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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2308412

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2308412

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2308412
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJU Chambre Sociale
Avocat requérantLOIA AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 octobre 2023, Mme B, représentée par Me Davy, forme opposition à la contrainte émise le 18 septembre 2023 par Pôle emploi devenue France travail pour le recouvrement de la somme de 6 204,74 euros au titre d'un indu d'allocation de solidarité spécifique pour la période du 1er juillet 2021 au 30 juin 2022, et doit être regardée comme demandant également au Tribunal d'annuler la décision du 20 juillet 2023 par laquelle le directeur a rejeté son recours et refusé une remise gracieuse de sa dette.

Elle soutient que :

- n'ayant pas exercé d'activité professionnelle en juillet, août et septembre 2021, il ne pouvait lui être réclamé d'indu pour cette période de 3 mois et la suivante, compte tenu du délai de carence ;

- si elle est redevable d'un indu compte tenu de son activité professionnelle en janvier, février et mars 2022, elle était dans une situation qui l'obligeait à l'exercer afin de faire face à ses charges ;

- sa situation de précarité et sa bonne foi justifie qu'une remise lui soit accordée.

Par un mémoire enregistré le 27 mars 2024, France travail Auvergne Rhône-Alpes conclut au rejet de la requête en faisant valoir que la requête ne contient " aucun argument de fond ou de forme " et que les moyens ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 11 janvier 2024.

Par courrier du 27 juillet 2024, Me Davy, conseil désignée au titre de l'aide juridictionnelle, a été mise en demeure de produire un mémoire dans le délai de 15 jours sous peine d'informer la requérante de cette carence afin de la mettre en mesure, le cas échéant, de choisir un autre mandataire.

Par un mémoire enregistré le 9 septembre 2024, Mme B, représentée par Me Davy, doit être regardée comme concluant aux mêmes fins que la requête, et en demande, en outre, que :

1°) France Travail soit condamné à lui verser la somme de 1 521,90 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison des fautes commises ;

2°) la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de cet opérateur au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient, en outre, que :

- la mise en demeure est irrégulière faute d'indiquer les motifs des sommes réclamées ;

- le bien-fondé de l'indu n'est pas établi ;

- l'illégalité de la contrainte et le défaut d'information constituent des fautes qui engagent la responsabilité de France travail ;

- ces fautes lui ont occasionné un préjudice moral.

Par un courrier du 10 septembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public, relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires en l'absence de liaison préalable du contentieux.

La présidente du tribunal a désigné M. Reymond-Kellal, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relatifs aux prestations, allocations ou droits attribués en faveur des travailleurs privés d'emploi, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code du travail,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu les conclusions de M. Bertolo, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, inscrite sur la liste des demandeurs d'emploi depuis le 16 janvier 2015, a bénéficié d'un renouvellement de l'allocation de solidarité spécifique à compter du 1er juillet 2021, renouvelée ensuite pour des périodes de 182 jours jusqu'au 30 juin 2022. En raison de la prise en compte d'activités professionnelles déclarées ultérieurement, Pôle emploi a estimé que l'intéressée, durant la période allant de juillet 2021 à juin 2022, n'avait plus droit à l'allocation de solidarité spécifique. Par courrier du 14 avril 2023, Mme B a été informée, en conséquence, qu'elle était redevable d'un indu d'allocation de solidarité spécifique pour un montant de 6 199,45 euros. Par courrier du 20 juillet 2023, le directeur de l'agence d'Oullins a " refusé sa demande d'effacement de dette ". Le 24 juillet 2023, elle a saisi le médiateur régional. Le 9 août 2023, Mme B a été mise en demeure de régler la somme de 6 199,45 euros. En l'absence de paiement dans les délais requis, une contrainte a été émise le 18 septembre 2023 par Pôle emploi devenu France Travail pour le recouvrement de cette somme, notifiée le 29 septembre 2023, à l'encontre de laquelle Mme B forme opposition par le présent recours qui doit également être regardé comme demandant l'annulation de la décision du 20 juillet 2023 rejetant son recours et lui refusant une remise gracieuse, à laquelle s'est substituée en cours d'instance une décision du 19 juillet 2024 accordant une réduction de la dette d'un montant de 3 099,72 euros, laissant à sa charge la somme de 3 105,02 euros.

Sur la contrainte :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir :

2. Il ressort des écritures de Mme B qu'elle soulève un moyen tiré du caractère infondé de l'indu dont le recouvrement est poursuivi par la contrainte en litige, au motif qu'elle n'a pas exercé d'activité professionnelle durant la période de juillet, août et septembre 2021. Elle soulève, en outre, un moyen tiré de sa situation de précarité et de sa bonne foi qui justifie de lui octroyer une remise de la dette qu'elle estime due uniquement pour la période de janvier, février et mars 2022. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense n'est pas fondée.

