Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2305460

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2305460
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJU Chambre Sociale

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon rejette la requête de Mme A contestant un indu de prime d'activité de 380,02 euros pour la période de janvier à février 2016. La décision de la commission de recours amiable du 25 août 2022 est jugée régulière, notamment car elle est signée et que la procédure de convocation est démontrée. Le tribunal écarte la prescription biennale en raison de fausses déclarations commises par la requérante, ce qui justifie l'application de la prescription quinquennale prévue à l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale. La solution retenue confirme le bien-fondé de l'indu et la validité de son recouvrement par la caisse d'allocations familiales.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 juillet 2023, Mme B A, représentée par Me Bapcérès, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 août 2022 par laquelle la commission de recours amiable a confirmé la récupération d'un indu de prime d'activité d'un montant de 380,02 euros pour la période de janvier à février 2016 ;

2°) de prononcer la décharge de l'indu et d'enjoindre à la directrice de la caisse d'allocations familiales du Rhône de lui restituer les sommes recouvrées le cas échéant ;

3°) de mettre à la charge de ladite caisse d'allocations familiales une somme de 1 200 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la caisse n'établit pas que la commission de recours amiable s'est réunie dans des conditions régulières de convocation, de composition et de quorum ;

- la décision est dépourvue de signature ;

- l'action en recouvrement est prescrite ;

- la caisse ne prouve pas le bien-fondé de l'indu.

Par un mémoire enregistré le 14 août 2024, la caisse d'allocations familiales du Rhône conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme A bénéficie de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 avril 2023.

La présidente du tribunal a désigné M. Reymond-Kellal, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relatifs aux prestations, allocations ou droits attribués au titre de l'aide ou de l'action sociale en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de la sécurité sociale,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir constaté l'absence des parties ou de leurs représentants à l'appel de l'affaire et présenté son rapport au cours de l'audience publique, le rapporteur public ayant été dispensé de prononcer ses conclusions sur sa proposition.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'un contrôle réalisé entre les mois de décembre 2015 et février 2016, le directeur de la caisse d'allocations familiales a, par un courrier du 21 juillet 2016, réclamé le remboursement d'une somme globale de 15 315,78 euros à Mme A, comprenant notamment un indu de prime d'activité d'un montant de 380,02 euros, constitué sur la période du 1er janvier 2016 au 29 février 2016. Son premier recours administratif préalable obligatoire a été rejeté par une décision de la commission de recours amiable du 24 août 2017 qui a été annulée par un jugement n° 1801049 du 24 septembre 2019. La directrice du même organisme a de nouveau mis à la charge de Mme A un indu de prime d'activité pour un même montant correspondant à la même période qui a de nouveau fait l'objet d'un recours administratif préalable rejeté par la commission de recours amiable le 5 mars 2020, décision annulée par un jugement n° 2009228 du 6 juillet 2022. Par la présente requête, Mme A conteste le dernier rejet de son recours administratif préalable par décision de la même commission prise le 25 août 2022.

2. En premier lieu, la décision attaquée a été notifiée par courrier du 2 septembre 2022 comprenant la signature du président de l'organisme collégial prévu par l'article L. 845-2 du code de la sécurité sociale pour statuer sur les réclamations préalables, accompagnée de ses nom, prénom et qualité. Elle satisfait dès lors aux exigences de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration.

3. En deuxième lieu, la caisse d'allocations familiales a produit le procès-verbal de la séance qui mentionne les noms des membres de la commission ayant siégé et les courriers de convocation de ceux-ci. Mme A, qui se borne à exiger la démonstration de la régularité de la réunion de cette instance sans contester les pièces produites ou présenter une argumentation précise, n'assortie pas son moyen tiré de l'irrégularité de la procédure de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale : " L'action de l'allocataire pour le paiement des prestations se prescrit par deux ans. / Cette prescription est également applicable à l'action intentée par un organisme payeur en recouvrement des prestations indûment payées, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausse déclaration, l'action de l'organisme se prescrivant alors par cinq ans. () ". Il résulte des principes dont s'inspirent les articles 2241 et 2242 du code civil qu'un recours juridictionnel, quel que soit l'auteur du recours, interrompt le délai de prescription et que l'interruption du délai de prescription par cette demande en justice produit ses effets jusqu'à l'extinction de l'instance.

5. D'une part, il résulte de l'instruction, en particulier le rapport d'enquête établi par un agent agréé et assermenté, que l'indu de prime d'activité résulte de l'intégration dans les ressources de Mme A de l'ensemble des sommes perçues sur son compte bancaire à titre de revenus professionnels (dépôts d'espèces, remise de chèques, virements) qu'elle n'avait pas déclarées. Eu égard à l'importance de ces sommes et la période pendant laquelle elles ont été occultées à l'administration, Mme A, qui n'établit pas qu'il s'agirait seulement d'un chiffre d'affaires de son activité ne correspondant pas à son bénéfice ou sa rémunération, doit être regardées comme ayant commis de fausses déclarations justifiant que la caisse d'allocations familiales écarte la prescription biennale pour recouvrer l'indu en litige.

6. D'autre part, il est constant que l'action en recouvrement, débutée par la décision du 21 juillet 2016, a été interrompue une première fois par l'instance n° 1801049 qui s'est éteinte le 24 septembre 2019. La prescription qui a recommencé à courir à cette date a de nouveau été interrompue par l'instance n° 2009228 qui s'est éteinte le 6 juillet 2022. Par suite, la prescription quinquennale n'est pas acquise.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 842-3 du code de la sécurité sociale : " La prime d'activité est égale à la différence entre : 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1°. () ". Aux termes de l'article L. 842-3 du même code : " Les ressources () prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont : 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; () ".

8. En se bornant à soutenir qu'il appartient à la caisse de rapporter la preuve de l'indu sans produire aucune pièce utile, Mme A ne conteste pas sérieusement que la prime d'activité qui lui a été versée pour les mois de janvier et février 2016 n'était pas justifiée compte tenu de ses ressources personnelles identifiées sur ses comptes bancaires lors du contrôle cité au point 5 précédent.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 25 août 2022. Par suite, sa requête doit être rejetées en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la directrice de la caisse d'allocations familiales du Rhône.

Rendu public par mise à disposition le 3 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

R. Reymond-Kellal

La greffière,

F. de Biasi

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

N°2305460