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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2306110

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2306110

mardi 23 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2306110
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJU 5ème chambre
Avocat requérantLACHENAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 17 et 31 juillet 2023 et le 30 juin 2024, Mme A B, représentée par Me Lachenaud, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions du 14 avril 2023 par lesquelles la directrice de la caisse d'allocations familiales de l'Ardèche a refusé de lui accorder une remise de ses dettes d'aide personnalisée au logement, d'un montant de 6 213,54 euros constituée pour la période de janvier 2020 à octobre 2022, et de prime exceptionnelle de fin d'année 2020 et 2021, d'un montant du 152,45 euros chacune ;

2°) d'annuler la décision du 25 avril 2023 par laquelle le président du conseil départemental de l'Ardèche a refusé de lui accorder une remise de sa dette de revenu de solidarité active, d'un montant de 14 878,03 euros, pour la période de février 2020 à septembre 2022 ;

3°) d'annuler la décision implicite par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales de l'Ardèche a refusé de lui accorder une remise de sa dette d'aide exceptionnelle de solidarité, d'un montant de 150 euros, constitué pour les mois d'octobre et novembre 2020 ;

4°) de lui accorder une remise totale de ses dettes ;

5°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de l'Ardèche de procéder à un échelonnement de ses dettes en fixant ses mensualités à 50 euros par mois ;

6°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de l'Ardèche et du département de l'Ardèche le versement d'une somme de 1 000 euros, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- ses séjours à l'étranger sont justifiés par des nécessités familiales et par la fermeture des frontières consécutive à la crise sanitaire ;

- elle aurait dû bénéficier d'une remise de dette, compte tenu de sa bonne foi et de la précarité de sa situation financière.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2024, la caisse d'allocations familiales de l'Ardèche conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2024, le département de l'Ardèche conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable, en raison de sa tardiveté ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un courrier du 1er juillet 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office le moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à ce que le tribunal prononce un échelonnement de la dette à hauteur de 50 euros par mois, dès lors qu'il n'appartient pas à la juridiction administrative de prononcer une telle mesure.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le décret n° 2020-1746 du 29 décembre 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite ;

- le décret n° 2021-1657 du 15 décembre 2021 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite ;

- le décret n° 2020-519 du 5 mai 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de solidarité liée à l'urgence sanitaire aux ménages les plus précaires ;

- le décret n° 2020-1453 du 27 novembre 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de solidarité liée à la crise sanitaire aux ménages et aux jeunes de moins de vingt-cinq ans les plus précaires ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Vaccaro-Planchet, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

- et les observations de Me Lachenaud, représentant Mme B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'un contrôle réalisé le 12 septembre 2022 par un agent assermenté, la caisse d'allocations familiales de l'Ardèche a mis à la charge de Mme B les sommes de 14 878,03 euros correspondant à un indu de revenu de solidarité active constitué pour la période du 1er février 2020 au 30 septembre 2022, de 6 213,54 euros correspondant à un indu d'aide personnalisée au logement constitué pour la période du 1er janvier 2020 au 31 octobre 2022, de 304,9 euros correspondant au solde d'indus de prime exceptionnelle de fin d'année 2020 et 2021, ainsi que la somme de 150 euros correspondant à un indu d'aide exceptionnelle de solidarité. Mme B a sollicité une remise gracieuse de ces dettes. La directrice de la caisse d'allocations familiales de l'Ardèche a rejeté ces demandes, par des décisions des 14 et 25 avril 2023, et a implicitement rejeté sa demande relative à l'aide exceptionnelle de solidarité. Mme B demande au tribunal d'annuler ces décisions et de lui accorder une remise totale de ses dettes.

