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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2309185

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2309185

jeudi 12 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2309185
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC+
Formation2ème chambre
Avocat requérantDEFAUX

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté le recours en excès de pouvoir visant à annuler un permis de construire délivré par le maire de Saint-Didier-sous-Aubenas. Le tribunal a jugé que le dossier de permis, bien que succinct, était suffisamment complet au regard des articles R. 431-8 à R. 431-10 du code de l'urbanisme et que les autres griefs, notamment concernant le stationnement (article UB12 du PLU) et la sécurité publique, n'étaient pas fondés. La demande d'allocation d'une somme d'argent a également été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés le 27 octobre 2023, le 24 juin 2024 et le 14 novembre 2024, M. A... E..., représenté par la SELARL Fayol et Associés (Me Blanc), demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 27 avril 2023 par lequel le maire de Saint-Didier-sous-Aubenas a délivré à M. D... F... un permis de construire portant sur la réhabilitation d’une dépendance en vue de créer un logement, ainsi que la décision implicite du 7 septembre 2023 rejetant son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge solidaire de la commune de Saint-Didier-sous-Aubenas et de M. F... une somme de 3 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- le dossier de demande de permis de construire est incomplet, ne comportant pas de plan de masse coté, ni de plan de coupe, ni encore d’indications sur les travaux extérieurs ; il ne permet pas non plus suffisamment d’apprécier l’insertion du bâtiment dans son environnement et ne comporte pas d’indication sur le traitement de la place extérieure de stationnement ;
- le dossier de demande de permis de construire comporte des mentions erronées, s’agissant de la surélévation du bâtiment existant, de la dimension de la place de stationnement ou encore du traitement des eaux pluviales ;
- le projet ne prévoit pas assez de places de stationnement en méconnaissance des dispositions de l’article UB12 du règlement du plan local d’urbanisme de la commune ;
- le projet méconnaît les articles R. 111-2 et R. 111-5 du code de l’urbanisme, et les dispositions de l’article UB3 du règlement du plan local d’urbanisme en ce qu’il porte atteinte à la sécurité publique ;
- le projet méconnaît les dispositions de l’article UB10 du règlement du plan local d’urbanisme.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 16 janvier 2024 et le 21 octobre 2024, la commune de Saint-Didier-sous-Aubenas, représentée par Me Defaux, conclut au rejet de la requête, et à ce que soit mis à la charge de M. E... le versement d’une somme de 3 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu’aucun des moyens soulevés n’est fondé.

La requête a été communiquée à M. F..., qui n’a pas produit de mémoire en défense.

Par ordonnance du 1er septembre 2025, la clôture d'instruction a été fixée au 1er octobre 2025.


Vu :
- la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. B...,
- les conclusions de M. Bodin-Hullin, rapporteur public,
- et les observations de Me Breysse, représentant M. E... et de Me Hemery, représentant la commune de Saint-Didier-sous-Aubenas.

M. E... a produit une note en délibéré enregistrée le 3 mars 2026.





Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 27 avril 2023, le maire de Saint-Didier-sous-Aubenas a délivré à M. F... un permis de construire portant sur la réhabilitation d’une dépendance agricole, d’une superficie de 86 m2, en vue d’y créer un logement, sur une parcelle située chemin de Millet. Le 7 juillet 2023, M. E... a formé un recours gracieux à l’encontre de ce permis de construire. M. E... demande l’annulation de l’arrêté du 27 avril 2023 ainsi que de la décision implicite rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fins d’annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l’article R. 431-8 du code de l’urbanisme : « Le projet architectural comprend une notice précisant : (…) / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : (…) / b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; c ) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain (…) ». Aux termes de l’article R. 431-9 du même code : « Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. / Il indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement. (…) ». L’article R. 431-10 de ce code dispose : « Le projet architectural comprend également : / a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse. »
3. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l’ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l’urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n’est susceptible d’entacher d’illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l’appréciation portée par l’autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

