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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2306587

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2306587

mardi 14 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2306587
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation4ème chambre
Avocat requérantSCP ROBIN VERNET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 août 2023 et un mémoire du 5 décembre 2024, Mme B A, représentée par Me Robin, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'Etat et l'Office français de l'immigration et de l'intégration à lui payer la somme de 6 880 euros en réparation de ses préjudices résultant de l'illégalité de la décision du 16 mai 2022 de refus d'octroi des conditions matérielles d'accueil ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat et de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 10 février 2020 et du 16 mai 2022 lui refusant l'octroi des conditions matérielles d'accueil sont illégales dès lors qu'elles méconnaissent les dispositions des articles L. 551-15 et L. 522-3 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- ces mêmes décisions sont entachées d'une insuffisance de motivation, d'un défaut d'examen complet et suffisant de sa situation, d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'illégalité de ces décisions constitue une faute qui engage la responsabilité de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- les décisions lui refusant l'octroi des conditions matérielles d'accueil l'ont privée de tout revenu depuis le 10 février 2020 et jusqu'au 23 janvier 2023 ;

- les décisions lui refusant l'octroi des conditions matérielles d'accueil ont entrainé un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence ;

- elle a subi des préjudices évalués à la somme de 6 880 euros, tous postes de préjudices confondus.

Par un mémoire enregistré le 2 décembre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête et à titre subsidiaire, à son rejet.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable en tant qu'elle est dirigée contre l'Etat et non contre l'Office français de l'immigration et de l'intégration, établissement public distinct de l'Etat ;

o - il n'a commis aucune faute, sa responsabilité ne peut donc pas être engagée ;

o - les préjudices invoqués par Mme A ne sont pas établis.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Duca a été entendu au cours de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante mauritanienne née le 20 décembre 1987, a sollicité l'asile en France, et a vu sa demande rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 31 juillet 2019, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 12 décembre 2019. Elle a sollicité le réexamen de sa demande d'asile le 13 janvier 2020, et a sollicité à ce titre le bénéfice des conditions matérielle d'accueil. Par une décision notifiée le 11 février 2020, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) à Lyon a refusé faire droit à cette demande. Le tribunal administratif de Lyon a annulé cette décision par jugement du 5 avril 2022 et a enjoint à l'OFII de réexaminer la demande d'octroi des conditions matérielles d'accueil présentée par Mme A. Par décision du 16 mai 2022, l'OFII a rejeté la demande de Mme A. Cette décision a été confirmée, sur recours administratif préalable, par une décision implicite du directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Mme A demande au tribunal de condamner l'Office français de l'immigration et de l'intégration à lui verser la somme de 6 880 euros au titre de la perte de revenus, du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence qu'elle subit.

Sur l'existence d'une faute engageant la responsabilité de l'Office français de l'immigration et de l'intégration :

2. Il résulte de l'instruction que, postérieurement à l'introduction de la requête, le tribunal administratif de Lyon a, par un jugement du 21 mai 2024, annulé la décision implicite prise sur recours administratif préalable, confirmant la décision du 16 mai 2022 de l'OFII rejetant la demande de Mme A. Alors que la requérante a sollicité le réexamen de sa demande d'asile le 13 janvier 2020, et que, par une décision du 29 janvier 2020 l'Office de protection des réfugiés et apatrides a à nouveau rejeté sa demande, la Cour nationale du droit d'asile, par un arrêt du 10 janvier 2023, a reconnu à Mme A la qualité de réfugiée. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que la décision du directeur territorial de l'OFII du 16 mai 2022 portant refus d'octroi des conditions matérielles d'accueil, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de cet établissement à l'égard de Mme A.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée en défense :

3. Si dans sa requête introductive d'instance, la requérante dirige ses conclusions à fin d'indemnisation de ses préjudices et au titre des frais liés au litige contre l'Etat et non contre l'Office français de l'immigration et de l'intégration, établissement public distinct de l'Etat, Mme A a, par un mémoire complémentaire enregistré le 5 décembre 2024, redirigé ses conclusions contre l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Au surplus, la demande indemnitaire préalable a bien été adressée à l'OFII. Dans ces conditions, les conclusions indemnitaires présentées par la requérante doivent être regardées comme dirigées contre l'OFII.

