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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2309897

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2309897

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2309897
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJU Chambre Sociale
Avocat requérantDESFARGES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 novembre 2023, Mme A B, représentée par Me Desfarges, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 novembre 2022 par laquelle le président du conseil départemental de la Loire a confirmé mettre à sa charge un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 8 827,82 euros, notifié initialement par courrier du 13 juin 2022, et refusé sa demande de remise de dette à titre gracieux ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer la somme due, subsidiairement de prononcer la remise demandée ou l'échelonnement de sa dette ;

3°) de mettre à la charge du département de la Loire une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision, insuffisamment motivée, est entachée d'incompétence ;

- l'omission des informations prévues par l'article R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration, et de son droit de communication de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale, l'a privée d'une garantie ;

- il en est de même de l'absence de saisine de la commission de recours amiable prévue par l'article L. 262-25 du code de l'action sociale et des familles ;

- la preuve de l'assermentation de l'agent n'est pas rapportée ;

- les droits de la défense ont été méconnus dès lors qu'elle n'a pas eu l'occasion de comparaitre devant le signataire de la décision, ni n'a reçu communication des conclusions du contrôleur, et n'a pu, de ce fait, utilement faire valoir ses observations ;

- les sommes versées par ses grands parents ne sont pas des revenus à prendre en compte pour le calcul de ses droits au revenu de solidarité active ;

- le département n'a pas examiné la réalité de sa situation ;

- subsidiairement, sa situation justifie une remise ou un échelonnement de sa dette.

Par un mémoire enregistré le 19 mars 2024, le département de la Loire conclut au rejet de la requête, en soutenant que :

- elle est irrecevable dès lors qu'elle est tardive ;

- subsidiairement, le moyen tiré de l'absence de consultation de la commission de recours et de l'omission des informations prévues en cas d'usage de traitement algorithmique sont inopérants ;

- les autres moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par décision du 29 septembre 2023, le bureau de l'aide juridictionnelle a refusé la demande d'admission de Mme B au motif qu'elle fait double emploi avec la décision n° 22/19084 du 10 février 2023 lui accordant le bénéfice de l'aide juridiction totale.

Par courrier du 12 septembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public, relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions demandant l'échelonnement du paiement de la dette dès lors qu'elles ne sont dirigées contre aucune décision administrative préalable.

La présidente du tribunal a désigné M. Reymond-Kellal, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relatifs aux prestations, allocations ou droits attribués au titre de l'aide ou de l'action sociale, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de la sécurité sociale,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir constaté l'absence des parties ou de leurs représentants à l'appel de l'affaire et présenté son rapport au cours de l'audience publique, le rapporteur public ayant été dispensé de prononcer ses conclusions sur sa proposition.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'un contrôle de la situation de Mme B effectué au premier semestre de l'année 2022, la caisse d'allocations familiales de la Loire lui a indiqué, par un courrier du 13 juin 2022, qu'elle était redevable d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 8 827,82 euros. Par une décision du 15 novembre 2022, le président du département de la Loire a, sur recours administratif préalable obligatoire de Mme B, confirmé la récupération de cet indu et refusé la demande de remise de dette à titre gracieux.

Sur l'indu :

2. En premier lieu, la décision en litige a été signée par Mme C, adjointe au directeur administratif et financier, qui bénéficiait d'une délégation en ce sens, en cas d'absence ou d'empêchement d'autre personne dont il n'est pas établi qu'elles ne le furent pas, par arrêté du président du conseil départemental de la Loire du 5 octobre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du département de la Loire.

3. En deuxième lieu, la décision en litige qui rejette le recours administratif préalable obligatoire indique la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. Elle précise les dispositions légales et réglementaires dont il a été fait application ainsi que les circonstances de fait précises qui ont été retenues pour estimer que les sommes versées sur le compte bancaire de la requérante devaient être regardées comme des ressources à intégrer au calcul de ses droits à revenu de solidarité active. Ces éléments, qui ne sont pas utilement contredits, caractérisent, en outre, qu'il a été examiné la situation personnelle de Mme B portée à la connaissance de l'autorité administrative préalable à l'édiction de cette décision.

4. En troisième lieu, il résulte des dispositions du chapitre II du titre VI du livre II du code de l'action sociale et des familles, et en particulier des articles L. 262-46 et suivants, que le législateur a entendu, par ces dispositions, déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises les décisions relatives au revenu de solidarité active. L'allocataire peut faire valoir ses observations, comme l'a fait Mme B, en exerçant devant le président du conseil départemental le recours administratif préalable obligatoire, à caractère suspensif, mentionné à l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles, dans les conditions prévues par les dispositions réglementaires du même code, au titre desquelles ne figurent ni l'obligation de présentation personnelle devant le signataire de la décision rejetant ce recours, ni celle de communiquer le rapport de contrôle. Il n'apparait pas, compte tenu de motifs exposés par Mme B dans son recours, qu'elle n'a pu utilement présenter ses observations dans ce cadre. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des " droits de la défense " doit être écarté.

