Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2306923

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2306923
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJU Chambre Sociale

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. Moulin contestant un titre exécutoire émis par le département de la Loire pour recouvrer un indu de revenu de solidarité active (RSA) de 3 672,88 euros. Le juge a estimé que le recours formé par M. Moulin devant la juridiction judiciaire, bien qu'initialement suspensif, avait perdu cet effet après la radiation de l'affaire par la cour d'appel, cette radiation étant une mesure d'administration judiciaire qui ne maintient pas la suspension. En conséquence, la créance était devenue certaine et exigible, et le titre exécutoire a été jugé légal. La décision s'appuie notamment sur les articles L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles et 381, 383 et 386 du code de procédure civile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 14 août 2023, le 2 septembre 2023, le 20 mars 2024 et le 3 septembre 2024, M. Moulin demande au tribunal d'annuler le titre exécutoire n° 4908 émis le 19 juin 2023 par le conseil départemental de la Loire pour un montant de 3 672,88 euros en vue du recouvrement d'un indu de revenu de solidarité active constitué pour la période de septembre 2015 à février 2018.

Il soutient que :

- les règles de forme ne sont pas respectées ;

- les voies et délais de recours ne sont pas indiqués de manière suffisamment claire ;

- compte tenu du contentieux en cours devant la juridiction judiciaire qui a un caractère suspensif, la créance dont le recouvrement est poursuivi n'est pas certaine et exigible ;

- à défaut de production du bordereau de titre de recettes signé, le titre est illégal ;

- la radiation de son affaire du rôle de la Cour d'appel, qui est une mesure d'administration judiciaire, est sans incidence sur le caractère suspensif de son recours qui a ouvert une instance non périmée.

Par des mémoires enregistrés le 1er mars et le 24 juin 2024, le département de la Loire conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens ne sont pas fondés.

La présidente du tribunal a désigné M. Reymond-Kellal, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relatifs aux prestations, allocations ou droits attribués au titre de l'aide ou de l'action sociale en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les caisses d'allocations familiales de la Drôme et de la Loire ont produit des observations les 27 et 28 août 2024.

Vu le titre attaqué et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles,

- le code général des collectivités territoriales,

- le code de procédure civile,

- le code de la sécurité sociale,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu les observations de M. Moulin, le président du conseil départemental de la Loire n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par décision du 4 avril 2018, la caisse d'allocations familiales de la Drôme a notifié à M. Moulin, à la suite d'un contrôle de ses ressources ayant révélé l'omission de déclarer les sommes versées sur son compte bancaire, un indu d'un montant total de 6 878,97 euros de revenu de solidarité active et de prime d'activité. Par ordonnance n° 1805788 du 20 décembre 2018, le président du Tribunal administratif de Grenoble a rejeté la requête de M. Moulin comme portée devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaitre. Par jugement du 13 avril 2021, le pôle social du Tribunal judiciaire de Valence a rejeté le recours de M. Moulin pour tardiveté après avoir constaté que celui-ci avait été introduit plus de deux mois après la notification, le 30 avril 2018, de la décision du 4 avril 2018 mentionnant les voies et délais de recours, tout en relevant que la juridiction judiciaire n'était pas compétente pour en connaitre.

2. Par courrier du 21 décembre 2022 faisant suite au déménagement de M. Moulin dans le département de la Loire, il a été informé par la caisse d'allocations familiales qu'il restait redevable d'une somme de 4 417,62 euros au titre d'un indu de revenu de solidarité active justifiant une retenue mensuelle sur ses prestations. Par courrier du 31 mai 2023, la même caisse l'a informé d'une dette de 3 672,88 euros restant à rembourser compte tenu des retenues effectuées et de la transmission de celle-ci au département de la Loire. Le 19 juin 2023, le président du département de la Loire a émis un titre exécutoire d'un montant de 3 672,88 euros pour le recouvrement de cette somme, à l'encontre duquel M. Moulin forme opposition à exécution par le présent recours.

3. D'une part, aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " (). / Toute réclamation dirigée contre une décision de récupération de l'indu, le dépôt d'une demande de remise ou de réduction de créance ainsi que les recours administratifs et contentieux, y compris en appel, contre les décisions prises sur ces réclamations et demandes ont un caractère suspensif. () / Après la mise en œuvre de la procédure de recouvrement sur prestations à échoir, l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active transmet () les créances du département au président du conseil départemental. La liste des indus fait apparaître le nom de l'allocataire, l'objet de la prestation, le montant initial de l'indu, le solde restant à recouvrer, ainsi que le motif du caractère indu du paiement. Le président du conseil départemental constate la créance du département et transmet au payeur départemental le titre de recettes correspondant pour le recouvrement. () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article 381 du code de procédure civile : " La radiation sanctionne dans les conditions de la loi le défaut de diligence des parties. / Elle emporte suppression de l'affaire du rang des affaires en cours. () ". Aux termes de l'article 383 du même code : " La radiation et le retrait du rôle sont des mesures d'administration judiciaire. / A moins que la péremption de l'instance ne soit acquise, l'affaire est rétablie, en cas de radiation, sur justification de l'accomplissement des diligences dont le défaut avait entraîné celle-ci ou, en cas de retrait du rôle, à la demande de l'une des parties ". Aux termes de l'article 386 du même code : " L'instance est périmée lorsqu'aucune des parties n'accomplit de diligences pendant deux ans ". Aux termes de son article 389 : " La péremption n'éteint pas l'action ; elle emporte seulement extinction de l'instance sans qu'on puisse jamais opposer aucun des actes de la procédure périmée ou s'en prévaloir ".

5. Il résulte de l'instruction que si, à la date à laquelle le titre exécutoire en litige a été émis, l'appel de M. Moulin à l'encontre du jugement ayant rejeté sa requête contre l'indu de revenu de solidarité active, enregistré au greffe de la Cour d'appel de Grenoble le 24 août 2021, avait été radiée du rôle le 5 août 2022 par ordonnance du magistrat chargé de la mise en état en raison du défaut de production des conclusions du requérant, l'affaire a été rétablie le 25 juillet 2024 à la suite de la demande de réinscription formulée par son conseil. L'effet suspensif s'attachant à l'existence de cette instance juridictionnelle qui n'est pas périmée fait dorénavant obstacle, en vertu de l'article L. 262-44 du code précité, au caractère exigible de la créance revendiquée par le département de la Loire. Par suite, M. Moulin est fondé à demander l'annulation du titre en litige, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens.

D E C I D E :

Article 1er : Le titre exécutoire n° 4908 émis le 19 juin 2023 par le conseil départemental de la Loire pour un montant de 3 672,88 euros en vue du recouvrement d'un indu de revenu de solidarité active constitué pour la période de septembre 2015 à février 2018 est annulé.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A Moulin et au département de la Loire.

Copie en sera adressée aux caisses d'allocations familiales de la Loire et de la Drôme.

Rendu public par mise à disposition le 3 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

R. Reymond-Kellal

La greffière,

F. de Biasi

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,