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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2309596

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2309596

jeudi 27 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2309596
TypeDécision
PublicationD
Formation7ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 novembre 2023, Mme C D, représentée par la Selarl BS2A Bescou et Sabatier Avocats Associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 septembre 2023 par laquelle la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " ou de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à lui verser au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6) 5 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre du pouvoir de régularisation du préfet et de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 août 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme de Tonnac, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante algérienne entrée régulièrement en France le 14 octobre 2014 munie d'un visa de court séjour valable du 2 octobre 2014 au 30 mars 2015, demande l'annulation de la décision du 25 septembre 2023 par laquelle la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour temporaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme A B, directrice des migrations et de l'intégration, qui a reçu délégation de signature de la préfète du Rhône pour signer un tel acte en vertu d'un arrêté du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône le lendemain. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. La requérante fait valoir, d'une part, qu'elle résidait en France depuis près de neuf années à la date de la décision attaquée, de même que le père de ses enfants et leurs trois enfants, nés les 22 novembre 2013, 24 mars 2016 et 24 juillet 2019, dont deux sont nés sur le territoire français et qui sont tous trois scolarisés en France, et, d'autre part, qu'elle bénéficie d'une promesse d'embauche pour un emploi d'agent de propreté dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée au sein de la société " My Clean Services ", qui constitue un métier caractérisé par des difficultés de recrutement. Toutefois, si, à la date de la décision attaquée, Mme D était divorcée du père de ses enfants, depuis le 28 février 2023, avec lequel elle partage la garde de ses enfants, il ressort des pièces du dossier que ce dernier, ressortissant algérien, réside également en situation irrégulière sur le territoire français et a fait l'objet de deux mesures d'éloignement, dont la dernière, datée du 27 février 2018, a été assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 18 mois. En outre, la requérante se maintient en France en dépit d'une obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 14 février 2017, qui n'a pas été exécutée. Enfin, la production d'une promesse d'embauche pour un contrat à durée indéterminée ne constitue pas un élément suffisant pour établir une insertion professionnelle particulière sur le territoire français. Dans ces conditions, et alors que la décision contestée n'a pas pour effet de séparer Mme D de ses enfants, qui pourront poursuivre leur scolarité en Algérie, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision litigieuse aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 6) 5 de l'accord franco-algérien et ce celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de ce que la préfète du Rhône aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire usage de son pouvoir de régularisation et au regard des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de l'intéressée doivent être écartés.

5. En dernier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Ainsi qu'il a été relevé au point précédent, il ne ressort pas des pièces du dossier que les enfants de la requérante ne pourraient pas poursuivre leur scolarité en Algérie ni que la requérante ne pourrait pas y exercer une activité professionnelle lui permettant de subvenir à leurs besoins. Par suite, et alors que la décision attaquée n'implique pas une séparation des enfants de Mme D et de leur père, également de nationalité algérienne et qui réside irrégulièrement sur le territoire français, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à solliciter l'annulation de la décision par laquelle la préfète du Rhône lui a refusé la délivrance d'un certificat de résidence algérien.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

7. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de la décision attaquée, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par Mme D doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme à verser à Mme D soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 21 février 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

Mme Leravat, première conseillère,

Mme de Tonnac, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2025.

La rapporteure,

A. de Tonnac

La présidente,

V. Vaccaro-Planchet

La greffière,

I. Rignol

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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**Sujet principal** : Demande d'annulation du refus de la préfète du Rhône de fixer un rendez-vous pour le dépôt d'une demande de titre de séjour. **Juridiction** : Tribunal Administratif de Lyon (7ème chambre). **Solution retenue** : Le tribunal donne acte du désistement de la requête de la demanderesse. Ce désistement est prononcé car, ayant annoncé un mémoire complémentaire dans sa requête sommaire, elle ne l'a pas produit dans le délai légal de quinze jours. **Textes appliqués** : L'article R. 911-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoit la sanction du désistement en cas de non-production d'un mémoire complémentaire annoncé dans le délai imparti.

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