergies doit être engagée pour dommages de travaux publics et au regard des clauses particulières du marché passé avec cette entreprise ;

- les dommages allégués par M. et Mme C sont imputables exclusivement à la société Rampa énergies ;

- le cahier des clauses administratives particulières du marché public de travaux stipule que le titulaire du marché doit le relever et le garantir en totalité pour les dommages survenus à l'occasion des prestations qui lui ont été confiées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2024, la société Rampa énergies, représentée par la Selarl Riva et associés (Me Vacheron), conclut au rejet de la requête et à ce que les dépens et la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative soient mis à la charge du syndicat départemental d'énergies de l'Ardèche.

Elle soutient que :

- l'appel en garantie n'est pas recevable ;

- subsidiairement, les conclusions des époux C ne sont pas fondées.

Vu les autres pièces des dossiers ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des marchés publics ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Soubié, première conseillère ;

- les conclusions de M. Habchi, rapporteur public ;

- les observations de Me Lavisse, substituant Me Champauzac, représentant le syndicat départemental d'énergies de l'Ardèche, et de Me Cadet, substituant Me Vacheron, représentant la société Rampa énergies.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n°s 2304850 et 2306144 sont relatives à un même dommage consécutif à la réalisation de travaux publics. Elles ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul et même jugement.

2. En septembre 2020, M. et Mme C se sont aperçus que la façade de la maison leur appartenant, située à Pradons (07), présentait des fissures et des lézardes qu'ils ont imputées aux travaux d'enfouissement du réseau de téléphonie réalisés par la société Rampa énergies, pour le compte du syndicat départemental d'énergies de l'Ardèche (SDE 07). Le 28 mars 2023, ils ont demandé au syndicat départemental d'énergies de l'Ardèche de les indemniser des préjudices subis. A la suite du rejet de leur réclamation par une décision du 17 avril 2023, ils demandent la condamnation du syndicat départemental d'énergies de l'Ardèche à les indemniser. Le syndicat départemental d'énergies de l'Ardèche demande à être garanti par la société Rampa énergies de toute condamnation prononcée à son encontre.

Sur les conclusions indemnitaires :

3. Même en l'absence de faute, la collectivité, maître de l'ouvrage est responsable vis-à-vis des tiers des dommages causés à ceux-ci par l'existence et le fonctionnement d'un ouvrage public. En cas de dommage accidentel causé à des tiers par une opération de travaux publics, la victime peut en demander réparation, même en l'absence de faute, aussi bien au maître de l'ouvrage, au maître de l'ouvrage délégué, à l'entrepreneur ou au maître d'œuvre. La mise en jeu de la responsabilité sans faute pour dommages de travaux publics à l'égard d'un justiciable qui est tiers par rapport à un ouvrage public ou une opération de travaux publics est subordonnée à la démonstration par cet administré de l'existence d'un dommage anormal et spécial directement en lien avec cet ouvrage ou cette opération. Les personnes mises en cause doivent alors, pour dégager leur responsabilité, établir que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure, sans que puisse utilement être invoqué le fait du tiers.

4. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport de l'expert désigné par le tribunal, et n'est pas sérieusement contesté, que les fissures et lézardes présentes sur la façade et la terrasse couverte de la maison des requérants, côté rue, sont en lien direct avec les travaux d'enfouissement du réseau téléphonique réalisés pour le compte du syndicat départemental d'énergies de l'Ardèche à proximité immédiate du mur de la maison, qui ont modifié la nature du remblai jouxtant les fondations et conduisent à une hydratation différente du sol situé sous ces fondations, ce qui a eu une incidence sur leur stabilité. Les dommages allégués sont ainsi en lien direct avec ces travaux. Par suite, M. et Mme C sont fondés à rechercher la responsabilité du syndicat départemental d'énergies de l'Ardèche pour un dommage de travaux publics causé aux tiers.

5. Dans son rapport du 4 novembre 2022, l'expert désigné par le tribunal a retenu deux chefs de préjudice, l'un résultant de travaux de confortement des fondations de la maison et l'autre relatif à la reprise des fissures en façade, dont il indique qu'elles n'ont aucune incidence sur la solidité de la construction.

6. Pour ce qui est du premier chef de préjudice, l'expert désigné a estimé le coût des travaux à une somme comprise entre 30 000 et 50 000 euros. Les requérants font pour leur part état d'un seul devis établi pour une confortation des fondations au moyen d'une technique différente de celle préconisée par l'expert et d'un coût de 46 020 euros. Au vu de ces éléments et de la seule façade concernée, il sera fait une juste appréciation du préjudice en l'évaluant à 30 000 euros.

7. Pour ce qui est du second chef de préjudice, au vu de l'estimation du coût des travaux par l'expert désigné par le tribunal, compris entre 4 000 et 6 000 euros, de celle de l'expert de l'assurance de M. et Mme C et du seul devis produit par ces derniers, d'un montant de 8 880 euros, il sera fait une juste appréciation du préjudice en le fixant à la somme de 4 000 euros.

