Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2306369
jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2306369 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | JU Chambre Sociale |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 juillet 2023, , M. B, représenté par Me Moutoussamy, demande au Tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 20 000 euros en raison de l'illégalité de la décision du 10 décembre 2019 et de l'absence de proposition de relogement adapté depuis le 9 septembre 2021.
Il soutient que :
- la décision du 10 décembre 2019 par laquelle la commission de médiation du droit au logement opposable du Rhône a déclaré son recours comme étant sans objet est entachée d'une erreur de fait et d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;
- il a droit à l'indemnisation de ses troubles dans les conditions d'existence résultant de l'illégalité de cette décision et de l'absence de proposition de relogement adapté.
Par un mémoire enregistré le 19 septembre 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête en faisant valoir que :
- la période indemnisable se situe entre le 22 septembre 2020 et le 12 avril 2021 ;
- le requérant a refusé un logement adapté à ses besoins pour un motif qui ne peut être regardé comme impérieux ;
- il n'a pas demandé qu'il soit enjoint de lui proposer un logement ;
- il a conclu un bail pour un logement adapté le 28 février 2023 ;
- subsidiairement, l'indemnisation devrait être limitée à 250 euros.
M. B bénéficie de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 juin 2023.
La présidente du tribunal a désigné M. Reymond-Kellal, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relatifs aux prestations, allocations ou droits attribués au titre du logement, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation,
- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu les observations de Mme A pour la préfète du Rhône, le requérant n'étant ni présent, ni représenté.
Compte tenu de la production, par le conseil de M. B, d'un mémoire enregistré le 3 octobre 2024 à 14h02, soulevant un élément de fait nouveau sur le caractère adapté du premier logement, la clôture d'instruction a été différée au 7 octobre 2024 à 12h. La préfète du Rhône a répondu sur cet élément de fait par mémoires enregistrés les 4 et 5 octobre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite du jugement n° 2005257 ayant annulé la décision du 10 décembre 2019 par laquelle la commission de médiation du droit au logement opposable du Rhône a déclaré le recours de M. B comme étant sans objet, rendu le 24 février 2021 par le Tribunal et devenu définitif, la même commission l'a reconnu comme étant prioritaire et devant être relogé d'urgence dans un logement de type T3 adapté à ses besoins et ses capacités par une décision du 9 mars 2021 statuant en exécution de l'injonction de réexamen. Estimant n'avoir pas eu de proposition de logement adapté à ses besoins, il a sollicité l'indemnisation des préjudices résultant de la carence de l'Etat à lui assurer un relogement par une demande préalable reçue le 18 novembre 2022 qui a été implicitement rejetée.
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière (), n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".
3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.
4. Il résulte de l'instruction que le logement qu'occupait M. B au 14ème étage d'un immeuble situé 27 boulevard Lénine à Vénissieux était inadapté à sa situation et ses besoins de personne affectée d'un handicap. L'illégalité de la décision du 10 décembre 2019 qui a retardé sa reconnaissance comme devant être prioritaire et relogé d'urgence dans un logement adapté constitue une faute ayant obligé M. B à se maintenir dans ce logement et lui a causé des troubles dans ses conditions d'existence. En revanche, il ne résulte pas de l'instruction que l'Etat ait commis une carence fautive dans l'exécution de la décision de la commission de médiation prise le 9 mars 2021 dès lors qu'un logement adapté à la situation et aux besoins du requérant lui a été proposé en avril 2021 à Champagne-au-Mont-d'Or mais qu'il l'a refusé au seul motif qu'il n'était pas situé dans l'une des communes qu'il souhaitait, ce logement étant accessible en transport public qui n'apparait pas incompatible avec son handicap. Il sera fait une juste appréciation des préjudices en lien avec l'illégalité commise et subis par M. B en lui allouant la somme de 300 euros. Par suite, le requérant est seulement fondé à demander la condamnation de l'Etat à lui verser cette somme.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. B la somme de 300 euros.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine.
Copie en sera adressée à la préfète du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
R. Reymond-Kellal
La greffière,
A. Farlot
La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
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