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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2308522

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2308522

jeudi 30 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2308522
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJU Chambre Sociale
Avocat requérantMOUTOUSSAMY

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I) Par une requête enregistrée le 10 octobre 2023 sous le n° 2308522, M. A B, représenté par Me Moutoussamy, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental de l'Ain a confirmé, sur recours administratif préalable obligatoire, la récupération d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 11 795,70 euros et la fin de ses droits au revenu de solidarité active ;

2°) d'annuler la décision du 5 décembre 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Ain a ordonné la récupération d'indus de prime exceptionnelle de fin d'année 2020 et 2021 d'un montant total de 304,90 euros, ensemble la décision rejetant son recours gracieux ;

3°) de la décharger de l'obligation de payer ces sommes ;

4°) d'enjoindre aux autorités compétentes de lui restituer les montants recouvrés et le rétablir dans ses droits au revenu de solidarité active dans un délai de deux mois ;

5°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de l'Ain et du département de l'Ain une somme de 1 300 en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- " le principe du contradictoire a été méconnu au stade du recours administratif préalable obligatoire " ;

- s'agissant des primes exceptionnelles de fin d'année : la décision n'est pas signée, ni suffisamment motivée, ni n'a été précédée d'une décision mettant fin à ses droits en matière de revenu de solidarité active ;

- s'agissant de l'indu de revenu de solidarité active : la commission de recours amiable n'a pas été consultée ; la décision est insuffisamment motivée ; elle méconnait l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale ; l'agent en charge du contrôle n'avait pas d'agrément et n'était pas assermenté ; l'indu n'est pas fondé ; la mention générique de " prestations familiales " alors qu'il s'agissait de revenu de solidarité active est irrégulière ;

- s'agissant de la fin de ses droits au revenu de solidarité active : il s'agit d'une sanction non prévue par la loi ou un règlement, qui n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire ; le motif retenu n'est pas de nature à justifier la fin de ses droits.

Par un mémoire enregistré le 22 mars 2024, le département de l'Ain conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'elle est tardive, subsidiairement que les moyens ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 24 juillet 2024, la caisse d'allocations familiales de l'Ain conclut au rejet de la requête en faisant valoir que le moyen tiré d'un défaut de signature est inopérant et que les autres ne sont pas fondés.

Le mémoire enregistré le 15 janvier 2025, présenté pour M. B, n'a pas été communiqué en l'absence d'éléments nouveaux.

M. B bénéficie de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 août 2023 qui désigne Me Moutoussamy pour l'assister dans cette procédure.

II) Par une requête enregistrée le 21 novembre 2023 sous le n° 2309978, M. A B, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 décembre 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Ain a ordonné la récupération d'indus de prime exceptionnelle de fin d'année 2020 et 2021 d'un montant total de 304,90 euros ;

2°) de le décharger de l'obligation de payer cette somme ;

3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de l'Ain une somme de 2 000 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision n'est pas signée ;

- l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles a été méconnu ;

- la décision n'est pas motivée ;

- les droits de la défense ont été méconnus ;

- les sommes sur son compte relèvent de la solidarité familiale ;

- la caisse a manqué à son devoir d'information ;

- il ne savait pas qu'il fallait déclarer ses gains aux jeux ;

- subsidiairement, sa situation justifie l'octroi d'une remise.

Par un mémoire enregistré le 24 juillet 2024, la caisse d'allocations familiales de l'Ain conclut au rejet de la requête en faisant valoir que le moyen tiré d'un défaut de signature est inopérant et que les autres ne sont pas fondés.

M. B bénéficie de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 septembre 2023 qui désigne Me Desfarges pour l'assister dans cette procédure.

La présidente du tribunal a désigné M. Reymond-Kellal, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relatifs aux prestations, allocations ou droits attribués au titre de l'aide ou de l'action sociale en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces des dossiers ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1746 du 29 décembre 2020 ;

- le décret n° 2021-1657 du 15 décembre 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir constaté l'absence des parties et de leurs représentants à l'appel de l'affaire et présenté son rapport au cours de l'audience publique, le rapporteur public ayant été dispensé de prononcer ses conclusions sur sa proposition.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées, présentées pour M. B, sont relatives à la situation d'une même allocataire et sont dirigées pour partie contre la même décision. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur le revenu de solidarité active :

En ce qui concerne l'indu :

2. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. B disposait, compte tenu en particulier des informations délivrées lors des entretiens en guichet des 6 septembre et 18 octobre 2022 ainsi que du courriel daté du 21 septembre 2022 et du courrier explicatif du 9 décembre 2022, de l'ensemble des éléments retenus par l'autorité administrative pour remettre en cause les versements de revenus de solidarité active effectués depuis le mois décembre 2020. Il a ainsi été mis en mesure, comme il l'a d'ailleurs fait à plusieurs reprises, de contester utilement, à l'occasion de son recours administratif préalable obligatoire, la décision du 5 décembre 2022 mettant initialement à sa charge un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 11 795,70 euros qu'il n'ignorait pas. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire n'est pas fondé en tout état de cause.

3. En deuxième lieu, la consultation préalable de la commission de recours amiable en matière de contestations relatives au revenu de solidarité active est prescrite par les dispositions de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles sauf lorsque la convention de gestion conclue entre la caisse d'allocations familiales et le département en dispose autrement, en application de l'article R. 262-89 précité du même code. En l'espèce, en vertu de la convention de gestion du revenu de solidarité active conclue le 21 décembre 2020 entre le département de l'Ain et la caisse d'allocations familiales de l'Ain, l'examen des recours préalables obligatoires portant sur des indus de revenu de solidarité active n'est pas délégué à la caisse d'allocations familiales. Il est ainsi dispensé d'un avis de la commission de recours amiable.