En ce qui concerne le préjudice financier :

4. Aux termes de l'article L. 551-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, comprennent les prestations et l'allocation prévues aux chapitres II et III. ". Aux termes de l'article L. 551-9 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente. ". Aux termes de l'article L. 551-13 du même code : " Le versement de l'allocation pour demandeur d'asile prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2.Pour les personnes qui se sont vu reconnaître la qualité de réfugié prévue à l'article L. 511-1 ou accorder le bénéfice de la protection subsidiaire prévue à l'article L. 512-1, le bénéfice de l'allocation prend fin au terme du mois qui suit celui de la notification de la décision. ". Aux termes de l'article L. 553-1 du même code : " Le demandeur d'asile qui a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées en application de l'article L. 551-9 bénéficie d'une allocation pour demandeur d'asile s'il satisfait à des conditions d'âge et de ressources. Le versement de cette allocation est ordonné par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. " et aux termes de l'article L. 553-2 " Un décret définit le barème de l'allocation pour demandeur d'asile, en prenant en compte les ressources de l'intéressé, son mode d'hébergement et, le cas échéant, les prestations offertes par son lieu d'hébergement. Ce barème prend en compte le nombre d'adultes et d'enfants composant la famille du demandeur d'asile et accompagnant celui-ci. () ".

5. Le préjudice financier de Mme A correspond à l'absence de versement de l'allocation pour demandeur d'asile pour la période du courant du 16 mai 2022, date de la décision par laquelle l'OFII lui a refusé l'octroi des conditions matérielles d'accueil, à la fin du mois de février 2023, qui suit la notification de la décision du 10 janvier 2023 par laquelle la Cour nationale du droit d'asile lui reconnait la qualité de réfugiée. Il résulte de l'instruction que le montant de ce préjudice financier correspond au montant journalier de l'allocation pour demandeur d'asile de 6,80 euros pendant 274 jours. Il y a donc lieu de condamner l'Office français de l'immigration et de l'intégration au versement d'une indemnité d'un montant 1 863 euros.

En ce qui concerne le préjudice moral et les troubles dans les conditions d'existence :

6. Mme A fait valoir sa vulnérabilité psychique et soutient que la privation de l'allocation pour demandeur d'asile et l'absence de solution pérenne d'hébergement ont affecté sa santé mentale. Il résulte de l'instruction que la vulnérabilité psychique de Mme A est liée à des symptômes post-traumatiques et anxiodépressifs aigus. Mme A justifie de sa fragilité psychologique par des certificats médicaux qu'elle produits, attestant d'un état de santé nécessitant un traitement lourd et des soins psychiatriques. Mme A justifie ainsi des préjudices moraux et des troubles subis dans ses conditions d'existence. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice lié aux troubles dans ses conditions d'existence subis par Mme A du fait de l'illégalité fautive de la décision du 16 mai 2022 en fixant le montant de l'indemnité qui lui est due à ce titre à 3 000 euros.

7. Il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par la requérante en raison de l'illégalité fautive de la décision en litige en évaluant son indemnisation à hauteur de 2 000 euros.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est fondée à demander la condamnation de l'OFII à lui verser la somme de 6 863 euros en réparation des préjudices que l'illégalité de la décision du 16 mai 2022 lui a causés.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration est condamné à verser à Mme A une somme de 6 863 euros en réparation du préjudice que l'illégalité de la décision du 16 mai 2022 lui a causé.

Article 2 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Mme A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 9 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Duca, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 janvier 2025.

La rapporteure,

A. Duca

Le président,

M. ClémentLa greffière,

A. Calmès

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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