Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2306188

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2306188
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJU Chambre Sociale

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a examiné les recours de Mme C contre des décisions de la caisse d'allocations familiales du Rhône et de la métropole de Lyon relatives à des indus d'aide personnelle au logement et de revenu de solidarité active. Pour l'indu d'aide au logement de décembre 2021, le tribunal a constaté un non-lieu à statuer, la caisse ayant régularisé la situation. Pour le surplus, la requête a été rejetée comme tardive. Concernant l'indu de revenu de solidarité active, le tribunal a également prononcé un non-lieu à statuer, la métropole de Lyon ayant accordé une remise de dette en cours d'instance. Les décisions s'appuient sur les codes de l'action sociale et des familles, de la construction et de l'habitation, et des relations entre le public et l'administration.

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I) Par une requête enregistrée le 21 juillet 2023 sous le n° 2306188, Mme A C, représentée par la société DBKM Avocats (Me Moutoussamy), demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales du Rhône a confirmé mettre à sa charge des indus d'aide personnelle au logement notifiés initialement par courriers des 18 décembre 2021 et 6 janvier 2022, subsidiairement celle rejetant implicitement sa demande de remise de dettes à titre gracieux ;

2°) d'enjoindre à la directrice de lui restituer les sommes recouvrées, subsidiairement de prononcer la remise demandée ;

3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Rhône ou de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- les décisions initiales ne mentionnent qu'un montant global pour deux indus sans préciser pour chacun d'eux le montant, le solde et la période de répétition ;

- à défaut pour la caisse de prouver la réunion régulière de la commission de recours amiable, la procédure l'a privée d'une garantie ;

- l'absence de signature et de motivation de la décision implicite l'entachent d'irrégularité;

- la preuve des indus n'est pas rapportées ;

- elle n'a cessé de remplir l'ensemble des conditions légales ;

- sa situation justifie l'octroi d'une remise ou d'une réduction.

Par un mémoire enregistré le 27 août 2024, la caisse d'allocations familiales du Rhône conclut au non-lieu à statuer s'agissant des conclusions en annulation de la décision du 18 décembre 2021, et au rejet de la requête pour le surplus, en faisant valoir que :

- l'indu d'aide au logement du mois décembre a été régularisé ;

- la requête est tardive pour le surplus ;

- subsidiairement, seule sa déclaration tardive est à l'origine de son indu.

Mme C bénéficie de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 novembre 2023.

II) Par une requête enregistrée le 21 juillet 2023 sous le n° 2306321, Mme C, représentée par la société DBKM Avocats (Me Moutoussamy), demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision rejetant implicitement son recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du 6 janvier 2022 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales du Rhône lui a notifié un indu de revenu de solidarité active, subsidiairement celle rejetant implicitement sa demande de remise de dette à titre gracieux ;

2°) d'enjoindre à la directrice de lui restituer les sommes recouvrées, subsidiairement de prononcer la remise demandée ;

3) de mettre à la charge de la métropole de Lyon la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision initiale ne mentionne qu'un montant global pour deux indus sans préciser pour chacun d'eux le montant, le solde et la période de répétition ;

- à défaut pour la métropole d'établir que le recours ne devait pas être soumis à la commission pour avis, la décision est entachée d'un vice substantiel ;

- l'absence de signature et de motivation de la décision implicite l'entachent d'irrégularité;

- la preuve de l'indu n'est pas rapportée ;

- elle n'a cessé de remplir l'ensemble des conditions légales ;

- sa situation justifie l'octroi d'une remise ou d'une réduction.

Par un mémoire enregistré le 13 mars 2024, la métropole de Lyon conclut au non-lieu à statuer compte tenu de la remise de dette accordée cours d'instance.

La présidente du tribunal a désigné M. Reymond-Kellal, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relatifs aux prestations, allocations ou droits attribués au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Vu les recours préalables et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles,

- le code de la construction et de l'habitation,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :

- les conclusions de M. Bertolo,

- et les observations de Mme B pour la métropole de Lyon.

La requérante n'étant ni présentée, ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Par décisions du 18 décembre 2021, la caisse d'allocations familiales du Rhône a notifié à Mme C un indu d'aide personnelle au logement d'un montant de 157,93 euros pour le mois de décembre 2021. Le 6 janvier 2022, la même caisse d'allocations familiales du Rhône lui a notifié un nouvel indu d'aide personnelle au logement d'un montant de 468,91 euros pour la période allant de septembre à octobre et décembre 2021, ainsi qu'un indu de revenu de solidarité active d'un montant total de 995 euros pour la période allant d'août à septembre 2021. Les recours administratifs préalables obligatoires formés par courrier daté du 21 avril 2022, qui demandait subsidiairement une remise gracieuse de ces dettes, ont été, pour l'indu d'aide au logement, explicitement rejeté le 8 août 2022 par la caisse d'allocations familiales, et pour l'indu de revenu de solidarité active, implicitement rejeté par le silence gardé par l'autorité compétente.