5. En quatrième lieu, en vertu de la convention de gestion du revenu de solidarité active conclue le 9 avril 2021 entre le département de la Loire et la caisse d'allocations familiales de la Loire en application de l'article R. 262-89 du code de l'action sociale et des familles, les contestations relatives au bien-fondé de l'indu et les demandes de remises de dettes de revenu de solidarité active sont dispensées d'un avis de la commission de recours amiable, lorsque le montant de la dette est inférieur à 27 424 euros. Par suite, compte tenu du montant de sa dette, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure l'ayant privé d'une garantie.

6. En cinquième lieu, si Mme B fait valoir que la décision contestée rejetant son recours administratif a été édictée à l'issue d'un traitement algorithmique, il résulte de l'instruction que c'est à la suite d'un contrôle diligenté le 6 avril 2022 par un contrôleur de la caisse d'allocations familiales de la Loire que l'indu litigieux a été mis à sa charge. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

7. En sixième lieu, l'allégation selon laquelle l'agent chargé du contrôle ne serait pas assermenté est contredite par la copie, fournie en défense, du procès-verbal de prestation de serment de cet agent le 15 juin 2020 devant le tribunal judiciaire de Saint-Etienne.

8. En septième lieu, il ressort des termes du rapport d'enquête que lors du contrôle sur place qui a eu lieu le 6 avril 2022, Mme B a été informée oralement de la simple faculté pour la caisse d'allocations familiales de mettre en œuvre son droit de communication en application de l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale et de son droit à obtenir la communication des documents obtenus des tiers, ledit rapport indiquant, s'agissant de l'exercice effectif du droit de communication, que Mme B " sera informée par écrit " . Il ne résulte pas de l'instruction que le contrôleur aurait fait usage du droit de communication pour établir les omissions déclaratives imputées à la requérante qui lui a fourni ses bulletins de salaire et ses relevés bancaires depuis 2019. Par suite, le moyen doit être écarté.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active () ". Aux termes de l'article L.262-3 du même code : " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. () ". Aux termes de l'article R. 262-11 du même code : " Pour l'application de l'article R. 262-6, il n'est pas tenu compte : () 14° Des aides et secours financiers dont le montant ou la périodicité n'ont pas de caractère régulier ainsi que des aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion du bénéficiaire et de sa famille, notamment dans les domaines du logement, des transports, de l'éducation et de la formation () ".

10. Les aides et secours mentionnés au 14° de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles doivent avoir pour finalité sociale particulière de répondre à un besoin ponctuel du bénéficiaire du revenu de solidarité active. Elles ne concernent pas des aides apportées par des parents ou amis, lesquelles doivent être prises en compte dans le calcul des ressources même en l'absence de décision de justice et quel que soit l'usage qui en est fait.

11. Il résulte de l'instruction que l'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de Mme B résulte de l'absence de déclaration par la requérante de l'ensemble des sommes qu'elle a perçues au cours de la période allant de juin 2029 à mai 2022, notamment des revenus professionnels, les dépôts de chèques et d'espèces sur ses comptes bancaires, qui ont été réintégrés. Compte tenu de la régularité des versements des grands-parents entre 2019 et 2021 et de leur montant pouvant aller jusqu'à 1 300 euros par mois, ainsi que des informations mises à dispositions de Mme B, la requérante ne pouvait ignorer qu'elle devait déclarer ces sommes qui ne peuvent être regardées comme des cadeaux modestes faits à ses enfants ou des aides et secours au sens des dispositions précitées. Le département de la Loire pouvait, dès lors, légalement procéder à la récupération de l'indu résultant de la réintégration de ces sommes à ses ressources, ce dernier n'étant aucunement lié à un défaut d'information de la part de l'autorité administrative.

Sur la remise de dette :

12. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental () en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration () ".

13. Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a manqué à ses obligations déclaratives, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des éléments dépourvus d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des éléments ainsi omis, de l'information reçue et notamment, le cas échéant, de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les éléments omis.

14. Il résulte de l'instruction que, compte tenu des informations mises à disposition de Mme B et eu égard tant à la nature qu'à la récurrence des omissions déclaratives, qui portent sur des revenus professionnels et des sommes versées par ses proches sur ses comptes bancaires pendant près de trois années, elle ne pouvait ignorer de bonne foi qu'elle était tenue de les déclarer trimestriellement pour le calcul de ses droits à revenu de solidarité active. Par suite, le président du conseil départemental de la Loire pouvait légalement lui refuser toute remise de dette quelle que soit sa situation de précarité.

Sur l'échelonnement de la dette :

15. Les conclusions demandant l'échelonnement du paiement de l'indu, qui ne sont dirigées contre aucune décision administrative dès lors que le courrier du 4 août 2022 ne le demandait pas, sont irrecevables et ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge du département de la Loire, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme B.

17. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au département de la Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

R. Reymond-Kellal

La greffière,

A. Farlot

La République mande et ordonne au préfet de la Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

N°2309897

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