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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2311220

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2311220

mardi 6 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2311220
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJU Chambre Sociale
Avocat requérantMARTINEZ

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a examiné la requête de Mme B... contestant des indus d'aide personnalisée au logement (6 079,69 €) et de revenu de solidarité active (11 549,51 €), fondés sur une reprise de vie maritale. La requérante invoquait notamment un défaut de motivation, une irrégularité de la commission de recours amiable et une erreur d'appréciation. La caisse d'allocations familiales a fait valoir que l'indu résultait d'un double versement et non de la vie maritale, et que certains droits avaient été rétablis. Le tribunal a rejeté l'ensemble des conclusions de Mme B..., confirmant le bien-fondé des indus et refusant toute remise de dette, en application des codes de la construction, de l'action sociale et de la sécurité sociale.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés respectivement le 21 décembre 2023 et 16 novembre 2024, le 8 avril 2025, le 22 avril 2025, le 2 août 2025 et le 24 septembre 2025, Mme C... B..., représentée par Me Martinez, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d’annuler la décision du 19 octobre 2023 par laquelle la directrice la caisse d'allocations familiales du Rhône a confirmé la récupération d’un indu d’aide personnalisée au logement d’un montant de 6 079,69 euros constitué au titre de la période de décembre 2021 à mars 2023 ;

2°) d’annuler la décision par laquelle le département du Rhône a, sur recours administratif préalable, implicitement confirmé la mise à sa charge un indu de revenu de solidarité active pour un montant de 11 549,51 euros constitué au titre de la période de juillet 2021 à mars 2023;

3°) d’enjoindre à la caisse d'allocations familiales du Rhône de procéder à la restitution des sommes recouvrées sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) subsidiairement, de lui accorder une remise de sa dette d’aide personnalisée au logement et de sa dette de revenu de solidarité active, ou d’ordonner la mise en place d’un échéancier de paiement plus favorable ;

5°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Rhône le versement, à son conseil, une somme de 1 800 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.


Elle soutient que :
- la décision confirmant l’indu d’aide personnalisée au logement est insuffisamment motivée ;
- la décision de la commission de recours amiable attaquée est irrégulière dès lors que Mme B... n’a pas pu y assister, et qu’il n’est pas prouvé que sa composition ait été conforme ;
- les droits de la défense de Mme B... ont été violés dès lors qu’elle n’a pas pu présenter ses arguments devant la commission de recours amiable, n’ayant pas été avisée de la date, du lieu, et de sa composition ;
- la caisse d'allocations familiales du Rhône a commis une erreur manifeste d’appréciation sur la situation maritale de Mme B... ;
- elle aurait dû bénéficier d’une remise de dette, compte tenu de sa bonne foi et de la précarité de sa situation financière.

Par trois mémoires en défense enregistrés le 26 avril 2024, le 14 avril 2025 et le 2 octobre 2025, la caisse d'allocations familiales du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :
- l’indu est en réalité fondé sur le versement à deux reprises de ses allocations et non sur la remise en cause de la vie maritale, la demande d’annulation de la décision de rejet et de la demande de remise de dette concernant l’indu fondé sur la vie maritale est devenue sans objet suite au rétablissement des droits de l’allocataire ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 28 septembre 2023.


Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
- le code de l’action sociale et des familles ;
- le code de la construction et de l’habitation ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.


La présidente du tribunal a désigné M. Segado, premier vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique.

A été entendu au cours de l’audience publique le rapport de M. Segado, magistrat désigné.

Les parties n’étant ni présentes ni représentées.


La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.



Considérant ce qui suit :

Par une décision du 4 avril 2023, la directrice de la caisse d'allocations familiales du Rhône a demandé à Mme B... le reversement d’une somme de 20 325,64 euros correspondant à des indus d’allocation de rentrée scolaire, d’allocation personnalisée au logement, d’allocation de soutien familiale et de revenu de solidarité active, à la suite de la prise en compte d’une reprise de vie maritale, mise en évidence par un contrôle du 17 mars 2021 auprès de son ancien conjoint. Mme B... a formé un recours administratif préalable contestant le bien-fondé de l’indu le 25 mai 2023. Par une décision du 19 octobre 2023, la directrice de la caisse d'allocations familiales du Rhône a rejeté cette demande concernant l’indu d’aide personnalisée au logement de 6 079,69 euros constitué sur la période de décembre 2021 à mars 2023, et a refusé de lui en accorder la remise gracieuse le 26 octobre 2023. Mme B... demande au tribunal d’annuler cette décision, ainsi que la décision implicite confirmant la mise à sa charge d’un indu de revenu de solidarité active d’un montant de 11 549,51 euros, de la décharger de ces indus, et, à titre subsidiaire, de lui accorder une remise totale de cette dette ou la mise en place d’un échéancier de paiement plus favorable.

