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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2309537

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2309537

mercredi 6 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2309537
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantCJA PUBLIC CHAVENT-MOUSEGHIAN-CAVROIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 10 et 22 novembre 2023 l'association Léo Lagrange Centre Est, représentée par Me Chaussade, demande au juge des référés statuant en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre, avant dire droit, à la commune de Saint-Galmier de lui communiquer la liste des candidats admis à présenter une offre dans le cadre de la procédure d'attribution du marché public de prestations de services pour l'animation de structure " La bulle " située au Val de Coise, le rapport de présentation du marché, le procès-verbal d'ouverture des plis, des candidatures ou des offres, le rapport d'analyse des offres incluant les prestations proposées par l'attributaire, les éléments de notation et de classement, la méthode de notation utilisée, les éventuelles régularisations et l'offre de prix globale de l'attributaire ;

2°) d'annuler la procédure de passation du marché ;

3°) d'enjoindre à la commune de Saint-Galmier de reprendre la procédure si elle entend poursuivre la passation du marché ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Galmier la somme de 3 000 euros au titre des frais du litige.

Elle soutient que :

- la commune de Saint-Galmier a refusé de lui communiquer plusieurs informations essentielles pour la réalisation d'un budget prévisionnel et la présentation d'une offre compétitive et qui étaient connues du seul titulaire sortant, en méconnaissance du principe d'égalité de traitement entre les candidats à un contrat de la commande publique et de ses obligations en matière de publicité et de mise en concurrence ;

- sa désignation dans le cahier des clauses techniques particulières comme une entreprise n'ayant pas su réaliser la bonne exécution du marché public précédemment conclu est également constitutive d'une rupture d'égalité de traitement entre les candidats ;

- le procès-verbal de la commission d'appel d'offres, qui fait office de registre des dépôts, ne mentionne ni l'heure ni la date exacte de réception des offres, de sorte qu'il n'est pas établi que l'offre de l'attributaire est parvenue avant la date limite de remise des offres ;

- le montant qui aurait dû être retenu pour apprécier son offre au regard du critère du prix est la seule part à assumer par la commune qui de plus aurait dû être comparé au montant de l'offre de l'attributaire sur la durée globale du marché ; si son offre avait été notée sur cette base, elle aurait obtenu la note de 20/20 au critère du prix et aurait été déclarée attributaire du marché ;

- son offre n'était pas irrégulière, contrairement à celle de l'attributaire, dans la mesure où le CCTP exige la présentation d'une proposition contenant le montant annuel global des prestations pour l'animation globale de " La bulle ", à reporter sur l'acte d'engagement ;

- elle n'était pas inacceptable dès lors qu'il résulte de la note financière communiquée dans son offre que la part ayant vocation à être supportée par la commune pour l'exécution du marché est de 121 528 euros et qu'il convenait de multiplier ce montant par le nombre d'années d'exécution du marché.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 novembre 2023, la commune de Saint-Galmier, représentée par Me Cavrois, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de l'association Léo Lagrange Centre Est au titre des frais du litige.

Elle fait valoir que :

- les conclusions avant dire-droit sont sans objet dès lors qu'elle verse à l'instance le procès-verbal et le rapport d'admission des candidatures et des offres comprenant le classement et les offres de prix globales, le procès-verbal de la commission d'appel d'offres sur la décision d'attribution et le rapport d'analyse des offres apuré et que le rapport de présentation du marché sera établi à l'achèvement de la procédure ;

- les moyens soulevés par l'association Léo Lagrange Centre Est ne sont pas fondés ;

- en tout état de cause, son offre était irrégulière et inacceptable.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Michel,

- les observations de Me Castiglione pour l'association Léo Lagrange Centre Est, qui déclare abandonner les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint, avant dire droit, à la commune de Saint-Galmier de communiquer les rapports d'analyse des offres et de présentation du marché et les éléments de notation et de classement ;

- et les observations de Me Guérin pour la commune de Saint-Galmier.

Et après avoir reporté la clôture de l'instruction au lundi 27 novembre 2023 à 18h, ainsi que les parties en ont été informées à l'audience.

La commune de Saint-Galmier a produit la décomposition du prix global et forfaitaire de l'offre de l'association Léo Lagrange Centre Est, celle de l'offre de l'association Relais 42, la note financière produite dans l'offre de l'association Léo Lagrange Centre Est et les budgets annuels globaux et par prestations de l'offre de l'association Relais 42, ainsi que, sur le fondement de l'article R. 412-2-1 du code de justice administrative, un mémoire distinct demandant qu'ils soient soustraits au contradictoire.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, la délégation d'un service public ou la sélection d'un actionnaire opérateur économique d'une société d'économie mixte à opération unique. / () / Le juge est saisi avant la conclusion du contrat. ".

2. Par un avis d'appel public à la concurrence publié le 21 août 2023, la commune de Saint-Galmier a engagé une consultation selon une procédure ouverte en vue de la passation d'un marché de prestations de services pour l'animation de la structure " La bulle " située au Val de Coise. Par une lettre du 6 novembre 2023, l'association Léo Lagrange Centre Est a été informée par le maire de cette commune que son offre, classée en seconde position, n'avait pas été retenue et que le marché avait été attribué à l'association Relais 42, titulaire sortant, qui avait transmis son offre le 27 septembre 2023 avant la date limite de remise des offres fixée au 29 septembre 2023 à midi. L'association Léo Lagrange Centre Est demande au juge des référés, statuant en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, d'enjoindre avant dire-droit à la commune de Saint-Galmier de lui communiquer le procès-verbal d'ouverture des plis, des candidatures ou des offres, la méthode de notation utilisée, les éventuelles régularisations et l'offre de prix globale de l'attributaire et d'annuler la procédure de passation du marché.

