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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2310729

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2310729

jeudi 27 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2310729
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJU Chambre Sociale
Avocat requérantMOUTOUSSAMY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 13 décembre 2023 et le 30 janvier 2025, Mme B A, représentée par la société DBKM Avocats (Me Moutoussamy), demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions par lesquelles la métropole de Lyon et la caisse d'allocations familiales du Rhône ont, sur recours administratif préalable obligatoire, implicitement confirmé la récupération d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 598,89 euros constitué sur des périodes entre janvier 2022 et mars 2023 d'une part, et d'un indu de prime d'activité d'un montant de 8 036,39 euros constitué sur des périodes entre mai 2020 et avril 2023 d'autre part ;

2°) d'annuler les décisions par lesquelles la métropole de Lyon et la caisse d'allocations familiales du Rhône ont implicitement, sur recours administratif préalable obligatoire, confirmé la fin de ses droits au revenu de solidarité active et à la prime d'activité ;

3°) de la décharger de l'obligation de payer les sommes en litige et d'enjoindre à la directrice de ladite caisse de lui rembourser les sommes recouvrées ainsi que la rétablir rétroactivement dans ses droits ;

4°) de mettre à la charge de la métropole de Lyon et la caisse d'allocations familiales du Rhône la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- s'agissant de l'ensemble des indus : la " levée " de la prescription biennale, qui constitue une sanction devant faire l'objet d'une procédure préalable contradictoire qui n'a pas eu lieu, est illégale puisqu'elle est de bonne foi et n'a commis aucune manœuvre frauduleuse ; il n'est pas établi que la mise en recouvrement a été précédée de l'information requise sur la teneur et l'origine des informations obtenues auprès des tiers conformément à l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale ; le principe du contradictoire a été méconnu en l'absence de communication du rapport d'enquête et de l'entier dossier au stade du recours préalable ; elle n'a pas été informée de son droit à être assistée par une personne de son choix lors du contrôle, prévu par la Charte de contrôle sur place édictée par la CNAF ;il n'est pas établi que l'agent ayant procédé au contrôle a été nommé par le directeur de la caisse, ni qu'il a été agréé après avoir réussi aux épreuves et assermenté ;

- s'agissant spécifiquement du revenu de solidarité active : l'absence de consultation de la commission de recours amiable constitue un vice substantiel ; l'indu manque en fait ;

- s'agissant spécifiquement de la prime d'activité, l'indu manque en fait ;

- s'agissant spécifiquement de la fin de ses droits, elle remplissait les conditions requises pour percevoir le revenu de solidarité active et la prime d'activité.

Par un mémoire enregistré le 24 octobre 2024, la métropole de Lyon conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 22 janvier 2025, la caisse d'allocations familiales du Rhône conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Mme A bénéficie de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 septembre 2023.

La présidente du tribunal a désigné M. Reymond-Kellal, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relatifs aux prestations, allocations ou droits attribués au titre de l'aide ou de l'action sociale et du logement en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2022-1234 du 14 septembre 2022 ;

- le décret n° 2022-1568 du 14 décembre 2022 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu les observations de Mme C pour la métropole de Lyon, la directrice de la caisse d'allocations familiales du Rhône et la requérante n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

Sur le revenu de solidarité active :

En ce qui concerne l'indu :

1. En premier lieu, la consultation préalable de la commission de recours amiable en matière de contestations relatives au revenu de solidarité active est prescrite par les dispositions de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles, sauf lorsque la convention de gestion conclue entre la caisse d'allocations familiales et la métropole de Lyon en dispose autrement en application de l'article R. 262-89 du même code. En l'espèce, le recours administratif de Mme A, qui n'est pas à " fort enjeu " au sens de l'article 6.1 de la convention de gestion applicable depuis le 1er juillet 2022, ne devait pas être préalablement soumis à l'avis de la commission de recours amiable.

2. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que l'agent chargé du contrôle ayant eu lieu au premier semestre de l'année 2023, qui n'avait pas à être spécialement désigné par une décision formelle de la directrice de la caisse qui l'emploie, bénéficiait d'un agrément accordé le 26 septembre 2022 et qu'il a prêté serment le 25 octobre 2022 devant le tribunal judiciaire de Lyon.

3. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que la requérante a pu bénéficier de manière effective d'une procédure contradictoire, tant à l'occasion des échanges avec le contrôleur que dans le cadre de l'instruction de sa réclamation. La décision confirmant implicitement l'indu est d'ailleurs intervenue après qu'elle a été mise à même d'exposer ses arguments sur l'ensemble des points relevés par le contrôleur et retenu dans les motifs de la décision initiale. En outre, par courrier du 7 février 2023 auquel elle a répondu le 13 février suivant, elle a bénéficié de l'information requise par l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale. Enfin, par l'avis de passage du 5 décembre 2022 l'invitant à consulter la charte de contrôle, elle a eu connaissance des modalités du contrôle effectué et de la possibilité d'être assistée.

4. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. () ". Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () ".

