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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2306041

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2306041

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2306041
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJU 8ème chambre
Avocat requérantIDCHAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 juillet 2023 et des mémoires enregistrés le 22 septembre 2023 et le 13 février 2024, Mme B A, représentée par Me Idchar, demande au tribunal :

1°) d'annuler la contrainte émise à son encontre le 15 juin 2023, par la caisse d'allocations familiales de la Loire, pour un montant de 6 649 euros correspondant à un indu d'allocation de logement sociale ;

2°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Loire le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- elle n'est pas débitrice de la créance en litige dès lors que c'est son époux, aujourd'hui décédé, qui a formulé une demande d'aide au logement et qui en a perçu le versement ;

- il n'est pas démontré que M. A n'était pas présent sur le territoire français durant la période concernée ;

- l'indu n'est pas fondé dès lors que c'est un cas de force majeur qui l'a contraint à être absente du territoire français.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 19 décembre 2023 et le 14 mars 2024, la caisse d'allocations familiales de la Loire, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente du tribunal a désigné Mme C, première vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Mme C a présenté son rapport au cours de l'audience, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A forme opposition à la contrainte émise à son encontre le 15 juin 2023 par la caisse d'allocations familiales de la Loire en vue du recouvrement d'une somme de 6 649 euros, correspondant à un indu d'allocation de logement sociale sur la période du 1er février 2020 au 31 décembre 2021.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale : " Pour le recouvrement d'une prestation indûment versée (), le directeur d'un organisme de sécurité sociale peut, dans les délais et selon les conditions fixés par voie réglementaire, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère notamment le bénéfice de l'hypothèque judiciaire ". Aux termes de l'article R. 133-3 du même code : " Si la mise en demeure ou l'avertissement reste sans effet au terme du délai d'un mois à compter de sa notification, le directeur de l'organisme créancier peut décerner la contrainte mentionnée () à l'article L. 161-1-5 () Le débiteur peut former opposition par inscription au secrétariat du tribunal compétent dans le ressort duquel il est domicilié ou par lettre recommandée avec demande d'avis de réception adressée au secrétariat dudit tribunal dans les quinze jours à compter de la signification. L'opposition doit être motivée ; une copie de la contrainte contestée doit lui être jointe. ". Aux termes de l'article L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation : " Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés. ". Enfin, aux termes de l'article L. 825-2 du code de la construction et de l'habitation : " Les contestations des décisions prises en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement par les organismes payeurs doivent faire l'objet d'un recours administratif préalable devant l'organisme payeur qui en est l'auteur, selon des modalités fixées par voie réglementaire. ". Si les dispositions relatives à l'opposition à une contrainte délivrée en vue de l'exécution d'une décision ordonnant le reversement d'un indu d'aide personnelle au logement ne subordonnent pas l'exercice de cette voie de droit à l'exercice préalable du recours administratif prévu par les dispositions précitées du code de la construction et de l'habitation, le débiteur ne peut toutefois contester le bien-fondé de l'indu à l'occasion d'une telle opposition que s'il a exercé ce recours administratif dans les conditions prévues par ces dispositions.

3. La requérante soutient s'être absentée du territoire français plus de trois ans depuis 2018 en raison des graves pathologies dont elle souffre, qui l'ont empêché de voyager entre 2018 et 2020, et de la fermeture des frontières algériennes durant 15 mois du fait de la crise sanitaire à compter du mois de mars 2020. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction et n'est pas établi par la requérante qu'elle aurait, préalablement à la saisine du tribunal, effectué contre l'indu pour le recouvrement duquel la contrainte en litige a été émise, un recours administratif préalable obligatoire afin d'en contester le bien-fondé. Par suite, Mme A ne peut contester, à l'appui de son opposition à la contrainte en litige, le bien-fondé de l'indu d'allocation de logement sociale dont le reversement lui est demandé. En tout état de cause, les ordonnances médicales produites par Mme A, qui, pour la plupart, attestent uniquement du suivi par l'intéressée d'un traitement médicamenteux, à l'exception d'une ordonnance en date du 20 septembre 2014, soit quatre avant le départ de l'intéressée en Algérie, indiquant que son état de santé ne lui permet pas de voyager, ainsi que d'une ordonnance du 1er septembre 2018 précisant seulement qu'elle doit actuellement éviter le voyage, ne suffit pas à établir qu'elle était dans l'impossibilité de retourner en France entre 2018 et 2020, ni que ces circonstances constitueraient un cas de force majeure. Par ailleurs, la requérante n'établit pas, par la seule production d'articles de presse, que les restrictions liées à la pandémie de covid-19 l'auraient mises dans l'impossibilité totale de se rendre sur le territoire français, alors même qu'elle avait déjà quitté la France depuis près de deux ans. Au demeurant, cela ne dispensait pas Mme A de déclarer en temps utile son absence du territoire français, comme il lui incombait en tant qu'allocataire.

4. D'autre part, l'article 220 du code civil dispose que : " Chacun des époux a le pouvoir pour passer seul les contrats qui ont pour objet l'entretien du ménage ou l'éducation des enfants : toute dette ainsi contractée par l'un oblige l'autre solidairement ". Il résulte de ces dernières dispositions que les paiements d'indus de prestations sociales sont constitutifs d'une dette d'entretien du ménage, contractée au cours du mariage et qui oblige solidairement les deux époux. Ainsi, ceux-ci sont tenus solidairement au remboursement du trop-perçu d'allocation, alors même que celle-ci n'aurait été nommément attribuée qu'à un seul en raison de sa qualité d'allocataire désigné.

5. Dès lors que Mme A, dont le mariage a été célébré le 25 décembre 1969, était, à la date à laquelle l'indu a été versé, mariée à M. A et compte tenu de la solidarité entre époux, c'est à bon droit que l'organisme a mis à sa charge l'indu d'allocation de logement sociale.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à former opposition à la contrainte émise le 15 juin 2023. Ses conclusions, y compris celles tendant au paiement de frais irrépétibles doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la caisse d'allocations familiales de la Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

La magistrate désignée,

D. C

Le greffier,

Y. Mesnard

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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