vendredi 15 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2309513 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | LAWSON BODY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 novembre 2023, Mme B A, représentée par Me Lawson-Body, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 août 2023 par lequel le préfet de la Loire lui a refusé la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard :
- à titre principal, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
- à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus d'autorisation provisoire de séjour :
- elle est entachée d'incompétence de son signataire ;
- elle est insuffisamment motivée en fait ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du même code ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination :
- elles sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus d'autorisation provisoire de séjour.
La requête a été communiquée au préfet de la Loire qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes, ni représentées.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Gueguen a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante nigériane née le 29 mars 1998, déclare être entrée en France, le 30 juin 2019, accompagnée de ses deux premiers enfants nés les 12 août 2016 et 22 août 2018, en Italie. Le 17 septembre 2021, l'intéressée a sollicité des services de la préfecture de la Loire la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour portant la mention " parent d'enfant malade " sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison de l'état de santé son fils ainé. Suite à l'avis émis le 21 février 2022 par le collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ayant estimé que l'état de santé de cet enfant nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, qu'il ne pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays dont il est originaire eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de ce pays et que les soins nécessités par cet état de santé devaient, en l'état, être poursuivis pour une durée de six mois, par une lettre du " 30 septembre 2021 ", le préfet de la Loire a informé Mme A qu'il avait décidé de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour d'une durée de validité de six mois à compter de la date de cet avis et renouvelable jusqu'à la fin du temps de soins estimé par ledit avis, soit " jusqu'au (30 septembre 2022) ". Enfin, le 12 octobre 2022, l'intéressée a de nouveau sollicité des services de la préfecture de la Loire la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour portant la même mention en raison de l'état de santé son fils ainé, et par un arrêté du 28 août 2023, dont la requérante demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet de la Loire lui a refusé la délivrance de cette autorisation provisoire de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office.
En ce qui concerne la décision portant refus d'autorisation provisoire de séjour :
2. En premier lieu, par un arrêté du 13 juillet 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Loire le 24 juillet suivant, accessible tant au juge qu'aux parties, le préfet de la Loire a donné délégation permanente de signature à M. C D, sous-préfet de Saint-Étienne, secrétaire général de la préfecture de la Loire, à l'effet de signer tous actes, arrêtés, décisions, documents et correspondances administratives dans le cadre de la procédure relevant du droit des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision contestée vise les textes dont elle fait application, en particulier les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ainsi que les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle E A sur lesquelles le préfet de la Loire s'est fondé pour lui refuser la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Contrairement à ce que soutient la requérante, il ne ressort pas des termes de la décision en litige que l'autorité préfectorale ait eu recours à des " formules-types " pour apprécier son droit au séjour au regard de ces mêmes dispositions, et la circonstance qu'elle n'ait pas précisé les raisons pour lesquelles le collège de médecins du service médical de l'OFII avait émis, le 16 juin 2023, un avis divergent de celui précédemment émis le 21 février 2022 " sur la base du même dossier médical ", n'est pas de nature à établir l'insuffisance de motivation alléguée. Enfin, si Mme A fait grief au préfet de la Loire de ne pas avoir suffisamment motivé sa décision s'agissant de l'atteinte portée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ainsi qu'à l'intérêt supérieur de ses enfants, dès lors que l'intéressée n'établit ni même n'allègue avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement d'autres dispositions que celles de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité préfectorale n'était pas tenue de motiver sa décision au regard de ces stipulations. Par suite, la décision contestée, qui comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et ont ainsi permis à la requérante d'en contester utilement le bien-fondé, est suffisamment motivée au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
4. En troisième lieu, d'une part, selon les termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, () se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9. ". En outre, aux termes de l'article L. 425-9 du même code : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Enfin, selon les termes de l'article R. 425-11 de ce même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. ".
5. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " prévue par l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est délivrée par le préfet au vu d'un avis émis par un collège de trois médecins nommés par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), après transmission à ce collège d'un rapport médical établi par un médecin de l'OFII ne siégeant pas au sein dudit collège. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans le pays dont l'étranger est originaire et que si ce dernier y a effectivement accès. Toutefois, la partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.
6. D'autre part, aux termes de l'article 4 de l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conséquences d'une exceptionnelle gravité résultant d'un défaut de prise en charge médicale, mentionnées au 11° de l'article L. 313-11 du CESEDA, sont appréciées sur la base des trois critères suivants : degré de gravité (mise en cause du pronostic vital de l'intéressé ou détérioration d'une de ses fonctions importantes), probabilité et délai présumé de survenance de ces conséquences. / Cette condition des conséquences d'une exceptionnelle gravité résultant d'un défaut de prise en charge doit être regardée comme remplie chaque fois que l'état de santé de l'étranger concerné présente, en l'absence de la prise en charge médicale que son état de santé requiert, une probabilité élevée à un horizon temporel qui ne saurait être trop éloigné de mise en jeu du pronostic vital, d'une atteinte à son intégrité physique ou d'une altération significative d'une fonction importante. / Lorsque les conséquences d'une exceptionnelle gravité ne sont susceptibles de ne survenir qu'à moyen terme avec une probabilité élevée (pathologies chroniques évolutives), l'exceptionnelle gravité est appréciée en examinant les conséquences sur l'état de santé de l'intéressé de l'interruption du traitement dont il bénéficie actuellement en France (rupture de la continuité des soins). Cette appréciation est effectuée en tenant compte des soins dont la personne peut bénéficier dans son pays d'origine. ".
7. Pour refuser de délivrer à Mme A une autorisation provisoire de séjour en qualité de parent d'enfant malade, le préfet de la Loire s'est approprié le sens de l'avis rendu le 16 juin 2023 par le collège de médecins du service médical de l'OFII estimant que l'état de santé de son fils ainé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'au vu des éléments du dossier et à la date de cet avis, son état de santé pouvait lui permettre de voyager sans risque vers le pays dont il est originaire. La requérante, qui se prévaut notamment du précédent avis émis par ce collège de médecins le 21 février 2022 ayant estimé que l'état de santé de son enfant nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il ne pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays dont il est originaire eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de ce pays, entend contester cette nouvelle analyse en soutenant, d'une part, qu'elle est contredite par celle d'autres praticiens s'étant interrogés sur ce " revirement ", et, d'autre part, qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé au Nigéria, son fils aîné ne pourra pas bénéficier effectivement du traitement approprié à son état de santé. Elle produit notamment, pour en justifier, deux certificats médicaux respectivement rédigés par la même médecin généraliste les 26 octobre 2021 et 11 octobre 2023, deux certificats médicaux confidentiels respectivement établis par la même spécialiste les 16 novembre 2021 et 8 février 2023, un compte-rendu du psychologue de l'éducation nationale du 22 janvier 2023, un compte-rendu de bilan psychomoteur établi le 16 février 2023 par une psychomotricienne, ainsi que deux documents en langue anglaise, non traduits, en date du 24 octobre 2023. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier qu'à l'issue d'une observation de trois mois réalisée au cours de l'année 2019 par l'équipe mobile de pédopsychiatrie du centre hospitalier universitaire (CHU) de Saint-Étienne, le fils ainé E Mme A s'est vu diagnostiquer une " pathologie psychiatrique " caractérisée par un " trouble neurodéveloppemental à type de (trouble déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité) TDAH ", " possiblement secondaire à un stress post-traumatique ou à un parcours de vie traumatique " et entrainant des " complications dans (s)es relations sociales et familiales ", et si l'enfant de l'intéressée s'est vu attribuer, par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH), du 1er décembre 2020 au 30 novembre 2025, une allocation d'éducation