8. Les requérants font également état d'un préjudice moral et de jouissance lié à l'inquiétude relative à la stabilité de leur maison et à l'arrêt de leur activité de location de ce bien. Il résulte de l'instruction que les requérants louaient régulièrement leur bien et que cette activité a cessé en 2020, avant que les fissures ne soient constatées. Il ne résulte ainsi pas de l'instruction, en l'absence de document probant notamment concernant l'annulation de réservations, que ce préjudice serait en lien direct avec les travaux en litige. En revanche, s'agissant de l'anxiété ressentie par les requérants, le préjudice moral est suffisamment établi par l'apparition progressive des fissures sur une partie de la maison et par leur évolution, alors que la cause du dommage n'a été connue qu'à la suite de l'expertise ordonnée par le tribunal. Par suite, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral en le fixant à la somme de 1 000 euros.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de faire procéder à une nouvelle expertise judiciaire, que le syndicat départemental d'énergies de l'Ardèche doit être condamné à verser aux requérants la somme de 35 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 3 avril 2023, date de réception de leur réclamation préalable.

Sur les conclusions d'appel en garantie :

10. La fin des rapports contractuels entre le maître d'ouvrage et l'entrepreneur, consécutive à la réception sans réserve d'un marché de travaux publics, fait obstacle à ce que, sauf clause contractuelle contraire, l'entrepreneur soit ultérieurement appelé en garantie par le maître d'ouvrage pour des dommages dont un tiers demande réparation.

11. Il résulte de l'instruction que les travaux réalisés par la société Rampa énergies ont été réceptionnés définitivement par le syndicat départemental d'énergies de l'Ardèche le 26 octobre 2018, avec date d'effet au 4 décembre 2017. Cette fin des rapports contractuels entre le syndicat et son prestataire fait obstacle à ce qu'il puisse l'appeler en garantie, en l'absence de toute clause contractuelle spécifique. A cet égard, les dispositions du cahier des clauses administratives générales et du cahier des clauses administratives particulières invoquées par le syndicat départemental d'énergies de l'Ardèche sont relatives exclusivement à la responsabilité contractuelle et ne sont ainsi plus invocables après la réception sans réserve des travaux. Au surplus, aucune faute n'est imputée à la société Rampa énergies dans la réalisation des travaux. Par suite, l'appel en garantie du syndicat départemental d'énergies de l'Ardèche doit être rejeté.

Sur les dépens et les frais liés au litige :

12. Les frais de l'expertise judiciaire ont été taxés et liquidés à la somme de 13 651,03 euros par une ordonnance de la présidente du tribunal administratif de Lyon du 20 février 2023. Si le syndicat départemental d'énergies de l'Ardèche fait état de ce que cette somme englobe la rémunération d'un sapiteur choisi par l'expert, sans l'accord du tribunal, et devant ainsi être exclue des frais d'expertise, il résulte du jugement n° 2301608 du tribunal administratif de Grenoble du 16 avril 2024 statuant sur la contestation de l'ordonnance de taxation du 20 février 2023 précitée que les frais d'expertise ont été fixés à la somme de 4 519,05 euros. Dans les circonstances de l'espèce, et en application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre cette somme à la charge définitive du syndicat départemental d'énergies de l'Ardèche.

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de M. et Mme C et de la société Rampa énergies, qui ne sont pas les parties perdantes dans les présentes instances.

14. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge du syndicat départemental d'énergies de l'Ardèche le versement à M. et Mme C d'une somme de 1 400 euros au titre des frais d'instance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la société Rampa énergies au titre des frais exposés dans les deux instances.

15. Les conclusions présentées par la société Rampa énergies au titre des dépens sont rejetées dans l'instance n° 2306144, en l'absence de tout dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le syndicat départemental d'énergies de l'Ardèche est condamné à verser à M. et Mme C la somme de 35 000 (trente-cinq mille) euros. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 3 avril 2023.

Article 2 : Les frais d'expertise taxés et liquidés à la somme de 4 519,05 euros (quatre mille cinq cent dix-neuf euros et cinq centimes) par un jugement du tribunal administratif de Grenoble du 16 avril 2024 sont mis définitivement à la charge du syndicat départemental d'énergies de l'Ardèche.

Article 3 : Le syndicat départemental d'énergies de l'Ardèche versera à M. et Mme C la somme de 1 400 (mille quatre cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B C, au syndicat départemental d'énergies de l'Ardèche et à la société Rampa énergies.

Copie en sera adressée à M. E D, expert.

Délibéré après l'audience du 30 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

Mme Soubié, première conseillère,

Mme de Mecquenem, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mai 2024.

La rapporteure,

A-S. Soubié

La présidente,

V. Vaccaro-PlanchetLa greffière,

C. Delmas

La République mande et ordonne au préfet de l'Ardèche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

N°s 2304850 - 2306144

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