Sur la régularité et le bien-fondé des indus :

Lorsqu’il statue sur un recours dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d’un indu d’aide personnalisée au logement, il entre dans l’office du juge d’apprécier, au regard de l’argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d’ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d’indu. Il lui appartient, s’il y a lieu, d’annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l’exercice de son office, de régler le litige.

En premier lieu, si la requérante soutient que la décision litigieuse a été prise à l’issue d’une procédure irrégulière faute d’avoir été informée de la tenue de la commission de recours amiable sur son dossier, toutefois aucune disposition législative ou règlementaire ainsi qu’aucun principe général du droit n’impose une telle information préalable de l’allocataire de la date de tenue de cette commission pour examiner son recours, ni la présence de l’intéressée à cette réunion. Par ailleurs, en se bornant à soutenir que la caisse d’allocations familiales du Rhône ne démontre pas que, s’agissant de la décision du 19 octobre 2023 par laquelle la commission de recours amiable a rejeté son recours préalable obligatoire formé contre l’indu d’aide personnalisée au logement, cette commission s’est réunie dans des conditions régulières de convocation, de composition et de quorum conformément aux exigences du paritarisme telles qu’elles sont fixées par les dispositions en vigueur de l’article L. 845-2 du code de la sécurité sociale, Mme B... n’assortit ses moyens d’aucune précision notamment factuelle de nature à permettre au juge d’en apprécier le bien-fondé. Par suite, ces moyens ne peuvent être qu’écartés.

En deuxième lieu, en vertu des 3° et 8° de l’article L. 211-2 et de l’article L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration, les décisions qui imposent des sujétions ou qui rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d’une disposition législative ou réglementaire doivent comporter l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Aux termes de l’article L. 121-1 du même code : « Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l’article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d’une procédure contradictoire préalable ». Aux termes de l’article L. 121-2 de ce code : « Les dispositions de l’article L. 121-1 ne sont pas applicables : (…)/ 4° Aux décisions prises par les organismes de sécurité sociale et par l'institution visée à l'article L. 5312-1 du code du travail, sauf lorsqu'ils prennent des mesures à caractère de sanction (…) ».

La requérante invoque une violation de ses droits de la défense dès lors qu’elle n’a pas pu présenter ses observations devant l’administration avant l’édiction des décisions contestées. Toutefois il résulte des dispositions précitées que la décision prise la caisse d’allocations familiales du Rhône le 19 octobre 2023 n’étant pas une sanction, le principe du contradictoire n’avait pas lieu d’être mis en œuvre à ce titre. Par ailleurs, les décisions ont été prises sur demande de l’intéressée, Mme B... ayant pu faire valoir toute observation utile dans le cadre du recours administratif préalable obligatoire qu’elle a ainsi exercé avant l’intervention de la décision confirmant l’indu. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense doit être écarté.

En troisième lieu, la décision attaquée du 19 octobre 2023 comporte les éléments de droit et de fait qui la fondent. Ainsi, elle se réfère notamment à la nouvelle situation personnelle de Mme B... qu’elle a omis de déclarer, et à la période de perception indue. Par suite, cette décision est suffisamment motivée au regard des prescriptions de l’article L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration.

En dernier lieu, lorsque l’administration fait valoir devant le juge du plein contentieux que la décision dont l'annulation et la réformation sont demandées est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision, il appartient alors au juge de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

Il résulte de l’instruction que par une décision du 4 avril 2023, la caisse d'allocations familiales du Rhône a notamment mis à la charge de Mme B... un indu d’allocation personnalisée au logement d’un montant de 6 079,69 euros pour la période de décembre 2021 à mars 2023 et un indu de revenu de solidarité active d’un montant de 11 549,51 euros au titre de la période de juillet 2021 à mars 2023 au motif qu’elle avait repris une vie commune avec son ex-concubin à compter du 1er juillet 2021. Ces indus ont été confirmés suite à la réclamation préalable formée par l’intéressée, pour ce même motif, par une décision expresse du 19 octobre 2023 en ce qui concerne l’indu d’allocation personnalisée du logement et par une décision implicite de rejet en ce qui concerne l’indu de revenu de solidarité active. Toutefois, il résulte également de l’instruction, notamment du rapport d’enquête de l’agent assermenté de la caisse d’allocations familiales du Rhône du 18 septembre 2024, que Mme B... se trouvait en réalité en situation d’isolement depuis juillet 2021 comme cette dernière l’alléguait. Ainsi, comme l’expose la requérante et comme le reconnaît la caisse d'allocations familiales du Rhône dans ses écritures, le motif tiré de la reprise d’une vie commune ne peut pas justifier légalement les indus litigieux.