2. Les requêtes n° 2306188 et 2306321 présentées pour Mme C sont relatives à la situation d'une même allocataire et présentent à juger des questions similaires. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'aide personnelle au logement :

En ce qui concerne le non-lieu à statuer partiel :

3. Il résulte de l'instruction que, par décision du 2 janvier 2022 portée à la connaissance de la requérante en cours d'instance, l'indu d'aide personnelle au logement notifié le 18 décembre 2021 a été " annulé ". Par suite, il n'y a pas plus lieu de statuer sur les conclusions demandant l'annulation la décision rejetant implicitement le recours administratif préalable obligatoire formé à l'encontre de celui-ci.

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée en défense :

4. Il résulte de la combinaison des articles R. 421-1 et R. 421-5 du code de justice administrative que le destinataire d'une décision administrative individuelle dispose, pour déférer cette décision devant la juridiction administrative, d'un délai de deux mois à compter de sa notification qui n'est opposable qu'à la condition que les délais et les voies de recours aient été indiqués dans cette notification. En vertu de l'article L. 112-6 du code des relations entre le public et l'administration, les délais de recours à l'encontre d'une décision implicite ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation.

5. A supposer même que la décision du 6 janvier 2022 mettant à la charge de Mme C un indu d'aide personnelle au logement ait été notifié le 7 janvier 2022 comme le soutient la caisse d'allocations familiales en produisant une capture d'écran d'un logiciel de suivi, il résulte de l'instruction que cette décision se borne à indiquer, d'une part, qu' " en cas de désaccord, vous disposez de deux mois pour contester cette décision. Pour plus d'informations sur les voies de recours, consultez caf.fr, rubrique Mon Compte ", et d'autre part, les modalités de présentation du recours administratif préalable obligatoire devant la caisse seulement, sans préciser notamment les conditions naissances d'une décision implicite et ses modalités de contestations devant la juridiction. Ces informations ne sont pas suffisamment complètes pour être susceptibles de faire courir les délais de recours. S'agissant du recours administratif daté du 21 avril 2022, il ne résulte pas de l'instruction que l'administration en aurait accusé réception dans des formes susceptibles de faire courir les délais de recours. Enfin, la demande d'aide juridictionnelle déposée le 28 septembre 2022 a nécessaire interrompu le délai de recours de deux mois devant la juridiction administrative mentionné dans le courrier daté du 8 août 2022 par lequel la directrice de la caisse d'allocations familiales a refusé de donner suite au recours administratif préalable obligatoire précité en raison de sa supposée tardiveté, dans l'hypothèse où il aurait été notifié avant. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense, tirée de la tardiveté, n'est pas fondée.

En ce qui concerne le fond :

6. Aux termes de l'article R. 825-1 du code de la construction et de l'habitation : " L'introduction d'un recours contentieux dirigé contre des décisions prises par un organisme payeur en matière d'aides personnelles au logement () est subordonnée à l'exercice préalable d'un recours administratif auprès de la commission de recours amiable prévue à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale constituée auprès du conseil d'administration de l'organisme auteur de la décision contestée. ". Aux termes de l'article R. 825-2 de ce code : " Le directeur de l'organisme payeur statue sur les recours administratifs mentionnées à l'article R. 825-1, après l'avis de la commission de recours amiable. Ses décisions sont motivées. ".

7. A défaut pour la caisse d'allocations familiales d'avoir saisi la commission de recours amiable, laquelle constitue une garantie pour les bénéficiaires des aides au logement, Mme C est fondée à soutenir que la décision explicite du 8 août 2022 qui s'est substituée à la décision implicite précédemment née est intervenue au terme d'une procédure irrégulière.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, que Mme C est fondée à demander l'annulation de cette décision par laquelle la caisse d'allocations familiales du Rhône a rejeté son recours administratif préalable, confirmant par là même mettre à sa charge un indu d'aide personnalisée au logement. Compte tenu du recouvrement de l'indu qui a été effectué, la requérante est également fondée à demander qu'il soit enjoint de procéder au remboursement des sommes retenues, sauf à ce que la caisse d'allocations familiales régularise sa décision de récupération dans un délai de quatre mois.