5. Il résulte de l'instruction, en particulier le rapport d'enquête établi le 10 février 2023, que Mme A ainsi que son fils et sa fille sont tous les trois inscrits sur le registre des français établis en Algérie tenu par le consulat dans ce pays, pour les périodes allant du 8 décembre 2015 au 8 janvier 2021 et du 15 juin 2021 au 15 juin 2026, en ayant déclaré une résidence et des coordonnées téléphoniques dans celui-ci. En outre, sa fille dispose d'un passeport et d'un carnet de santé émis dans ce pays où elle a bénéficié de soins depuis sa naissance en mai 2021, tandis qu'elle n'a pas été déclarée auprès de la sécurité sociale française. Son fils n'a, quant à lui, jamais été scolarisé en France. Par ailleurs, la consultation de ses comptes bancaires n'a fait apparaitre que peu de mouvements en France entre 2020 et 2022 et celle de ses relevés de consommation d'électricité de leur logement dans le Rhône ne peut correspondre, eu égard à son faible niveau, à une famille constituée de quatre personnes. La requérante ne conteste pas sérieusement le motif de l'indu en litige, compte tenu de la période retenue qui porte du 1er janvier 2022 au 31 mars 2022 et du 1er octobre 2022 au 31 mars 2023, en faisant état d'une activité salarié en France en 2019 de son époux ou d'examen et soins médicaux ponctuellement reçus en octobre 2021, février et mars 2023. Par suite, l'autorité compétente pouvait légalement estimer que sa longue absence du territoire français durant les périodes retenues faisait obstacle au versement du revenu de solidarité et lui imposer, en conséquence, de rembourser les sommes perçues indument à ce titre.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles : " L'action en vue du paiement du revenu de solidarité active se prescrit par deux ans. Cette prescription est également applicable, sauf en cas de fraude ou de fausse déclaration, à l'action intentée par l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active ou le département en recouvrement des sommes indûment payées. / () ".

7. Les sommes indument payées au titre du revenu de solidarité active en litige ont été versées à compter du 1er janvier 2022. Dès lors que l'action en recouvrement de ces sommes a débuté par la décision du 24 mai 2023 ordonnant initialement leur restitution, laquelle est intervenue moins de deux ans après, la requérante ne peut utilement invoquer la prescription biennale prévue par ces dispositions en tout état de cause.

En ce qui concerne la fin des droits :

8. La décision du 23 mai 2023 mettant fin aux droits au revenu de solidarité active de Mme A est motivée par la circonstance qu'elle ne perçoit plus cette prestation depuis plus de 4 mois en raison de ressources supérieures au plafond prévu. En se bornant à soutenir que ses ressources déclarées trimestriellement depuis le mois d'octobre 2022 ne dépassent pas le plafond prévu, sans produire aucune pièce permettant d'apprécier le montant des ressources de son foyer alors qu'elle n'est pas dépourvue de moyen pour le faire, Mme A n'assorti pas son moyen de précision suffisante permettant d'en apprécier le bien-fondé. Elle ne peut être regardée, en tout état de cause, comme contestant sérieusement les motifs retenus par la décision qu'elle conteste.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions ayant implicitement confirmé la récupération d'un indu de revenu de solidarité active et la fin de ses droits au revenu de solidarité active. Par suite, ses conclusions en ce sens, ainsi que celles en décharge, restitution et rétablissement qui en sont l'accessoires, doivent être rejetées.

Sur la prime d'activité :

10. En premier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance du principe du contradictoire, de l'absence d'agrément, d'assermentation et de désignation de l'agent en charge du contrôle, de l'absence d'assistance lors du contrôle ou d'information de l'usage du droit de communication requise par l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale, ainsi que ceux relatifs à la prescription biennale doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment aux points 2, 3 et 7.

11. En second lieu, aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité () ". Aux termes de l'article R. 842-1 du même code : " () est considérée comme résidant en France de manière stable et effective la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois () ".

12. Compte tenu des éléments relevés par l'agent en charge du contrôle qui ont été précédemment exposés au point 5, Mme A ne conteste pas sérieusement qu'elle ne pouvait être regardée comme ayant sa résidence en France, durant la période d'indu retenue pour la prime d'activité qui va du 1er mai 2020 au 30 septembre 2020 puis du 1er avril 2021 au 31 décembre 2021 et du 1er avril 2022 au 30 avril 2023, en produisant divers éléments relatifs au travail effectué par son époux en 2019 ou des examens et soins médicaux reçus ponctuellement en octobre 2021, février et mars 2023. Pour les mêmes motifs et en l'absence de toute pièce utilement produite par la requérante, elle n'établit, non plus, que sa résidence en France faisait obstacle à ce qu'il soit mis fin à ses droits à la prime d'activité contrairement au motif retenu par la décision du 23 mai 2023.

13. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions ayant implicitement confirmé la récupération d'un indu de prime d'activité et la fin de ses droits à cette prestation. Par suite, ses conclusions en ce sens, ainsi que celles en décharge, restitution et rétablissement qui en sont l'accessoires, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. La métropole de Lyon et l'Etat n'étant pas la partie perdante dans l'instance, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à la demande présentée par le conseil de Mme A sur leur fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la métropole de Lyon et à la caisse d'allocations familiales du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2025.

Le magistrat désigné,

R. Reymond-Kellal

La greffière,

T. Zaabouri La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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