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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2309268

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2309268

mardi 19 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2309268
TypeDécision
RecoursExécution d'un jugement
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantHASSID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 8 novembre 2023, la présidente du tribunal administratif de Lyon a décidé l'ouverture d'une procédure juridictionnelle, en application de l'article R. 921-6 du code de justice administrative, afin de statuer sur la demande enregistrée le 28 octobre 2022 de M. A B, représenté par Me Hassid, tendant à faire exécuter le jugement n° 2203078 du 19 juillet 2022.

Par cette demande, complétée par deux courriers enregistrés respectivement le 6 juillet 2023 et le 26 septembre 2023, et un mémoire complémentaire enregistré le 17 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Hassid, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de faire exécuter le jugement n° 2203078 du 19 juillet 2022 en faisant injonction à la préfète du Rhône de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 15 jours mois à compter du jugement intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que le préfet du Rhône, qui n'a pas réexaminé sa demande de titre de séjour, n'a pas exécuté le jugement du tribunal administratif du 19 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le jugement n° 2203078 du 19 juillet 2022 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Segado, vice-président,

- les observations de Me Cavalli, pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. ". Aux termes de l'article L. 911-4 du même code : " En cas d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander à la juridiction, une fois la décision rendue, d'en assurer l'exécution. / () Elle peut fixer un délai d'exécution et prononcer une astreinte. " Aux termes de l'article R. 921-5 du même code : " Le président () du tribunal administratif saisi d'une demande d'exécution sur le fondement de l'article L. 911-4, ou le rapporteur désigné à cette fin, accomplissent toutes diligences qu'ils jugent utiles pour assurer l'exécution de la décision juridictionnelle qui fait l'objet de la demande. / (). " Enfin, l'article R. 921-6 dispose que : " Dans le cas où le président estime nécessaire de prescrire des mesures d'exécution par voie juridictionnelle, et notamment de prononcer une astreinte, (), le président () du tribunal ouvre par ordonnance une procédure juridictionnelle. / () Cette ordonnance n'est pas susceptible de recours. L'affaire est instruite et jugée d'urgence. Lorsqu'elle prononce une astreinte, la formation de jugement en fixe la date d'effet. ".

2. Il résulte de ces dispositions que lorsque le jugement faisant l'objet de la demande d'exécution prescrit déjà les mesures qu'il implique nécessairement en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, il appartient le cas échéant au tribunal administratif, saisi sur le fondement de l'article L. 911-4 du même code, d'en édicter de nouvelles en se plaçant à la date de sa décision, sans toutefois pouvoir remettre en cause celles qui ont précédemment été prescrites ni méconnaître l'autorité qui s'attache aux motifs qui sont le soutien nécessaire du dispositif de la décision juridictionnelle dont l'exécution lui est demandée.

3. Par le jugement susvisé n° 2203078 du 19 juillet 2022, devenu définitif, le tribunal, après avoir annulé les décisions du 6 janvier 2022 par lesquelles le préfet du Rhône a refusé la délivrance d'un titre de séjour à M. B, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 90 jours et a fixé le pays de renvoi au motif que le préfet du Rhône n'avait en l'espèce pas procédé à un examen complet de la situation de M. B au regard de la demande de délivrance d'un titre de séjour " salarié " formulée par celui-ci sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a enjoint au préfet du Rhône de procéder au réexamen de la demande de l'intéressé, dans un délai de deux mois à compter de la notification dudit jugement, après lui avoir délivré une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours.

4. En premier lieu, le requérant ne saurait solliciter, dans le cadre de l'exécution de ce jugement du 19 juillet 2022, à ce qu'il soit fait injonction à la préfète du Rhône de lui délivrer un titre de séjour dès lors que, compte tenu de ce qui a été dit au point 2, ce jugement du 19 juillet 2022 n'implique pas nécessairement la délivrance d'un tel titre mais seulement, comme exposé à l'article 2 de ce jugement, à ce qu'il soit procédé au réexamen de la situation de l'intéressé et qu'une telle mesure d'injonction remettrait ainsi en cause les mesures qui ont précédemment été prescrites par ce jugement et méconnaîtrait en l'espèce l'autorité qui s'attache aux motifs de ce jugement du 19 juillet 2022 qui sont le soutien nécessaire du dispositif de la décision juridictionnelle dont l'exécution est demandée.

5. En second lieu, la préfète du Rhône, n'a pas justifié, ni durant la phase administrative ni durant la phase juridictionnelle de la procédure d'exécution, d'avoir procédé au réexamen de la demande de l'intéressé et avoir ainsi procédé à l'entière exécution de ce jugement du tribunal. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer à l'encontre de la préfète du Rhône, à défaut de justifier de cette exécution avant le 1er mai 2024, une astreinte de 100 euros par jour jusqu'à la date à laquelle le jugement précité aura reçu exécution.

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros au profit de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Une astreinte est prononcée à l'encontre de la préfète du Rhône, si elle ne justifie pas avoir, avant le 1er mai 2024, entièrement exécuté le jugement du tribunal n° 2203078 du 19 juillet 2022, et ce jusqu'à la date de cette exécution. Le taux de cette astreinte est fixé à 100 (cent) euros par jour à compter de l'expiration de ce délai.

Article 2 : La préfète du Rhône communiquera au tribunal copie des actes justifiant des mesures prises pour exécuter le jugement n° 2203078 du 19 juillet 2022.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 5 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mars 2024.

Le Président-rapporteur,

J. Segado

L'assesseur le plus ancien,

L. Delahaye La greffière,

T. Andujar

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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