de l'enfant handicapé (AEEH), et, du 2 février 2021 au 10 juillet 2022 puis du 6 septembre 2022 au 10 juillet 2025, un accompagnement humain (assistant de vie scolaire (AVS)) pour les " activités de la vie sociale et relationnelle ", l' " accès aux activités d'apprentissage " et les " actes de la vie quotidienne ", lui permettant ainsi notamment de bénéficier d'une prise en charge par l'équipe de coordination ligérienne pour l'intervention auprès des personnes en situation de handicap (éclip'sh), les éléments versés au débat par la requérante ne sont pas de nature à infirmer l'analyse du collège de médecins de l'OFII en date du 16 juin 2023. En effet, alors que la seule circonstance que ce collège ait précédemment émis un avis favorable à l'obtention d'une autorisation provisoire de séjour sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas, par elle-même, de nature à infirmer sa nouvelle analyse du 16 juin 2023, s'il ressort des pièces médicales précitées que le fils ainé E Mme A présente de nombreux symptômes se traduisant par une " grande souffrance ", une " hyperactivité ", des " troubles attentionnels ", des " difficultés d'apprentissage ", une instabilité d'humeur, de l'agressivité ainsi que de la désobéissance, et si les médecins l'ayant examiné ont relevé que son état de santé " nécessit(ait) des soins constant et soigneux dont il ne pourrait pas bénéficier dans son pays d'origine " alors que son " absence de prise en charge ", " même non médicamenteuse ", ne pourrait être que préjudiciable pour (s)a vie " et " entrainer pour lui des conséquences graves " voire " des conséquences désastreuses sur sa santé globale ", ces éléments ne sont pas de nature à infirmer la nouvelle analyse du collège de médecins de l'OFII sur la circonstance que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité, dès lors que, rédigés dans des termes généraux et peu circonstanciés, ils ne démontrent, ni que son état de santé présente, en l'absence de la prise en charge médicale requise, une probabilité élevée, à un horizon temporel qui ne saurait être trop éloigné, de mise en jeu de son pronostic vital, d'une atteinte à son intégrité physique ou d'une altération significative d'une fonction importante, ni une probabilité élevée, à moyen terme, de conséquences d'une exceptionnelle gravité en cas d'interruption du traitement dont il bénéficie actuellement en France compte tenu des soins dont il pourrait bénéficier dans son pays d'origine. Par suite, le préfet de la Loire n'a pas méconnu les dispositions combinées des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant à Mme A la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour en qualité de parent d'enfant malade.
8. En quatrième lieu, dès lors que Mme A n'a sollicité la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour que sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que le préfet de la Loire ne s'est pas prononcé sur son droit au séjour à un autre titre, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du même code et de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 de ce code sont inopérants et ne peuvent, par suite, qu'être écartés.
9. En cinquième lieu, selon les termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
10. Mme A soutient que la décision contestée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, dès lors, d'une part, qu'elle réside sur le territoire français depuis le 30 juin 2019 en compagnie de ses deux premiers enfants mineurs respectivement nés les 12 août 2016 et 22 août 2018 en Italie, de son dernier enfant, né le 1er janvier 2022 à Saint-Priest, et du père de ce dernier, et d'autre part, que son fils ainé, qui connaît des difficultés de scolarisation, bénéficie d'un cursus adapté à son handicap et que ses deux autres enfants mineurs sont respectivement scolarisé et inscrit en crèche. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée, qui déclare être entrée sur le territoire français le 30 juin 2019, soit à l'âge de vingt-et-un an, n'a été autorisée à y séjourner que provisoirement au cours de l'année 2022, pour une durée de six mois, eu égard à l'état de santé de son fils ainé. Par ailleurs, il résulte de ce qui a été précédemment exposé au point 7 que le défaut de prise en charge médicale de l'état de santé de cet enfant ne devrait plus entrainer de conséquences d'une exceptionnelle gravité. En outre, si la requérante verse au débat, outre les documents relatifs à l'état de santé et à la prise en charge socioéducative de son fils, un certificat d'hébergement rédigé le 19 octobre 2023 par l'association " Entraide Pierre Valdo - Mater42 " située à