Il est vrai que la caisse d'allocations familiales du Rhône fait valoir en défense que les indus de revenu de solidarité active et d’allocation personnalisée au logement sont fondés au motif que ces droits lui auraient été versés à deux reprises justifiant ainsi le maintien pour double emploi.

En l’espèce, il résulte de l’instruction, notamment des copies d’écran d’un logiciel de de gestion de la caisse, et il n’est pas contesté par la requérante, que suite à une déclaration de l’intéressée sur internet, établie avant les décisions confirmant ces indus, faisant état d’une séparation de fait depuis le 2 juillet 2021 et de ce qu’elle vivait ainsi isolée, des virements ont été opérés par la caisse au bénéfice de Mme B... correspondant à un « rappel » des droits de l’intéressée prenant en compte cette situation d’isolement, la caisse versant notamment une seconde fois les allocations litigieuses dont l’intéressée avait déjà bénéficiées précédemment. Ainsi, un virement de 14 858,15 euros a été effectué le 9 août 2023 sur le compte de la requérante correspondant à ses droits au revenu solidarité active et aux prestations familiales sur la période en cause et un autre virement de 7 991,64 euros a été versé à son bailleur le 25 septembre 2023, Alliade Habitat, correspondant à ses droits à l’aide personnalisée au logement sur la période en litige. Dès lors, ce motif tiré de la perception à deux reprises des prestations étant de nature à fonder légalement les indus en litige, il y a lieu de faire droit à la demande de substitution de motif de la caisse d’allocations, laquelle ne prive d’aucune garantie Mme B... qui pouvait, notamment dans le cadre de la présente instance, contester la réalité de ces affirmations. Par suite, la circonstance que la requérante n’a jamais repris de vie commune avec son ancien concubin est sans incidence sur le bien-fondé des indus, le moyen tiré de l’erreur de fait et d’erreur d’appréciation doivent être écartés.

Il résulte de tout ce qui précède que Mme B... n’est pas fondée à demander l’annulation des décisions confirmant la récupération d’un indu d’aide personnalisée au logement et d’un indu de revenu de solidarité active. Par suite, ses conclusions en ce sens ainsi que celles tendant à l’injonction au remboursement des retenues sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin de remise gracieuse et d’échelonnement de la dette :

D’une part, il appartient au tribunal, saisi d’une demande dirigée contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait existant à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire. Pour l’examen de ces deux conditions, le juge est ainsi conduit à substituer sa propre appréciation à celle de l’administration.

Mme B..., dont la bonne foi n’est pas contestée, fait valoir que sa précarité fait obstacle au remboursement de la somme qui lui est réclamée. Toutefois, si la requérante produit quelques éléments relatifs à ses ressources, elle n’apporte aucun justificatif permettant d’apprécier le montant de ses charges. En l’espèce, les éléments produits ne permettent pas d’établir qu’elle se trouverait dans une situation de précarité telle qu’elle serait dans l’incapacité de rembourser l’intégralité des indus restant à sa charge. Par suite, les conclusions présentées par Mme B... tendant t à bénéficier d’une remise de dettes doivent être rejetées.

D’autre part, il n’appartient pas au juge administratif de déterminer les modalités de paiement de la dette. La requérante, qui peut formuler une demande d’échelonnement des remboursements auprès de la caisse d’allocations familiales, n’est, par suite, pas recevable à demander directement l’échelonnement de sa dette.

Sur les frais d’instance :

Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce qu’une somme soit mise à la charge de la caisse d'allocations familiales du Rhône, qui n’est pas partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposé et non compris dans les dépens.

Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C... B... et à la caisse d'allocations familiales du Rhône.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 janvier 2026.


Le magistrat désigné,




J. Segado
Le greffier,




Y. Mesnard



La République mande et ordonne au ministre de la ville et du logement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,
Un greffier,

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