4. En troisième lieu, il n'est ni établi, ni même allégué, que M. B a sollicité, en application de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, la communication des motifs de la décision implicite rejetant son recours administratif préalable obligatoire, réceptionné le 26 juin 2023, laquelle s'est substituée à la décision initiale du 5 décembre 2022. Le moyen tiré d'un défaut de motivation est, dès lors, inopérant.

5. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction que l'agent en charge du contrôle a prêté serment le 17 septembre 2009 et il été agréé par décision du 26 octobre 2009.

6. En cinquième lieu, par courriel du 21 septembre 2022 mentionnant en objet " procédure contradictoire " qu'il ne conteste pas avoir reçu, M. B a été précisément informé de la teneur et de l'origine des informations obtenues auprès des tiers, en particulier ses établissements bancaires, qui étaient susceptibles de fonder le recouvrement de sommes considérées comme ayant été indument perçues, dans le respect des garanties prévues par l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. () ". Aux termes de l'article L.262-3 du même code : " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. () ".

8. Il résulte de l'instruction, en particulier le rapport de l'agent en charge du contrôle, que l'indu de revenu solidarité active mis à la charge de M. B est lié à la réintégration dans ses ressources de l'ensemble des sommes qu'il a perçues mensuellement sur son compte bancaire durant la période allant d'août 2020 à juillet 2022. Ces sommes sont constituées de dépôts d'espèces d'un montant allant de 180 euros à 1 900 euros ainsi que de virements d'établissements de paris sportifs en ligne ou de " crypto-monnaie " allant de 200 euros à 1850 euros. L'ensemble de ces sommes représentent presque 28 000 euros soit une moyenne mensuelle d'un peu plus de 1 300 euros. En se bornant à soutenir que " le bien fondé de l'indu est contesté car le motif invoqué n'est pas de nature à justifier un indu compte tenu du manque total de précision de la notification de dette ou du rejet du recours administratif préalable obligatoire ", le requérant ne conteste pas utilement, ni même sérieusement en tout état de cause, que ses ressources personnelles excédaient le montant de celles lui ouvrant droit au versement du revenu de solidarité active pendant la période en cause. Le département de l'Ain pouvait, dès lors, légalement procéder à la récupération de l'indu résultant de la réintégration de ces sommes à ses ressources, ce dernier n'étant aucunement lié à un défaut d'information de la part de l'autorité administrative. Par ailleurs, la circonstance que la notification initiale du 5 décembre 2022 a mentionné globalement l'existence d'indues de " prestations familiales " est sans incidence sur la régularité de la décision en litige.

9. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental de l'Ain a confirmé, sur recours administratif préalable obligatoire, la récupération d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 11 795,70 euros. Ses conclusions en ce sens, ainsi que celles accessoires, doivent donc être rejetées sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense.

En ce qui concerne la fin des droits :

10. D'une part, aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. () ".

11. D'autre part, il résulte de la combinaison des articles R. 421-1 et R. 421-5 du code de justice administrative que le destinataire d'une décision administrative individuelle dispose, pour déférer cette décision devant la juridiction administrative, d'un délai de deux mois à compter de sa notification qui n'est opposable qu'à la condition que les délais et les voies de recours aient été indiqués dans cette notification.

12. Il résulte de l'instruction que le courrier comportant la décision du 21 février 2023 par laquelle le président du conseil départemental de l'Ain a, sur recours administratif préalable obligatoire, confirmé la fin des droits de M. B au revenu de solidarité active, qui comportait la mention des voies et délais de recours, a été distribué au domicile du requérant le 27 février 2023. Dès lors que les conclusions de la requête de M. B dirigées contre cette décision ont été introduites après l'expiration du délai de recours, lequel n'a pu être prorogé par la demande d'aide juridictionnelle présentée le 9 juin 2023, le département de l'Ain est fondé à soutenir qu'elles sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant au rétablissement de ce revenu.

Sur les primes exceptionnelles de fin d'année :

13. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. () ".

14. La décision du 5 décembre 2022 ne comporte pas l'indication des nom, prénom et qualité, et signature de son auteur mais se borne à indiquer qu'elle émane de " Votre caisse d'Allocations familiales ". Contrairement à ce que soutient la caisse en défense, les dispositions précitées ont pour objet comme pour effet de soumettre la légalité des actes administratifs édictés par cet organisme à l'identification sans ambiguïté de l'auteur de ses décisions par une indication suffisante des mentions qu'elles prescrivent. Leur absence en l'espèce, qui ne permet pas d'établir sans ambigüité quel est le véritable auteur de la décision attaquée, l'entache d'illégalité. Par suite, le requérant est fondé à en demander l'annulation, ensemble la décision rejetant implicitement le recours gracieux, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens.

15. Eu égard au motif d'annulation ci-dessus retenu et compte tenu de la possibilité pour l'administration de régulariser la situation, celle-ci n'implique pas que M. B soit déchargé de l'obligation de payer la somme en litige. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que des sommes auraient été recouvrées en exécution de la décision annulée. Par suite, ses conclusions tendant à la décharge et à la restitution doivent être rejetées.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

16. Le département de l'Ain n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à sa charge la somme demandée par le conseil de M. B. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de l'Ain la somme demandée en application des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 5 décembre 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Ain a ordonné la récupération d'indus de prime exceptionnelle de fin d'année 2020 et 2021 d'un montant total de 304,90 euros, ensemble la décision rejetant le recours gracieux de M. B, sont annulées.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B, au département de l'Ain et à la caisse d'allocations familiales de l'Ain.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2025.

Le magistrat désigné,

R. Reymond-Kellal

La greffière,

A. Farlot

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

N°s 2308522-2309978

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