Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2305769

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2305769
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationC

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon, statuant en ordonnance dans le cadre d’un recours de plein contentieux, était saisi par Mme A contestant des indus de revenu de solidarité active (RSA), d’aide personnalisée au logement (APL) et de prime d’activité mis à sa charge par la caisse d’allocations familiales du Rhône. Le tribunal a prononcé un non-lieu à statuer sur l’indu d’APL, celui-ci ayant été annulé par la caisse avant l’introduction de l’instance. Pour la prime d’activité, le juge a annulé la décision implicite de rejet au motif d’un vice de procédure substantiel, la requérante n’ayant pas été en mesure de saisir la commission de recours amiable préalablement obligatoire, en méconnaissance de l’article L. 845-2 du code de la sécurité sociale.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 7 juillet 2023 et le 16 octobre 2024, Mme A, représentée par Me Moutoussamy, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales du Rhône a confirmé mettre à sa charge des indus de revenu de solidarité active, d'aide personnalisée au logement et de prime d'activité, ensemble les décisions procédant à des retenues ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer les sommes et d'enjoindre à la directrice ou à la métropole de restituer les montants retenus ;

3°) de mettre à la charge de la métropole de Lyon et ladite caisse d'allocations familiales une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions sont illégales en l'absence de consultation de la commission de recours qui constitue un vice substantiel ;

- il incombe à l'administration de prouver le bien fondé des indus dont le remboursement est réclamé ;

- les décisions sont entachées d'un vice de procédure dès lors que le principe du contradictoire a été méconnu en l'absence de communication du rapport d'enquête et de l'entier dossier au stade du recours préalable ;

- elles sont également entachées d'un tel vice dès lors qu'il n'est pas établi, d'une part, que la mise en recouvrement résulte d'un contrôle de situation réalisé par un agent de la caisse et qu'elle a été précédée de l'information requise sur la teneur et l'origine des informations obtenues auprès des tiers, conformément à l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale, et d'autre part, que l'agent ayant procédé au contrôle était agréé après avoir réussi aux épreuves et assermenté ;

- l'administration a procédé à des retenues illégales.

Par un mémoire enregistré le 23 août 2024, la caisse d'allocations familiales du Rhône conclut au non-lieu à statuer s'agissant de l'indu d'aide au logement qui a été régularisé, et au rejet de la requête pour le surplus, en faisant valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 20 septembre 2024, la métropole de Lyon conclut au rejet de la requête en soutenant que l'indu est fondé en raison de l'omission déclarative de la requérante.

Mme A bénéficie de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 mai 2023.

La présidente du tribunal a désigné M. Reymond-Kellal, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relatifs aux prestations, allocations ou droits attribués au titre de l'aide ou de l'action sociale et du logement, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de la sécurité sociale,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir constaté l'absence des parties ou de leurs représentants à l'appel de l'affaire et présenté son rapport au cours de l'audience publique, le rapporteur public ayant été dispensé de prononcer ses conclusions sur sa proposition.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'une demande d'information complémentaire concernant la situation de Mme A effectuée par la caisse d'allocation familiales du Rhône, il a été réintégré diverses ressources pour les calculs de ses droits au revenu de solidarité active, à l'aide personnalisée au logement et à la prime d'activité. Après diverses corrections, il en a résulté finalement des indus de revenu de solidarité active d'un montant de 1 855,14 euros pour la période allant du mois de novembre 2020 à celui de janvier 2021, d'aide personnalisée au logement d'un montant de 2 083,36 euros pour la période allant du mois de février à celui d'août 2021 et de prime d'activité d'un montant de 773,22 euros pour la période allant du mois de février à celui de juillet 2021. Mme A a formé, les 10 février puis 22 septembre 2022, un recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de tous ces indus qui a été implicitement rejeté par le silence gardé par les autorités compétentes.

Sur l'aide personnalisée au logement :

2. Il résulte de l'instruction que, par une décision prise le 7 septembre 2021 avant l'introduction de l'instance mais portée à la connaissance de la requérante postérieurement à celle-ci, la dette d'indu d'aide personnalisée au logement d'un montant de 2 083,36 euros a été annulée à la suite du réexamen de ses droits. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions contestant cet indu.

Sur la prime d'activité :

3. Aux termes de l'article L. 845-2 du code de la sécurité sociale : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative à la prime d'activité () fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours auprès de la commission de recours amiable, composée et constituée au sein du conseil d'administration de cet organisme et qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1. / () ".

4. La circonstance que l'indu de prime d'activité en litige a été remboursé par des retenues effectuées par la caisse d'allocations familiales sur d'autres prestations ne saurait l'exonérer de l'obligation de saisir la commission de recours amiable prévues par les dispositions précitées, laquelle constitue une garantie pour les bénéficiaires de cette aide, en cas de recours administratif préalable obligatoire. Par suite, Mme A est fondée à soutenir que la décision implicite contestée est intervenue au terme d'une procédure irrégulière.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision implicite confirmant mettre à sa charge un indu de prime d'activité d'un montant de 773,22 euros. Compte tenu de son motif et de la possibilité pour la caisse d'allocations familiales de régulariser la situation, l'annulation prononcée n'implique pas nécessairement que Mme A soit déchargée de l'obligation de payer l'indu en litige. En revanche, compte tenu du recouvrement de l'indu qui a été effectué, la requérante est fondée à demander qu'il soit enjoint de procéder au remboursement des sommes retenues, sauf à ce que la caisse d'allocations familiales régularise sa décision de récupération dans un délai de quatre mois.