4. Il ressort suffisamment des pièces du dossier, et notamment de la comparaison des différents plans ainsi que des indications portées dans la notice et les autres pièces de la demande de permis, que le projet porte sur la réhabilitation d’un bâtiment agricole, pour le transformer en logement, sans modification de son volume, et sans surélévation. Dans ces conditions, et pour regrettable que soit l’erreur matérielle affectant les cotes des plans de la façade sud du projet, qui font apparaître deux hauteurs différentes avant et après travaux, celle-ci n’a pu être de nature à induire en erreur le service instructeur. Par ailleurs, et faute pour le projet de prévoir une modification du volume du bâtiment et du profil du terrain, l’absence de plan de coupe, en l’espèce inutile, n’a pu que rester sans incidence sur l’appréciation de la commune. Pour les mêmes motifs, et alors que le dossier comporte un plan de masse faisant apparaître les dimensions du projet et des plans de façade permettant de mesurer sa hauteur, l’absence de cotation dans ses trois dimensions de ce plan de masse reste également sans incidence sur la suffisance du dossier.

5. Ensuite, le dossier de demande comporte deux documents graphiques présentant le projet ainsi que deux photographies du bâtiment existant et des plans le situant dans son environnement. S’il est vrai que les documents photographiques, pris en plan serré, ne permettent pas d’apprécier l’insertion du projet dans son environnement, il ne ressort pas des pièces du dossier, alors qu’il s’agit d’un bâtiment existant dont le volume et les caractéristiques principales sont conservés, que cette circonstance ait été en l’espèce de nature à fausser l’appréciation du service instructeur. Par ailleurs, le projet ne prévoit pas de traitement particulier de l’extérieur du bâtiment, d’ailleurs exigu.

6. Enfin, si M. E... soutient que le dossier de demande comporte des mentions erronées ou contradictoires, s’agissant du raccordement du projet au réseau d’eaux pluviales, aucune modification n’est apportée sur ce point au bâtiment. En outre, le requérant fait état d’incohérences entre les différents plans et documents, s’agissant de la dimension de l’espace prévu pour le stationnement du véhicule. Toutefois, il ne peut à cet égard se prévaloir des mentions du plan de façade, qui n’ont pas vocation à faire figurer cette place. En outre, en se bornant à renvoyer à une comparaison entre le plan masse du dossier, conforme au relevé cadastral, et un plan de géomètre dont il n’indique pas la provenance, M. E..., qui ne peut d’ailleurs utilement invoquer la norme NF P 91-120 homologuée par l’association française de normalisation, n’établit pas que le dossier serait entaché d’une inexactitude ayant été de nature à fausser l’appréciation du service instructeur, alors au demeurant que le permis de construire n’est pas soumis à une obligation en matière de places de stationnement par le règlement du plan local d’urbanisme.

7. Par suite, le moyen tiré des insuffisances ou inexactitudes entachant le dossier de demande de permis de construire doit être écarté en toutes ses branches.

8. En deuxième lieu, aux termes de l’article UB 12 du règlement du plan local d’urbanisme : « De manière générale chaque constructeur doit assurer en dehors des voies publiques le stationnement des véhicules induit par toute occupation ou utilisation du sol. Constructions à usage d'habitation : 2 places par logement. Pour les opérations de plus de 5 logements, le constructeur pourra s'affranchir de cette obligation s'il y a impossibilité technique ou architecturale de réaliser les places de stationnement sur l'unité foncière considérée, par le paiement d'une participation financière à la commune, si elle instituée, ou la réalisation d'un nombre de places équivalent dans un rayon de 300 mètres (L 421-3 du code de l'urbanisme). (…) / Ces règles ne s'appliquent pas en cas de restauration ou de réhabilitation d'un bâtiment existant. »

9. En l’espèce, et quand bien même ils emportent changement de destination d’un bâtiment agricole en logement, les travaux projetés, consistant à créer des ouvertures dans la construction existante, dont le volume et la structure sont conservés, portent sur sa réhabilitation, ne ressortant pas de la reconstruction. Dans ces conditions, le projet entre dans le champ des exceptions prévues par les dispositions du dernier alinéa de l’article UB 12 du règlement du PLU, lesquelles, si elles sont d’interprétation stricte, n’excluent pas le cas des travaux emportant changement de destination. Par suite, le projet n’ayant pas à prévoir deux places de stationnement, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

