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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2307762

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2307762

mardi 23 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2307762
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJU 5ème chambre
Avocat requérantSCP COUDERC ZOUINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 septembre 2023 et le 21 juin 2024, Mme A B, représentée par la SCP Couderc-Zouine (Me Couderc), demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales du Rhône a refusé de lui accorder le bénéfice de la prime d'activité ;

2°) d'enjoindre à la directrice de la caisse d'allocations familiales du Rhône :

- à titre principal, de lui accorder le bénéfice de cette prestation avec effet rétroactif à compter du 4 novembre 2022 ;

- à titre subsidiaire, d'enjoindre à la directrice de la caisse d'allocations familiales du Rhône de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Rhône le versement d'une somme de 1 500 euros, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- elle remplit les conditions nécessaires à l'octroi de la prime d'activité ;

- la caisse d'allocations familiales du Rhône a commis une erreur manifeste d'appréciation en lui refusant l'ouverture de ses droits en raison d'un doute sur son identité ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2024, la caisse d'allocations familiales du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Vaccaro-Planchet, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Vaccaro-Planchet, présidente ;

- et les observations de Me Lulé, représentant Mme B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a sollicité le bénéfice de la prime d'activité. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par la directrice de la caisse d'allocations familiales du Rhône sur son recours administratif préalable obligatoire du 10 mai 2023 dirigé contre la décision implicite rejetant sa demande. Mme B demande l'annulation de cette dernière décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre ". Aux termes de l'article L. 842-2 du même code : " Le droit à la prime d'activité est subordonné au respect, par le bénéficiaire, des conditions suivantes : 1° Etre âgé de plus de dix-huit ans ; 2° Etre français ou titulaire depuis au moins cinq ans d'un titre de séjour autorisant à travailler. Cette condition n'est pas applicable : a) Aux ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse ; b) Aux réfugiés, aux bénéficiaires de la protection subsidiaire, aux apatrides et aux étrangers titulaires de la carte de résident ou d'un titre de séjour prévu par les traités et accords internationaux et conférant des droits équivalents ; c) Aux personnes ayant droit à la majoration prévue à l'article L. 842-7, qui doivent remplir les conditions de régularité du séjour mentionnées à l'article L. 512-2 ; 3° Ne pas être élève, étudiant, stagiaire, au sens de l'article L. 124-1 du code de l'éducation, ou apprenti, au sens de l'article L. 6211-1 du code du travail. Cette condition n'est pas applicable aux personnes dont les revenus professionnels excèdent mensuellement, pendant la période de référence mentionnée à l'article L. 843-4 du présent code, le plafond de rémunération mentionné au 2° de l'article L. 512-3 ; elle ne l'est pas non plus aux personnes ayant droit à la majoration prévue à l'article L. 842-7 ; 4° Ne pas avoir la qualité de travailleur détaché temporairement en France, au sens de l'article L. 1261-3 du code du travail ; 5° Ne pas être en congé parental d'éducation, sabbatique, sans solde ou en disponibilité. Cette condition n'est pas applicable aux personnes percevant des revenus professionnels ".

3. Il résulte de l'instruction, et notamment des courriers de la préfecture de la Loire produits par Mme B, que la demande de passeport qu'elle a présentée le 21 mai 2021 avait laissé apparaître une suspicion d'usurpation de son identité. Toutefois, l'enquête diligentée par les services de la préfecture de la Loire a conclu qu'elle était la titulaire réelle de son identité et qu'un tiers a obtenu frauduleusement un titre d'identité sous son nom, et la préfète de la Loire a donné une suite favorable à sa demande de passeport. Cette circonstance n'est pas contestée en défense par la caisse d'allocations familiales du Rhône, qui ne conteste pas davantage que Mme B satisfait aux conditions énoncées par les dispositions citées au point précédent. Les seules circonstances que la requérante n'ait pas indiqué spontanément les dates de naissance de ses parents et n'ait pas porté plainte pour usurpation d'identité ne sauraient suffire à remettre en cause la position de la préfecture de la Loire sur son identité. Par suite, Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales du Rhône a rejeté son recours présenté le 10 mai 2023.

4. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

5. Dans la mesure où le tribunal ne dispose pas des éléments nécessaires à la détermination de droits de Mme B, elle est renvoyée devant le département du Rhône. Par suite, la caisse d'allocations familiales du Rhône devra déterminer le montant des droits de Mme B à la prime d'activité à compter du 1er mars 2023. La caisse d'allocations familiales du Rhône informera Mme B du montant de ses droits dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu en revanche d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761 du code de justice administrative et 37 de la loi du 11 juillet 1991 :

6. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 400 euros au titre de ces dispositions, sous réserve que Me Couderc renonce à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de rejet du recours administratif formé par Mme B contre la décision de la caisse d'allocations familiales du Rhône lui refusant le bénéfice de la prime d'activité est annulée.

Article 2 : Mme B est renvoyée devant la caisse d'allocations familiales du Rhône pour qu'il soit procédé, au calcul de ses droits à la prime d'activité. La caisse d'allocations familiales du Rhône informera Mme B sur le montant de ses droits dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La caisse d'allocations familiales du Rhône versera à Me Couderc la somme de 1 400 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la caisse d'allocations familiales du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juillet 2024.

La magistrate désignée,

V. Vaccaro-PlanchetLa greffière,

C. Touja

La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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