Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2310294

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2310294
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJU Chambre Sociale
Avocat requérantBOUHALASSA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. A contestant sa radiation de la liste des demandeurs d’emploi pour 12 mois et la suppression de ses allocations, décidées par Pôle emploi (devenu France Travail) pour fausses déclarations. Le juge a d’abord écarté la fin de non-recevoir soulevée par France Travail, estimant que la requête, dirigée formellement contre le rejet du recours administratif, devait être interprétée comme contestant aussi la décision initiale de radiation. Cependant, les moyens de légalité externe (vices de forme et incompétence) soulevés uniquement contre la décision de rejet du 21 décembre 2022 ont été jugés inopérants. Sur le fond, le tribunal a considéré que la radiation et la suppression des allocations étaient légalement justifiées au regard des articles L. 5412-2, L. 5426-2 et R. 5412-4 du code du travail, M. A ayant résidé à l’étranger sans en informer Pôle emploi, ce qui constitue une fausse déclaration.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er décembre 2023, M. A, représenté par Me Bouhalassa, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 décembre 2022 par laquelle le directeur de Pôle emploi Auvergne-Rhône-Alpes a rejeté son recours contre la décision du 8 novembre 2022 le radiant de la liste des demandeurs d'emploi pour une durée de 12 mois et supprimant ses allocations ;

2°) de mettre à la charge de Pôle emploi la somme de 1 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision, motivée de manière stéréotypée, méconnait l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- ne comportant pas les noms, prénoms et qualité de son auteur, elle méconnait l'article L. 212-1 du même code et est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 23 avril 2024, Pôle emploi devenu France Travail Auvergne-Rhône-Alpes conclut au rejet de la requête, en faisant valoir qu'elle est irrecevable faute de demander l'annulation de la décision du 8 novembre 2022 et de la produire, subsidiairement que les moyens ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 29 septembre 2023.

La présidente du tribunal a désigné M. Reymond-Kellal, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relatifs aux prestations, allocations ou droits attribués au titre de l'aide en faveur des travailleurs privés d'emploi, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code du travail,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir constaté l'absence des parties ou de leurs représentants à l'appel de l'affaire et présenté son rapport au cours de l'audience publique, le rapporteur public ayant été dispensé de prononcer ses conclusions sur sa proposition.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'un contrôle de la situation de M. A ayant révélé qu'il résidait à l'étranger, le responsable prévention des fraudes de Pôle emploi Auvergne-Rhône-Alpes devenu France Travail l'a averti, le 27 octobre 2022, qu'il encourait une sanction de radiation pour fausses déclaration et la suppression ses allocations. Par décision du même jour, le directeur de l'agence de d'Oullin a mis à sa charge un indu d'allocations d'aide au retour à l'emploi d'un montant de 10 855,92 euros pour la période allant de juin à septembre 2022. Le 8 novembre 2022, M. A a été radié de la liste des demandeurs d'emploi pendant 12 mois et ses allocations ont été supprimées. Le 21 décembre 2022, son recours administratif a été rejeté. Le 22 février 2023, sa demande de remise a été rejetée. Le 21 avril 2023, une contrainte pour le recouvrement de l'indu a été émise puis, en l'absence de contestation, elle a été exécutée par une saisie attribution sur le compte bancaire de M. A le 16 avril 2024.

2. En premier lieu, lorsque le requérant a formé un recours gracieux ou hiérarchique et exerce un recours contentieux consécutivement à son rejet, il appartient au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux ou hiérarchique, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet de ce recours administratif, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale. La production, par le requérant qui a formé un recours gracieux ou hiérarchique et exerce un recours contentieux consécutivement à son rejet, de la décision explicite de rejet de ce recours administratif suffit à assurer le respect de l'article R. 412-1 du code de justice administrative tant à l'égard des conclusions dirigées contre le seul recours gracieux ou hiérarchique, dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que, le cas échéant, à l'égard de celles également dirigées contre la décision administrative initiale ou interprétées en ce sens par le juge administratif saisi des seules premières.

