Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2304942

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2304942
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJU Chambre Sociale

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a examiné la requête de M. A contestant sa radiation de la liste des demandeurs d'emploi et la suppression de ses allocations par Pôle emploi (devenu France Travail) pour une durée de 12 mois, en raison de sa résidence en Côte d'Ivoire. Le requérant soutenait que la sanction était illégale, faute de preuve de fraude et de respect des obligations de suivi par l'administration. La juridiction a appliqué les articles L. 5412-2, L. 5426-2 et R. 5426-3 du code du travail, qui sanctionnent les fausses déclarations et la résidence hors du territoire couvert par le régime d'assurance chômage. Le tribunal a rejeté la requête, considérant que la radiation et la suppression des allocations étaient justifiées par le non-respect de l'obligation de résidence et l'absence de déclaration de changement de domicile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 16 juin 2023 et le 9 janvier 2024, M. A, représenté par la société Axiome avocats (Me Merien), demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 décembre 2022 par laquelle le directeur de Pôle emploi Auvergne-Rhône-Alpes l'a radié de la liste des demandeurs d'emploi pour une durée de 12 mois et a supprimé ses allocations ;

2°) de condamner Pôle Emploi à lui verser la somme de 24 064,88 euros au titre de l'allocation d'aide au retour à l'emploi qu'il aurait dû percevoir, augmentée des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts ;

3°) de mettre à la charge de Pôle emploi la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la sanction est illégale dès lors que Pôle emploi n'a pas respecté ses obligations d'information et de suivi en tant que demandeur d'emploi relevant du système français ;

- le caractère frauduleux n'est pas établi ;

- ses recherches effectives d'emploi en Côte d'Ivoire établissent sa bonne foi ;

- Pôle emploi ne lui a jamais adressé des offres sérieuses correspondant à ses compétences et qualifications ;

- l'illégalité de sa radiation et son droit à percevoir l'aide jusqu'à sa reprise effective d'emploi implique le versement des sommes qu'il aurait percevoir jusqu'en mai 2023.

Par un mémoire enregistré le 9 novembre 2023, Pôle emploi Auvergne-Rhône-Alpes conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que les moyens ne sont pas fondés.

La présidente du tribunal a désigné M. Reymond-Kellal, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relatifs aux prestations, allocations ou droits attribués au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code du travail,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu les observations de Me Merien pour M. A, le directeur France Travail Auvergne Rhône-Alpes n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'un contrôle de la situation de M. A ayant révélé qu'il résidait en Côte d'Ivoire, le responsable prévention des fraudes de Pôle emploi Auvergne-Rhône-Alpes devenu France Travail l'a, par décision du 13 décembre 2022, radié de la liste des demandeurs d'emploi et a supprimé définitivement ses allocations. Par décision du 23 décembre 2022, le directeur de l'agence de Villeurbanne a, en conséquence, mis à sa charge un indu d'allocations d'aide au retour à l'emploi d'un montant de 16 205,50 euros pour la période allant de juin à octobre 2022. Par une décision du 1er février 2023, le directeur régional de France Travail a rejeté son recours gracieux. Le 17 avril 2023, le médiateur régional a constaté la fin de sa mission.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 5412-2 du code du travail alors en vigueur : " Est radiée de la liste des demandeurs d'emploi () la personne qui a fait de fausses déclarations pour être ou demeurer inscrite sur cette liste ". Aux termes de l'article L. 5426-2 du même code, alors en vigueur : " Le revenu de remplacement est supprimé par Pôle emploi dans les cas mentionnés () à l'article L. 5412-2 (). Il est également supprimé en cas de fraude ou de fausse déclaration. Les sommes indûment perçues donnent lieu à remboursement ". Aux termes de l'article R. 5412-4 du même code : " Le retrait du bénéfice du revenu de remplacement pour l'un des motifs énumérés à l'article R. 5426-3 entraîne pour l'intéressé la radiation de la liste des demandeurs d'emploi ". Aux termes de l'article R. 5412-6 du même code : " Lorsque la radiation est prononcée en application des dispositions de l'article R. 5412-4, sa durée est égale à la durée de la suppression du revenu de remplacement. / En cas de suppression définitive du revenu de remplacement, la durée de la radiation est comprise entre six et douze mois consécutifs. () ". Aux termes du I du 3° de l'article R. 5426-3 du même code : " () en cas d'absence de déclaration, ou de déclaration mensongère du demandeur d'emploi, faites en vue de percevoir indûment le revenu de remplacement, [le directeur] supprime ce revenu de façon définitive () ". Il résulte de ces dispositions combinées que l'autorité administrative ne peut supprimer définitivement le revenu de remplacement dont bénéficie le demandeur d'emploi qui a omis de déclarer aux services un changement affectant sa situation ou commis de fausses déclarations sur celle-ci que dans le cas où cette omission ou ces déclarations avaient pour but la perception de ce revenu, alors que celle-ci était indue.

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 5411-8 du code du travail " Le demandeur d'emploi informe, dans un délai de soixante-douze heures, les services de Pôle emploi de toute absence de sa résidence habituelle d'une durée supérieure à sept jours et de tout changement de domicile ". Aux termes du f) de l'article 4 du règlement d'assurance chômage annexé au décret n° 2019-797 du 26 juillet 2019 relatif au régime d'assurance chômage : " Les salariés privés d'emploi justifiant d'une durée d'affiliation telle que définie à l'article 3 doivent : () a) Etre inscrits comme demandeur d'emploi ; () f) Résider sur [le territoire métropolitain ainsi qu'en Guadeloupe, en Guyane, en Martinique, à la Réunion, à Saint-Barthélemy, à Saint-Martin et à Saint-Pierre-et-Miquelon] ".

4. Il résulte de l'instruction que, compte tenu des informations transmises à M. A lors de son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi en 2018 puis lors de celle qu'il a demandée le 16 février 2022 à la suite de la rupture de son contrat de travail à durée indéterminée pour un emploi de responsable matériel en Côte d'Ivoire, ainsi que des informations publiquement disponibles, il ne pouvait légitiment ignorer qu'il ne pouvait prétendre à un revenu de remplacement en résidant à l'étranger ni qu'il était tenu de signaler tout changement de domicile, particulièrement celui hors du territoire français, ou ses longues absences de la résidence habituelle qu'il a déclarée. Dès lors, en ayant indiqué, le 16 février 2022, avoir son domicile à Villeurbanne alors qu'il était continuellement présent en Côte d'Ivoire entre cette date et le 19 novembre 2022, hormis une période de 36 jours en avril de cette année, et omis de signaler ses longues absences, M. A a commis des déclarations mensongères en vue de percevoir indûment le revenu de remplacement qui justifiaient la suppression définitive de celui-ci ainsi que, par voie de conséquence, sa radiation des listes pour une durée de 12 mois qui n'apparait pas disproportionnée, sans qu'aient d'incidence sur la légalité de la décision attaquée les circonstances qu'il était à la recherche active d'emploi, qu'il n'aurait pas bénéficié d'un suivi adéquat ou qu'il ne lui aurait pas été proposé d'offres d'emploi correspondant à ses qualifications.

5. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 13 décembre 2022, ensemble celle du 1er février 2013. Ses conclusions en ce sens doivent donc être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles accessoires tendant au versement de l'allocations d'aide au retour à l'emploi et à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à France Travail Auvergne-Rhône-Alpes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

R. Reymond-Kellal

La greffière,

A. Farlot

La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,