Sur l'étendue du litige :

2. Il n'appartient pas à la juridiction administrative de prononcer un échelonnement de la dette de Mme B. Par suite, ses conclusions tendant en ce qu'il soit procédé à un échelonnement de sa dette doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation et de remise de dette :

3. Aux termes de l'article L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation : " Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés ". Aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale : " Toutefois, par dérogation aux dispositions des alinéas précédents, la créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations. " Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. () ". Aux termes de l'article 6 des décrets susvisés des 29 décembre 2020 et 15 décembre 2021 : " Tout paiement indu d'une aide exceptionnelle attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'Etat par l'organisme chargé du service de celle-ci. La dette correspondante peut être remise ou réduite par cet organisme dans les conditions applicables au recouvrement des indus de l'allocation au titre de laquelle l'aide exceptionnelle a été perçue ". Aux termes de l'article 1er du décret susvisé du 27 novembre 2020 : " I. - Une aide exceptionnelle de solidarité est attribuée, dans les conditions fixées à l'article 2 du présent décret, aux bénéficiaires d'au moins une des allocations suivantes au titre des mois de septembre ou d'octobre 2020 : 1° Le revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ; () 3° L'une des aides personnelles au logement mentionnées à l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation susvisé () ". Aux termes de l'article 4 de ce même décret : " I. - Tout paiement indu de l'aide exceptionnelle de solidarité attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'Etat par l'organisme chargé du service de celle-ci. La dette correspondante peut être remise ou réduite par cet organisme dans les conditions applicables au recouvrement des indus de l'allocation au titre de laquelle le versement de l'aide exceptionnelle a été perçu. "

4. En premier lieu, Mme B ne peut, à l'appui de ses conclusions tendant à ce que lui soit accordée une remise de dette, utilement remettre en cause le bien-fondé de l'indu mis à sa charge. Dès lors, le moyen tiré de ce que ses séjours à l'étrangers sont justifiés par des nécessités familiales et par la fermeture des frontières consécutive à la crise sanitaire doit être écarté comme inopérant.

5. En second lieu, Mme B demande l'annulation du refus de la directrice de la caisse d'allocations familiales de l'Ardèche de procéder à une remise de ses dettes pour les indus de revenu de solidarité active, d'aide personnalisée au logement, d'aide exceptionnelle de solidarité et de prime exceptionnelle de fin d'année 2020 et 2021. Il résulte de l'instruction que ces indus ont pour origine l'absence de déclaration, par Mme B, de ses séjours hors du territoire français et de divers dépôts d'argent effectués sur son compte bancaire depuis janvier 2020. Eu égard aux mentions contenues dans la notice explicative qui accompagne le formulaire de déclaration trimestrielles de ressources, l'intéressée ne pouvait légitimement ignorer que l'ensemble des revenus des membres de son foyer devaient être déclarés dans la rubrique " salaires " ou " autres ressources " et que le bénéfice du revenu de solidarité active est lié à une résidence en France, sans que les séjours à l'étranger puissent excéder trois mois. Ainsi, ces omissions délibérément et régulièrement commises par la requérante dans l'exercice de ses obligations déclaratives revêtent le caractère de " fausses déclarations " faisant obstacle, en application des dispositions de l'article L. 262-46 du code précité, et nonobstant les éléments fournis au dossier pour établir la précarité de sa situation financière, au bénéfice d'une remise gracieuse. Dans ces conditions, la situation de la requérante ne justifie pas d'une remise totale ou partielle de la dette en cause.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête, que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales de l'Ardèche et le président du conseil départemental de l'Ardèche ont refusé de lui accorder un remise gracieuse de ses dettes de revenu de solidarité active, d'aide personnalisée au logement, d'aide exceptionnelle de solidarité et de prime exceptionnelle de fin d'année.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761 du code de justice administrative et 37 de la loi du 11 juillet 1991

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de la caisse d'allocations familiales de l'Ardèche et du département de l'Ardèche qui ne sont pas partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la caisse d'allocations familiales de l'Ardèche et au département de l'Ardèche.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juillet 2024.

La magistrate désignée,

V. Vaccaro-PlanchetLa greffière,

C. Touja

La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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