Sur les conclusions avant dire-droit :

3. Il n'entre pas dans l'office du juge des référés précontractuels d'ordonner la communication, à la demande de l'association Léo Lagrange Centre Est, du procès-verbal d'ouverture des plis, des candidatures ou des offres, de la méthode de notation utilisée, des éventuelles régularisations et de l'offre de prix globale de l'attributaire. Les conclusions présentées en ce sens doivent dès lors être rejetées. Par ailleurs, les pièces produites dans le cadre de l'instruction sont suffisantes pour permettre au juge des référés de statuer sur la requête.

Sur le surplus des conclusions :

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction qu'en réponse à la demande de précisions formulée par l'association Léo Lagrange Centre Est sur l'équipe de salariés en place dans la structure " La bulle ", que le prestataire désigné doit reprendre, et portant sur le type de contrats, la date d'entrée dans la structure et la fonction, les avantages sociaux, les dates de naissance, la part patronale de la mutuelle et les primes éventuelles, la commune de Saint-Galmier a renvoyé l'association Léo Lagrange Centre Est au cahier des clauses techniques particulières, qui comporte page 7 un tableau sur les personnels à reprendre avec l'indication de l'ancienneté, de l'équivalent temps plein, du nombre d'heures effectuées par mois, du salaire brut, du coût total mensuel et du coût total horaire de chacun des quatre salariés. La commune lui a en outre répondu que ces quatre salariés sont employés par contrats à durée indéterminée. Si l'association Léo Lagrange Centre Est n'a pu avoir communication de la date de naissance des salariés, des primes qui leur étaient éventuellement versées et de la part patronale de la mutuelle, elle ne démontre pas que ces informations étaient essentielles pour la présentation d'un budget prévisionnel et d'une offre compétitive alors que l'offre financière des candidats portait pour une part prépondérante sur les prestations qu'ils proposaient. Il en va de même des comptes de résultats du prestataire sortant des trois dernières années et des fréquentations par typologie d'activités, que la commune de Saint-Galmier n'a pas été en mesure de communiquer à l'association Léo Lagrange Centre Est malgré ses demandes en ce sens, dans la mesure où, d'une part, le budget prévisionnel des offres devait reposer uniquement sur les prestations proposées dans le respect du cahier des clauses techniques particulières et financées pour l'essentiel par des subventions publiques et où, d'autre part, l'association Léo Lagrange Centre Est était en mesure d'indiquer dans son offre le nombre de personnes pouvant être accueillies par typologie d'activités, en tenant compte de la superficie des locaux, qu'elle connaissait, et des agréments dont elle dispose. Par suite, les moyens tirés de ce que le titulaire sortant disposait d'informations privilégiées et de la méconnaissance par la commune de Saint-Galmier du principe d'égalité de traitement entre les candidats à un contrat de la commande publique et de ses obligations en matière de publicité et de mise en concurrence doivent être écartés.

5. En deuxième lieu, la circonstance que le cahier des clauses techniques particulières mentionne dans l'historique de la structure " La bulle " que les effectifs de la structure, confiée pendant de nombreuses années à l'association Léo Lagrange Centre Est, avaient fortement chuté au fil des ans et relève que l'association n'avait pas su se renouveler suffisamment, pour regrettable qu'elle soit, n'est pas constitutive d'un dénigrement à son encontre qui aurait eu un impact sur la sélection de l'attributaire du marché en méconnaissance du principe d'égalité de traitement entre les candidats.

6. En dernier lieu, le cahier des clauses techniques particulières précise le montant de l'enveloppe financière maximale prévue par la commune pour la fourniture des prestations pour la durée du marché, qui est de six ans, et impose aux candidats de présenter dans leur offre le montant annuel global des prestations et le montant annuel par prestations. L'offre financière de l'association Léo Lagrange Centre Est était composée uniquement du budget prévisionnel pour 2024 et était donc irrégulière. Elle ne peut dès lors utilement soutenir que pour apprécier la valeur de son offre financière, la commune de Saint-Galmier aurait dû retenir la seule part à assumer par l'acheteur et comparer la moyenne annuelle de son offre sur la durée globale du contrat à celle de l'association Relais 42 dont l'offre, qui comportait les budgets annuels globaux et les budgets annuels par prestations, comme le demande le cahier des clauses techniques particulières, était régulière.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner le moyen en défense tiré de ce que l'offre de la société Léo Lagrange Centre Est était inacceptable, que les conclusions de la requête aux fins d'annulation et d'injonction de reprendre la procédure de passation doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de la commune de Saint-Galmier qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Léo Lagrange Centre Est la somme de 1 400 euros à verser à la commune de Saint-Galmier au titre des mêmes dispositions.

DECIDE :

Article 1er : La requête de l'association Léo Lagrange Centre Est est rejetée.

Article 2 : L'association Léo Lagrange Centre Est versera la somme de 1 400 euros à la commune de Saint-Galmier au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée aux associations Léo Lagrange Centre Est et Relais 42 et à la commune de Saint-Galmier.

Fait à Lyon, le 6 décembre 2023

La juge des référés,

C. Michel

La greffière,

S. Hosni

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

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