3. Il résulte de ce qui précède que, si France Travail Auvergne Rhône-Alpes n'est pas fondée à soutenir que la requête est irrecevable en ce qu'elle demande la seule annulation de la décision explicite prise sur le recours administratif formé par M. A sans produire la décision initiale, les vices propres que le requérant se borne à soulever à l'encontre de la décision du 21 décembre 2022, soit ceux tirés des vices de forme et d'incompétence, sont inopérants.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 5412-2 du code du travail alors en vigueur : " Est radiée de la liste des demandeurs d'emploi () la personne qui a fait de fausses déclarations pour être ou demeurer inscrite sur cette liste ". Aux termes de l'article L. 5426-2 du même code, alors en vigueur : " Le revenu de remplacement est supprimé par Pôle emploi dans les cas mentionnés () à l'article L. 5412-2 (). Il est également supprimé en cas de fraude ou de fausse déclaration. Les sommes indûment perçues donnent lieu à remboursement ". Aux termes de l'article R. 5412-4 du même code : " Le retrait du bénéfice du revenu de remplacement pour l'un des motifs énumérés à l'article R. 5426-3 entraîne pour l'intéressé la radiation de la liste des demandeurs d'emploi ". Aux termes de l'article R. 5412-6 du même code : " Lorsque la radiation est prononcée en application des dispositions de l'article R. 5412-4, sa durée est égale à la durée de la suppression du revenu de remplacement. / En cas de suppression définitive du revenu de remplacement, la durée de la radiation est comprise entre six et douze mois consécutifs. () ". Aux termes du I du 3° de l'article R. 5426-3 du même code : " () en cas d'absence de déclaration, ou de déclaration mensongère du demandeur d'emploi, faites en vue de percevoir indûment le revenu de remplacement, [le directeur] supprime ce revenu de façon définitive () ".

5. D'autre part, aux termes de l'article R. 5411-8 du code du travail " Le demandeur d'emploi informe, dans un délai de soixante-douze heures, les services de Pôle emploi de toute absence de sa résidence habituelle d'une durée supérieure à sept jours et de tout changement de domicile ". Aux termes de l'article R. 5411-10 du même code : " Est réputée immédiatement disponible pour occuper un emploi, au sens de l'article L. 5411-7, la personne qui, au moment de son inscription auprès de l'opérateur France Travail ou du renouvellement de sa demande d'emploi : () 3° S'absente de son domicile habituel, après en avoir avisé l'opérateur France Travail, dans la limite de trente-cinq jours dans l'année civile ; () ".

6. Il résulte de l'instruction que, lors de son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi le 28 février 2022, M. A a déclaré avoir son domicile à Oullins. Ni lors de son entretien ayant eu lieu le 14 mars 2022 avec un agent de l'opérateur durant lequel il a fait part de sa volonté de retrouver un emploi salarié, ni à aucun autre moment ensuite jusqu'à ce qu'il soit contacté par le service de la prévention des fraudes, il a déclaré sa longue absence de son domicile en raison d'une résidence à l'étranger depuis le " mois de mars 2022 " qui serait justifiée par la création d'une entreprise spécialisée dans l'accompagnement personnalisé de voyage de tourisme alors que, compte tenu des informations transmises ainsi que des informations publiquement disponibles, il ne pouvait légitiment ignorer qu'il était tenu de signaler tout changement de domicile, particulièrement celui hors du territoire français, ou ses longues absences de la résidence habituelle, ni qu'il ne pouvait prétendre à un revenu de remplacement en résidant à l'étranger. Dès lors, Pôle emploi devenu France Travail pouvait légalement procéder à sa radiation des listes pour une durée de 12 mois et à la suppression de ses allocations en conséquence, laquelle n'apparait pas disproportionnée, dès lors notamment que rien ne faisait obstacle à la création et au développement de son entreprise en satisfaisant aux conditions de résidence en France requises.

7. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 21 décembre 2022, ensemble celle du 8 novembre 2022. Ses conclusions en ce sens doivent donc être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à France Travail Auvergne-Rhône-Alpes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

R. Reymond-Kellal

La greffière,

A. Farlot

La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,