Sur le revenu de solidarité active :

En ce qui concerne le non-lieu à statuer :

9. S'il résulte de l'instruction que la directrice de la caisse d'allocations familiales du Rhône a accordé une remise totale de la dette d'indu de revenu de solidarité active de Mme C par décision du 16 avril 2024 intervenue en cours d'instance sur proposition de la métropole de Lyon, celle-ci n'a été que d'un montant de 868,80 euros restant à recouvrer à la date à laquelle elle a été prise. Cette décision prononcée à titre gracieux n'a pas eu pour effet d'effacer rétroactivement l'indu initial qui a été en partie remboursé par des retenues sur la prime d'activité pour un montant total de 126,20 euros. Dès lors, si la décision du 16 avril 2024 rend sans objet les conclusions subsidiaires de Mme C tendant à l'annulation de la décision lui refusant une remise gracieuse et à ce qu'il lui soit accordée une telle remise, elle ne peut être regardée comme lui ayant donné entièrement satisfaction s'agissant de ses conclusions dirigées contre l'indu initial. Par suite, il y a seulement lieu de statuer sur ces conclusions.

En ce qui concerne le fond :

10. En premier lieu et d'une part, aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale. Les modalités d'examen du recours sont définies par décret en Conseil d'Etat. () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire. ". Enfin, aux termes de l'article 5 de la loi du 11 juillet 1979 codifié depuis le 1er janvier 2016 à l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans des cas où une décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais de recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. ". Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence de communication des motifs dans le délai d'un mois, la décision implicite se trouve entachée d'illégalité.

11. S'il résulte de l'instruction que Mme C a formé un recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de la décision mettant à sa charge un indu de revenu de solidarité active, elle ne justifie pas avoir demandé, en application des dispositions précitées de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, la communication des motifs de la décision implicite de rejet née du silence gardé sur son recours qui s'est substituée à la décision initiale. Elle ne peut, par suite, utilement soulever le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision, ni d'ailleurs celui tiré d'un défaut de signature dès lors que l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ne trouve à s'appliquer qu'aux décisions formellement édictées.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 262-89 du même code que celui précité : " Sauf lorsque la convention mentionnée à l'article L. 262-25 en dispose autrement, ce recours est adressé par le président du conseil départemental pour avis à la commission de recours amiable mentionnée à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale. Dans les cas prévus dans la convention mentionnée à l'article L. 262-25 dans lesquels la commission de recours amiable n'est pas saisie, le président du conseil départemental statue, dans un délai de deux mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. Cette décision est motivée. ".

13. La consultation préalable de la commission de recours amiable en matière de contestations relatives au revenu de solidarité active est prescrite par les dispositions précitées de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles sauf lorsque la convention de gestion conclue entre la caisse d'allocations familiales et le département en dispose autrement, en application de l'article R. 262-89 précité du même code. En l'espèce, en vertu de la convention de gestion du revenu de solidarité active conclue le 1er juillet 2019 entre la métropole de Lyon et la caisse d'allocations familiales du Rhône accessible publiquement, les contestations relatives au revenu de solidarité active sont dispensées d'un avis de la commission de recours amiable. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'un vice de procédure faute de saisine de la commission de recours amiable doit être écarté.

14. En dernier lieu, en se bornant à soutenir qu'elle remplissait les conditions pour bénéficier du revenu de solidarité active au montant perçu et que la métropole de Lyon n'établit pas la réalité de l'indu, Mme C n'assortit pas son moyen de précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé alors que la métropole de Lyon produit des documents en défense indiquant qu'il lui a été versée à tort une somme de 995 euros à titre de rappel pour les mois d'août à septembre 2021 en raison d'une erreur de services de la caisse d'allocations familiales du Rhône ayant appliqué un abattement sur ses revenus qui n'était pas justifié par ses revenus salariés.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre la décision ayant implicitement confirmé l'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de Mme C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant à la restitution des sommes retenues pour son remboursement avant l'octroi d'une remise gracieuse.

Sur les frais liés au litige :

16. La métropole de Lyon n'étant pas la partie perdante dans l'instance n° 2306321, les conclusions présentées par le conseil de Mme C au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Rhône ou de l'Etat la somme demandée en applications des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme C tendant à l'annulation de la décision rejetant implicitement le recours administratif préalable obligatoire formé à l'encontre de l'indu d'aide personnelle au logement notifié le 18 décembre 2021 et celles de la décision rejetant sa demande de remise gracieuse de sa dette de revenu de solidarité active.

Article 2 : La décision par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales du Rhône a implicitement rejeté le recours administratif de Mme C et confirmé mettre à sa charge un indu d'aide personnelle au logement d'un montant de 468,91 euros pour la période d'août à septembre et décembre 2021 est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à la directrice de la caisse d'allocations familiales du Rhône de procéder au remboursement des sommes retenues, sous réserve qu'une mesure de régularisation soit intervenue dans un délai de quatre mois.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à la métropole de Lyon et à la directrice de la caisse d'allocations familiales du Rhône.

Rendu public par mise à disposition le 3 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

R. Reymond-Kellal

La greffière,

F. de Biasi

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

2-2306321