En ce qui concerne le fond :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 5426-8-2 du code du travail, dans sa version applicable : " Pour le remboursement des allocations () versées par Pôle emploi le directeur général de Pôle emploi ou la personne qu'il désigne en son sein peut, dans les délais et selon les conditions fixés par voie réglementaire, et après mise en demeure, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère le bénéfice de l'hypothèque judiciaire ". Aux termes de l'article R. 5426-19 du même code : " Le débiteur qui conteste le caractère indu des prestations () qui lui sont réclamées forme un recours gracieux préalable devant le directeur général de Pôle emploi dans un délai de deux mois à compter de la date de notification de l'indu par Pôle emploi. () ". Aux termes de l'article R. 5426-20 du même code : " La contrainte () est délivrée après que le débiteur a été mis en demeure de rembourser l'allocation () indue () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article R. 5425-2 du code du travail : " Lorsque le bénéficiaire de l'allocation de solidarité spécifique reprend une activité professionnelle salariée (), la rémunération tirée de l'exercice de cette activité est intégralement cumulée avec le versement de l'allocation de solidarité spécifique pendant une période de trois mois, consécutifs ou non, dans la limite des droits aux allocations restants. / Tout mois civil au cours duquel une activité même occasionnelle ou réduite a été exercée est pris en compte pour le calcul de cette période ". Aux termes de l'article R. 5425-6 du même code : " Lorsque le bénéficiaire de l'allocation de solidarité spécifique interrompt son activité professionnelle pendant une durée minimale de trois mois, il peut bénéficier à nouveau et dans leur intégralité des dispositions de la présente sous-section ".

5. En se bornant à produire les déclarations de ressources de Mme B pour la période de juillet, août et septembre 2021 qui indiquent qu'elle n'a pas exercé une activité salariée, ainsi qu'un courrier daté du 7 juin 2021 l'informant qu'elle ne peut cumuler l'allocation de solidarité spécifique plus de 3 mois avec l'activité exercée dont la nature et la durée n'est pas indiquée, France Travail, qui ne fait valoir aucun autre motif de droit au soutien du bien-fondé de l'indu, ne conteste pas sérieusement que le calcul de l'indu en litige procède d'une erreur en ayant pris en compte cette période comme une situation de cumul alors qu'elle n'exerçait pas d'activité de surveillante d'examen lui ayant procuré des revenus. Il en résulte qu'il n'est pas établi que Mme B a perçu indument l'allocation de solidarité spécifique durant celle-ci, en raison du cumul avec une activité professionnelle salariée depuis plus de 3 mois, et, par voie de conséquence, durant la période suivant allant du 1er octobre au 31 décembre 2021 durant laquelle, exerçant une telle activité, elle pouvait cumuler les revenus avec l'allocation précitée dans les conditions réglementaires indiquées. Par suite, la requérante est fondée à demander l'annulation de la décision du 20 juillet 2023 rejetant son recours contre l'indu qui lui a été notifié d'une part, et de la contrainte émise le 18 septembre 2023 pour le recouvrement de la somme de 6 204,74 euros d'autre part, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens.

Sur la remise :

6. Aux termes de l'article L. 5426-8-3 du code du travail : " Pôle emploi est autorisé à différer ou à abandonner la mise en recouvrement des allocations, aides, ainsi que de toute autre prestation indûment versées pour son propre compte, pour le compte de l'État ou des employeurs mentionnés à l'article L. 5424-1 ". Pour l'application de ces dispositions, il y a lieu de rechercher si la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction de dette.

7. Il résulte des propres écritures de Mme B qu'elle a exercé une activité professionnelle salariée en continue d'octobre 2021 à juin 2022. Elle ne pouvait, dès lors, cumuler l'allocation de solidarité spécifique avec les revenus procurés par cette activité durant la période allant de janvier à juin 2022, soit un indu d'un montant total de 3 088,01 euros. Compte tenu des pièces produites, Mme B, dont la bonne foi n'est pas remise en cause puisque France Travail lui a accordé une réduction gracieuse de sa dette en cours d'instance, est dans une situation de précarité qui justifie que lui soit accordée une réduction supplémentaire à hauteur de 75 % soit la somme de 2 316, 01 euros, en laissant à sa charge la somme de 772 euros.

Sur les conclusions indemnitaires :

8. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " () Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ". Il ne résulte pas de l'instruction qu'une décision ayant rejeté implicitement ou explicitement une demande indemnitaire préalable de Mme B soit née avant l'intervention du présent jugement. Par suite, les conclusions indemnitaires sont irrecevables.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de France Travail Auvergne Rhône-Alpes la somme que demande le conseil de Mme B en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

D E C I D E :

Article 1er : La contrainte du 18 septembre 2023 émise par le directeur régional de Pôle emploi pour le recouvrement d'un indu d'allocation de solidarité spécifique d'un montant de 6 199,45 euros la période allant de juillet 2021 à juin 2022, ensemble la décision du 20 juillet 2023 rejetant son recours et celle 19 juillet 2024 en tant qu'elle limite la réduction de la dette à la somme de 3 099,72 euros, sont annulées.

Article 2 : Il est accordé à Mme B une réduction de sa dette d'allocation de solidarité spécifique pour un montant de 2 316,01 euros, laissant à sa charge la somme de 772 euros.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié Mme B et à France travail Auvergne Rhône-Alpes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

R. Reymond-Kellal

La greffière,

A. Farlot

La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

N°230841

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