Saint-Étienne, attestant de sa prise en charge par cette association depuis le 7 octobre 2021, une attestation de demande d'asile en procédure normale, valide du 21 juillet 2022 au 20 janvier 2023, délivrée au père de son dernier enfant mineur, une attestation rédigée le 7 septembre 2023 par la directrice et deux enseignants de l'école de Montchovet de Saint-Étienne, au sein de laquelle son fils ainé est scolarisé dans le cadre d'une unité localisée pour l'inclusion scolaire (ULIS), ainsi que le certificat de scolarité de sa fille mineure en grande section au sein de l'école maternelle publique Alma Maternelle de Saint-Étienne pour l'année scolaire 2023-2024, ces éléments ne sont pas de nature à démontrer qu'elle aurait transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français à la date de la décision en litige, alors qu'elle n'y justifie pas davantage d'une insertion sociale et professionnelle significative par la seule production de documents relatifs à l'exercice d'une activité professionnelle en qualité femme de chambre, au cours des mois de juin, d'août et de septembre 2023, et au suivi d'une formation en vue de l'obtention d'un diplôme initial de langue française (DILF) du 4 septembre au 13 octobre 2023. Enfin, Mme A ne fait état d'aucune circonstance de nature à faire obstacle à la reconstitution de sa cellule familiale dans tout autre pays que la France, et notamment au Nigéria, pays dont tous les membres de sa famille ont la nationalité, où elle a vécu l'essentiel de son existence, où elle n'établit ni même n'allègue être dépourvue d'attaches et où ses enfants pourront poursuivre leur scolarité compte tenu de leur jeune âge. Dans ces circonstances, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour sur le territoire français, le préfet de la Loire n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de la requérante en refusant de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est infondé et doit être écarté.
11. En dernier lieu, selon les termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir et qui sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
12. Si Mme A soutient que la décision contestée méconnaît l'intérêt supérieur de ses trois enfants mineurs, cette décision n'a ni pour objet, ni pour effet de les séparer de leur mère, dès lors qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier, ainsi que cela a été précédemment exposé au point 10, que la cellule familiale ne pourrait se reconstituer dans tout autre pays que la France, ni davantage que ces enfants, compte tenu de leur jeune âge, ne pourraient poursuivre leur scolarité hors du territoire français. Par suite, en refusant de délivrer à l'intéressée une autorisation provisoire de séjour, le préfet de la Loire n'a pas porté une atteinte disproportionnée à l'intérêt supérieur de sa fille mineure et n'a ainsi pas méconnu les stipulations précitées de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire de français et fixation du pays de destination :
13. En l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de ce que les décisions contestées devraient être annulées par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté.
14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête E A doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête E A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la Loire.
Délibéré après l'audience du 23 février 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Baux, présidente,
M. Bertolo, premier conseiller,
M. Gueguen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mars 2024.
Le rapporteur,
C. Gueguen
La présidente,
A. Baux
La greffière,
I. Rignol
La République mande et ordonne au préfet de la Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Lyon — N° TA69-2410256
**Sujet principal** : Demande d'annulation du refus de la préfète du Rhône de fixer un rendez-vous pour le dépôt d'une demande de titre de séjour. **Juridiction** : Tribunal Administratif de Lyon (7ème chambre). **Solution retenue** : Le tribunal donne acte du désistement de la requête de la demanderesse. Ce désistement est prononcé car, ayant annoncé un mémoire complémentaire dans sa requête sommaire, elle ne l'a pas produit dans le délai légal de quinze jours. **Textes appliqués** : L'article R. 911-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoit la sanction du désistement en cas de non-production d'un mémoire complémentaire annoncé dans le délai imparti.
03/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA03088
03/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA03164
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03/04/2026