10. En troisième lieu, aux termes de l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme : « Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. » Aux termes de l’article UB 3 du règlement du plan local d’urbanisme : « Les occupations et utilisations du sol susceptibles d’être délivrés ne peuvent être autorisées que si les dimensions, tracés et caractéristiques des voies qui les desservent leur sont adaptées. ». Enfin, aux termes de l’article R. 111-5 du code de l’urbanisme : « Le projet peut être refusé sur des terrains qui ne seraient pas desservis par des voies publiques ou privées dans des conditions répondant à son importance ou à la destination des constructions ou des aménagements envisagés, et notamment si les caractéristiques de ces voies rendent difficile la circulation ou l'utilisation des engins de lutte contre l'incendie. / Il peut également être refusé ou n'être accepté que sous réserve de prescriptions spéciales si les accès présentent un risque pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour celle des personnes utilisant ces accès. Cette sécurité doit être appréciée compte tenu, notamment, de la position des accès, de leur configuration ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic. »

11. La commune de Saint-Didier-sous-Aubenas étant dotée d’un plan local d’urbanisme, le requérant ne peut utilement se prévaloir de ce que le projet litigieux méconnaîtrait les dispositions de l’article R. 111-5 du code de l’urbanisme.

12. Ensuite, le chemin de Millet, au bord duquel s’implante le bâtiment litigieux, qui dessert d’ailleurs déjà de nombreuses constructions, présente des caractéristiques adaptées au projet, portant sur la création seul d’un logement. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l’espace de stationnement prévu pour le projet, certes exigu et peu profond, ne permettrait pas le stationnement d’un véhicule, de taille adaptée, ni, en tout état de cause, que l’éventuel stationnement d’un véhicule le long de la voie empêcherait ou rendrait dangereuse la circulation sur celle-ci. Dès lors, l’arrêté n’a pas été délivré en méconnaissance de l’article UB 3 du règlement du plan local d’urbanisme.

13. Enfin, il ressort des pièces du dossier que l’accès à la construction en litige est réalisé au droit du chemin de Millet, qui suit un tracé rectiligne, offrant ainsi de bonnes conditions de visibilité. Le projet se situe à l’entrée d’un secteur urbanisé, de sorte que les véhicules ont nécessairement une vitesse adaptée. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que l’espace de stationnement projeté ne permettrait pas au véhicule qui en sortirait de s’insérer sans danger dans la circulation ni que la présence d’un véhicule sur cette place serait de nature à obstruer la vue des automobiles provenant des constructions situées sur le terrain voisin, débouchant sur la rue à côté de cette place ainsi créée. Par suite, le moyen tiré de ce que le maire aurait entaché son arrêté d’une erreur manifeste d’appréciation dans l’application des dispositions de l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme doit être écarté.

14. En dernier lieu, aux termes de l’article UB 10 du règlement du plan local d’urbanisme : « La hauteur maximale des constructions est limitée à R+1, pour une hauteur maximale de 8 mètres, mesurée au point le plus haut. Pour les constructions édifiées en limite séparative, la hauteur maximale mesurée au point le plus haut est limitée à 3,5 mètres sur une profondeur de 3 mètres par rapport à la limite séparative. La hauteur des murs de clôture ne doit pas être supérieure à 2 mètres. »

15. Ainsi qu’il a été dit au point 4, il ne ressort pas des pièces du dossier, malgré l’erreur matérielle entachant la mention portée sur les plans de façade sud, que le projet, qui porte sur la réhabilitation d’un bâtiment dans son enveloppe existante, prévoit une surélévation de la construction. Par suite, les modifications projetées étant étrangères à cette règle, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article UB 10 doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n’est pas fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 27 avril 2023 ni celle de la décision rejetant son recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Didier-sous-Aubenas, qui n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. E... demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de mettre à la charge du requérant une somme à verser à la commune de Saint-Didier-sous-Aubenas en application des mêmes dispositions.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. E... est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Saint-Didier-sous-Aubenas présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A... E..., à la commune de Saint-Didier-sous-Aubenas et à M. D... F....


Délibéré après l'audience du 26 février 2026, à laquelle siégeaient :

M. Thierry Besse, président,
Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère,
Mme Marie Chapard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2026.



Le président-rapporteur,

T. B...

L’assesseure la plus ancienne
dans l’ordre du tableau,

F.M C...


La greffière,





G. Reynaud

La République mande et ordonne au préfet de l’Ardèche en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition,
Un greffier

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