Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2306611

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2306611
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJU Chambre Sociale

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté l'opposition de M. A à une contrainte émise par la CAF du Rhône pour le recouvrement d'un indu de prime d'activité de 1 725,31 euros. Le juge a considéré que M. A, lié par un pacte civil de solidarité depuis juillet 2019, formait un foyer avec sa partenaire, et que les revenus de celle-ci devaient être pris en compte pour le calcul de la prestation. La solution retenue s'appuie sur les articles L. 842-3, R. 843-1 et R. 846-5 du code de la sécurité sociale, qui imposent la déclaration des ressources du foyer et la prise en compte du partenaire de Pacs.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 2 août et 8 septembre 2023, M. B A doit être regardé comme formant opposition à la contrainte émise à son encontre par la caisse d'allocations familiales du Rhône le 13 juillet 2023, pour le recouvrement d'une somme de 1 725,31 euros concernant un indu de prime d'activité, constitué sur la période du 1er août 2019 au 31 décembre 2020.

Il soutient que :

- il a déclaré ses ressources et communiqué celles de sa compagne à la caisse d'allocations familiales ;

- même s'il était en partenariat civil avec sa compagne, ils ne vivaient pas sous le même toit et chacun avaient ses propres dépenses, de sorte que les revenus de cette dernière n'ont pas à être réintégrés dans les ressources de son foyer ;

- l'indu litigieux correspond à une période antérieure à son Pacs, intervenu au mois de juillet 2019 ;

- il est de bonne foi ;

- sa situation financière précaire ne lui permet pas de rembourser sa dette.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 aout 2024, la caisse d'allocations familiales du Rhône conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La présidente du tribunal a désigné M. Reymond-Kellal, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relatifs aux prestations, allocations ou droits attribués au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Vu la contrainte attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Après avoir constaté l'absence des parties ou de leurs représentants à l'appel de l'affaire et présenté son rapport au cours de l'audience publique, le rapporteur public ayant été dispensé de prononcer ses conclusions sur sa proposition.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est bénéficiaire de la prime d'activité auprès de la caisse d'allocations familiales du Rhône depuis le mois de mai 2016. A la suite d'un contrôle de situation réalisé en janvier 2021, au cours duquel l'intéressé a signalé un changement de sa situation familiale, la caisse d'allocations familiales du Rhône a mis à sa charge un indu de prime d'activité d'un montant de 1 725,31 euros constitué sur la période du 1er août 2019 au 31 décembre 2020. Par une décision du 26 août 2021, la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales du Rhône a rejeté son recours et confirmé l'indu litigieux mis à sa charge. Par jugement n° 2107554 rendu le 10 mars 2023, son recours à l'encontre de cette décision a été rejeté. Il a ensuite fait l'objet d'une contrainte émise le 13 juillet 2023 pour le recouvrement de cette dette contre laquelle il forme opposition par la présente requête.

2. Il résulte des dispositions des articles L. 845-2 et R. 133-3 du code de la sécurité sociale que le débiteur peut, lorsqu'il forme opposition à une contrainte délivrée en vue de l'exécution d'une décision ordonnant le reversement d'un indu de prime d'activité, contester devant le juge administratif le bien-fondé de cet indu s'il a exercé préalablement le recours administratif dans les conditions prévues par ces dispositions.

3. Aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre ". Aux termes de l'article L. 842-3 du même code : " La prime d'activité est égale à la différence entre : / 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer () ; / 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1° () ". Aux termes de l'article L. 842-4 du même code : " Les ressources () prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont : 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; 2° Les revenus de remplacement des revenus professionnels ; 3° L'avantage en nature que constitue la disposition d'un logement à titre gratuit, déterminé de manière forfaitaire ; 4° Les prestations et les aides sociales, à l'exception de certaines d'entre elles en raison de leur finalité sociale particulière ; 5° Les autres revenus soumis à l'impôt sur le revenu ". Aux termes de l'article R. 843-1 du même code : " I - Le montant dû au foyer bénéficiaire de la prime d'activité est égal à la moyenne des primes () pour chacun des trois mois précédant l'examen ou le réexamen périodique du droit. / II. - Pour chacun des trois mois mentionnés au I, la composition du foyer et la situation d'isolement mentionnée à l'article retenues pour la détermination du montant forfaitaire sont celles du foyer au dernier jour du mois considéré, sous réserve des dispositions des 1° et 2° ci-dessous : () 2° Le () partenaire lié par un pacte civil de solidarité du bénéficiaire lors du dépôt de la demande ou lors du réexamen périodique est réputé avoir appartenu au foyer tout au long des trois mois précédents ". Enfin, aux termes de l'article R. 846-5 du même code : " Le bénéficiaire de la prime d'activité est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

4. Il résulte de l'instruction que, dans le cadre du contrôle de situation dont il a fait l'objet en janvier 2021, M. A a déclaré spontanément avoir conclu un pacte civil de solidarité au mois de juillet 2019. Malgré les demandes répétées de la caisse d'allocations familiales du Rhône, il s'est cependant abstenu de transmettre le montant des ressources trimestrielles de sa compagne, de sorte que la caisse d'allocations familiales lui a demandé de reverser la totalité de la prime d'activité versée au titre de la période du mois d'août 2019 à décembre 2020. S'il soutient avoir communiqué les ressources de sa compagne et se prévaut de ce qu'il vivait seul, sa partenaire de Pacs vivant chez ses parents et ne participant pas au paiement des charges courantes, il n'en résulte pas pour autant que les ressources de celle-ci, qui est réputée appartenir au foyer et entretenir une communauté matérielle et affective avec M. A, ne devaient pas être prise en compte pour le calcul de ses droits à la prime d'activité.

5. Par ailleurs, si M. A soutient que l'indu litigieux est antérieur à la date de conclusion du partenariat en juillet 2019, il résulte de l'instruction que l'indu mis à sa charge correspond à la période du mois d'août 2019 à décembre 2020.

6. Enfin, le moyen tiré de l'existence d'une situation de précarité et de la bonne foi de M. A ne peut être utilement soulevé dès lors qu'il est sans incidence sur le principe, la quotité et l'exigibilité de la créance de la caisse d'allocations familiales qui sont seuls susceptible d'être contestés dans le cadre d'une opposition à contrainte.

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la caisse d'allocations familiales du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

R. Reymond-KellalLa greffière,

F. de Biasi

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,