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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2308282

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2308282

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2308282
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantRAFFIN ROCHE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 29 septembre 2023, le 26 décembre 2023, le 29 août 2024 et le 10 octobre 2024, Mme B C, représentée par Me Roche, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 21 600 euros en raison de sa carence fautive à lui proposer un logement adapté à ses besoins ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- son recours est recevable ;

- reconnue prioritaire par décision du 28 juin 2022, et bénéficiant d'une injonction de relogement avant le 20 avril 2023, elle n'a bénéficié d'un nouveau logement adapté qu'à compter du 24 mai 2024 ;

- son maintien dans son précédent logement qui n'était pas situé dans l'une des zones de son choix, occasionnant divers désagréments avec le voisinage, des frais de transport, un éloignement de ses parents âgés et retardant son retour à l'emploi, lui a causé des troubles dans ses conditions d'existence pendant une période de 18 mois.

Par un mémoire enregistré le 30 septembre 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Mme C bénéficie de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 novembre 2024.

La présidente du tribunal a désigné M. Reymond-Kellal, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relatifs aux prestations, allocations ou droits attribués au titre du logement, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Vu l'accusé réception de la demande préalable et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu les observations de Me Roche pour la requérante et de Mme A pour la préfète du Rhône.

Considérant ce qui suit :

1. Par décision du 28 juin 2022, la commission de médiation du droit au logement opposable du Rhône a déclaré Mme C comme étant prioritaire et devant être relogée d'urgence dans un logement de type 1-2 adapté à ses besoins et ses capacités, en raison d'un délai d'attente supérieur à celui fixé par la réglementation. En l'absence de proposition de relogement, elle a sollicité l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis par une demande préalable reçue le 26 juillet 2023. Le 8 juillet 2024, elle a bénéficié d'un logement social dans le 6ème arrondissement de Lyon.

Sur l'indemnisation :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière (), n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement. Dans le cas où le demandeur a été reconnu prioritaire au seul motif que sa demande de logement social n'avait pas reçu de réponse dans le délai réglementaire, son maintien dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard notamment de ses capacités financières et de ses besoins.

4. Il résulte de l'instruction que Mme C occupait un logement social à Rillieux-la-Pape avant de bénéficier d'un relogement dans le 6ème arrondissement de Lyon en exécution d'une décision de la commission de médiation la déclarant prioritaire au seul motif que sa demande n'avait pas reçu de réponse dans le délai réglementaire. La situation géographique de son précédent logement et les pièces produites ne permettent pas d'établir qu'il était inadapté à ses besoins et sa situation personnelle. Dès lors, son maintien dans ce logement durant 18 mois en raison d'une carence à exécuter la décision de la commission ne peut être regardé comme étant la cause directe et certaine des troubles dans ses conditions d'existence qu'elle allègue avoir subis.

5. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander la condamnation de l'Etat à lui verser cette somme. Par suite, ses conclusions en ce sens doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par le conseil de Mme C.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine.

Copie en sera adressée à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

R. Reymond-Kellal

La greffière,

T. Zaabouri

La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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