Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2306363

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2306363
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJU Chambre Sociale

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de Mme C, qui contestait une amende administrative de 1 029 euros infligée par le président du conseil départemental de l'Ain pour absence de déclaration de ses revenus et de sa résidence en France. La décision a été signée par une autorité compétente disposant d’une délégation régulière. La procédure contradictoire prévue à l’article L. 114-17 du code de la sécurité sociale a été respectée, et l’avis de l’équipe pluridisciplinaire, prévu à l’article L. 262-52 du code de l’action sociale et des familles, a été rendu. Enfin, les faits établis de séjours prolongés hors de France et de revenus non déclarés constituent une omission délibérée justifiant l’amende.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 juillet 2023, Mme A C, représentée par Me Terrasson, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 novembre 2022 par laquelle le président du conseil départemental de l'Ain lui a infligé une amende administrative d'un montant de 1 029 euros ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer la somme due et d'enjoindre au président dudit conseil de lui restituer les sommes recouvrées le cas échéant ;

3°) de mettre à la charge dudit département une somme de 1 200 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- la procédure a méconnu le I de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale dans sa rédaction applicable ;

- il n'est pas établi que l'équipe pluridisciplinaire s'est réunie et a rendu un avis en application de l'article L. 262-52 du code de l'action sociale et des familles ;

- ignorant qu'elle ne pouvait s'absenter longtemps du territoire et étant de bonne foi, aucune manœuvre frauduleuse ne pouvait être retenue.

Par un mémoire enregistré le 21 mars 2024, département de l'Ain conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens ne sont pas fondés.

Mme C bénéficie de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 juin 2023.

La présidente du tribunal a désigné M. Reymond-Kellal, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relatifs aux prestations, allocations ou droits attribués au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de la sécurité sociale,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir constaté l'absence des parties ou de leurs représentants à l'appel de l'affaire et présenté son rapport au cours de l'audience publique, le rapporteur public ayant été dispensé de prononcer ses conclusions sur sa proposition.

Considérant ce qui suit :

1. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme B, responsable du service allocation et lutte contre la fraude RSA, qui disposait d'une délégation en ce sens consentie par arrêté du président du conseil départemental de l'Ain du 11 juillet 2022 dont il est présumé qu'il a publié dans les conditions prévues par son article 12.

2. En deuxième lieu, aux termes du I de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale, rendu applicable par l'article L. 262-52 du code de l'action sociale et des familles, dans sa version alors en vigueur : " Le directeur de l'organisme concerné notifie le montant envisagé de la pénalité et les faits reprochés à la personne en cause, afin qu'elle puisse présenter ses observations écrites ou orales dans un délai d'un mois. A l'issue de ce délai, le directeur de l'organisme prononce, le cas échéant, la pénalité et la notifie à l'intéressé en lui indiquant le délai dans lequel il doit s'en acquitter ou les modalités selon lesquelles elle sera récupérée sur les prestations à venir. () ".

3. Il résulte de l'instruction que, par courrier du 5 octobre 2022 envoyé par lettre recommandé avec avis de réception dont elle a été avisée le lendemain mais retourné avec la mention " non réclamé ", Mme C a été informée de l'intention du président du conseil départemental d'infliger une amende d'un montant de 1 029 euros en raison de l'absence de déclaration de l'intégralité de ses revenus et de sa résidence ponctuelle en France, et invitée à présenter ses observations écrites dans le délai d'un mois ou orales devant la commission départemental d'insertion prévue le 10 novembre 2022. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'a pas été mise en mesure de présenter ses observations et que la procédure suivie a méconnu les dispositions précitées du code de la sécurité sociale.

4. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que la commission départementale d'insertion réunie le 10 novembre 2022, laquelle constitue l'équipe pluridisciplinaire prévue par l'article L. 262-52 du code de l'action sociale et des familles, a rendu un avis favorable au prononcé de l'amende envisagé par l'autorité compétente.

5. En dernier lieu, et d'une part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. () ". Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () ". D'autre part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-52 du code précité : " La fausse déclaration ou l'omission délibérée de déclaration ayant abouti au versement indu du revenu de solidarité active est passible d'une amende administrative () ".

6. Il résulte de l'instruction que Mme C a déclaré résider en France et percevoir des revenus qui correspondraient à une activité de garde d'enfant. A l'issu d'un contrôle effectué en mars 2022 par un agent agréé et assermenté, il a été constaté, d'une part, que Mme C effectuait depuis 2019 de multiples voyages en Moldavie et qu'elle séjournait en dehors du territoire durant des périodes dépassant régulièrement trois mois, et d'autre part, qu'il ne ressortait d'aucun des organismes consultés qu'elle aurait perçu réellement les salaires qui lui auraient été versés pour la garde de l'enfant de sa fille qu'elle déclarait, laquelle garde s'avérait incompatible avec ses voyages, le service de crèche dont sa petite-fille bénéficiait puis la scolarisation de celle-ci sous le régime demi-pensionnaire. Mme C ne pouvant, de bonne foi, ignorer qu'elle ne pouvait bénéficier du revenu de solidarité active en cas de résidence hors de France d'une durée prolongée, et qu'elle ne pouvait déclarer des revenus correspondant à une activité fictive, elle a commis, compte tenu de la période en litige et des informations publiques à sa disposition, de fausses déclarations la rendant passible de l'amende administrative prévue par les dispositions précitées.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 15 novembre 2022. Par suite, sa requête doit être rejetées en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au département de l'Ain.

Rendu public par mise à disposition le 3 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

R. Reymond-Kellal

La greffière,

F. de Biasi

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,