lundi 10 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2305817 |
| Type | Décision |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SARL LACHENAUD AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 juillet 2023, M. A D, représenté par Me Lachenaud, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 8 décembre 2022 par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a rejeté sa demande de rétablissement à son profit du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre au directeur de l'OFII de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil avec effet rétroactif dans le délai de quinze jours ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de la décision attaquée ;
- la décision du 8 décembre 2022 est insuffisamment motivée en fait et résulte d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- le refus critiqué est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été précédé de l'entretien prévu à l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a respecté les exigences des autorités chargées de l'asile.
La requête a été communiquée à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 5 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative ;
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Lacroix a été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissant nigérian né en 1985, M. D a bénéficié des conditions matérielles d'accueil en sa qualité de demandeur d'asile à compter du 22 septembre 2020. Par une décision du directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 18 février 2021, le bénéfice de ces conditions matérielles d'accueil a été suspendu. M. D conteste la décision du 8 décembre 2022 par laquelle le directeur de l'OFII a rejeté sa demande tendant au rétablissement de ces conditions matérielles d'accueil.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. La décision du 8 décembre 2022 a été signée par M. C, directeur territorial, en vertu de la délégation que le directeur général de l'OFII lui a donnée par une décision du 28 octobre 2020 publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige doit être écarté.
3. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil. ".
4. Traduisant un examen de la situation du requérant, la décision critiquée vise les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application, fait mention de la composition de la famille de M. D, en particulier de la présence de sa fille B née en 2021, et indique que la demande de rétablissement présentée par le requérant ne fait pas état de circonstances justifiant qu'il soit mis fin à la mesure de suspension prise le 18 février 2021. Par suite et alors même que cette décision ne fait pas précisément état de la situation des intéressés, les moyens tirés du défaut de motivation de la décision du 8 décembre 2022 et du défaut d'examen de la situation du requérant doivent être écartés.
5. Si le requérant fait valoir qu'il n'a pas bénéficié d'un entretien préalable avec les services de l'OFII en vue d'une évaluation de sa vulnérabilité et de ses besoins, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose un tel entretien pour l'instruction d'une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil lorsque celles-ci ont été suspendues. Au demeurant et alors que M. D ne précise pas quelle était la teneur de sa demande de rétablissement, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'évolution de la situation du requérant aurait rendu nécessaire un nouvel entretien. Dans ces conditions, le moyen tiré du vice de procédure résultant du défaut d'un tel entretien doit être écarté.
6. Pour soutenir que les dispositions précitées de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues, M. D se borne pour le surplus à affirmer qu'il ne peut être considéré comme n'ayant pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile. Ce faisant, le requérant ne fait état d'aucune circonstance ayant trait à sa situation ou à son évolution permettant de considérer que, les raisons qui avaient conduit à la mesure de suspension du 18 février 2021 ayant cessé, l'autorité administrative a fait une inexacte application de cet article L. 551-16 en décidant de ne pas lever cette mesure de suspension.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre la décision du 8 décembre 2022 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de M. D à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 23 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
M. Gille, président,
Mme Lacroix, première conseillère,
Mme Reniez, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mars 2025.
La rapporteure,
A. Lacroix
Le président,
A. GilleLa greffière,
K. Schult
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-24PA01283
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