Sur le revenu de solidarité active :

6. En premier lieu, l'indu en litige résulte des propres déclarations effectuées par Mme A en novembre 2020 et février 2021 selon lesquelles elle était sans activité mais déclarait tout de même des ressources salariales qui ont conduit la caisse d'allocations familiales à lui demander d'apporter des précisions supplémentaires en remplissant le formulaire de contrôle de situation et en produisant divers justificatifs, ce qui sera finalement fait par la requérante le 10 janvier 2022 par la communication de son avis d'imposition sur les revenus 2020 ainsi que ses bulletins de paie après suspension de ses droits. Il ne résulte donc pas de procès-verbaux ou d'un rapport établis par un agent chargé du contrôle qui constitueraient le fondement de la décision remettant en cause des paiements déjà effectués à son profit en ordonnant la récupération d'un indu. Il ne résulte pas, non plus, de l'usage d'informations obtenues auprès des tiers en application de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'agrément et d'assermentation de l'agent ayant procédé au contrôle, ainsi que celui tiré d'un défaut d'information de l'usage du droit de communication, sont inopérants.

7. En deuxième lieu, si la décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération des sommes indûment versées au titre de l'allocation de revenu de solidarité active est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée, il résulte toutefois des dispositions du chapitre II du titre VI du livre II du code de l'action sociale et des familles, et en particulier des articles L. 262-46 et suivants de ce code, que le législateur a entendu, par ces dispositions, déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises les décisions relatives au revenu de solidarité active.

8. Il résulte de l'instruction que Mme A a pu, par courriel du 10 février 2022 faisant suite à la notification de l'indu du 25 janvier 2022, présenter utilement un recours administratif préalable obligatoire en contestant les éléments retenus pour fonder cet indu qu'elle n'ignorait pas puisqu'ils procédaient non pas d'un rapport d'enquête mais de ses propres déclarations et pièces justificatives produites. En outre, l'ensemble des pièces du dossier détenu par la caisse d'allocations familiales du Rhône ont été transmises à son conseil le 9 mars 2023, lui permettant de contester utilement cet indu. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.

9. En troisième lieu, la consultation préalable de la commission de recours amiable en matière de contestations relatives au revenu de solidarité active est prescrite par les dispositions de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles sauf lorsque la convention de gestion conclue entre la caisse d'allocations familiales et la métropole de Lyon en dispose autrement, en application de l'article R. 262-89 du même code. En l'espèce, le recours administratif de Mme A, qui n'est pas à " fort enjeu " au sens de l'article 6.1 de la convention de gestion conclue entre la métropole de Lyon et la caisse d'allocations familiales du Rhône depuis le 1er juillet 2022, ne devait pas être préalablement soumis à l'avis de la commission de recours amiable.

10. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction, en particulier l'avis d'impôt et les bulletins de paie produits qui ne sont pas contestés, que l'indu en litige est lié à la prise en compte des revenus que Mme A n'avait pas déclaré pour la période allant du mois de novembre 2020 à celui de janvier 2021. La métropole de Lyon pouvait, dès lors, légalement décider de la récupération de ces ressources omises en vertu de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles.

11. En dernier lieu, la circonstance que des retenues effectuées par la caisse d'allocations familiales du Rhône sur les prestations de Mme A l'auraient été en méconnaissance de l'article L. 133-4-1 du code de la sécurité sociale est sans incidence sur le bien-fondé de l'indu puisque le caractère suspensif des recours administratifs ou contentieux n'affecte, le cas échéant, que l'exigibilité de la créance.

12. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision ayant implicitement rejeté son recours administratif préalable obligatoire et confirmé la mise à sa charge d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 1 855,14 euros pour la période allant du mois de novembre 2020 à celui de janvier 2021.

Sur les retenues :

13. En premier lieu, il résulte de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale applicable par renvoi du II de l'article 6 du décret n° 2020-1746 du 29 décembre 2020 qu'une dette de prime exceptionnelle de fin d'année 2020 peut être recouvrée par retenue sur des prestations ou échéances à venir au titre des aides personnelles au logement ou du revenu de solidarité active. Par suite, la requérante, dont il n'est pas établi qu'elle a contesté ou demandé la remise de la dette de prime exceptionnelle de fin d'année notifiée par courrier daté du 29 janvier 2022, n'est pas fondée à soutenir que les retenues effectuées en août et septembre 2022 sont illégales.

14. En deuxième lieu, il ressort du propre courriel de la requérante daté du 10 février 2022 produit en défense, qu'elle avait connaissance de la notification de l'indu de 2 083,36 euros ayant fait l'objet de retenues. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir en tout état de cause que, faute de celle-ci, les retenues ont été pratiquées en méconnaissance du 5ème alinéa de l'article L. 133-4-1 du code de la sécurité sociale.

15. En dernier lieu, il ne résulte pas de l'instruction que la caisse d'allocations familiales a pratiqué des retenues pour un montant supérieur à celui de l'ensemble des indus cumulés.

16. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions, révélées par les attestations de paiement et les informations à disposition sur son espace personnel, par lesquelles il a été procédé à des retenues pour le recouvrement des indus.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la métropole de Lyon, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par le conseil de Mme A. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Rhône la somme demandée en application des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite confirmant la mise à la charge de Mme A d'un indu d'aide personnalisée au logement pour la période allant du mois de février à celui d'août 2021.

Article 2 : La décision implicite confirmant la mise à la charge de Mme A d'un indu de prime d'activité d'un montant de 773,22 euros pour la période allant du mois de février à celui de juillet 2021 est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à la directrice de la caisse d'allocations familiales du Rhône de procéder au remboursement des sommes retenues pour le remboursement de la dette de prime d'activité, sous réserve qu'une mesure de régularisation soit intervenue dans un délai de quatre mois.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A, à la caisse d'allocations familiales du Rhône et à la métropole de Lyon.

Rendu public par mise à disposition le 31 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

R. Reymond-Kellal

La greffière,

T. Zaabouri

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,