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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2400056

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2400056

lundi 3 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2400056
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantGUERAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 janvier 2024, Mme A B, représentée par Me Guerault, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 10 octobre 2023 de la préfète du Rhône portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, sous astreinte de 100 euros passé le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " étudiant " ou une autorisation provisoire de séjour d'une durée de neuf mois et, dans l'attente et dans le délai de huit jours, l'autorisation provisoire de séjour prévue par l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 300 euros HT assortie des intérêts légaux à verser à son conseil au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la préfète du Rhône n'a pas procédé à un examen complet de sa situation et a commis une erreur de droit ;

- elle a méconnu le 2.2 de l'article 2 de l'accord franco-gabonais du 5 juillet 2007.

Par une décision du 24 novembre 2023, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

La clôture d'instruction a été fixée au 16 avril 2024 par une ordonnance du 12 mars 2024.

Un mémoire en défense enregistré le 30 avril 2024 présenté par la préfète du Rhône n'a pas été communiqué ;

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République gabonaise relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au codéveloppement du 5 juillet 2007 ;

- le code de l'éducation ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche du 19 juillet 2023 fixant la liste des établissements d'enseignement supérieur techniques privés et consulaires autorisés à délivrer un diplôme visé par la ministre chargée de l'enseignement supérieur et pouvant conférer le grade de licence ou de master à leurs titulaires ;

- le code de justice administrative ;

La présidente de la formation de jugement ayant dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Le rapport de Mme Michel ayant été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante gabonaise, est entrée en France le 29 novembre 2020, munie d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ". Elle a bénéficié par la suite en cette qualité d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 1er novembre 2021 au 31 janvier 2023. Elle en a sollicité le renouvellement le 1er août 2023 et s'est vue délivrer puis renouveler une attestation de prolongation d'instruction. Le 12 septembre 2023, elle a sollicité la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour sur le fondement du 2.2 de l'article 2 de l'accord franco-gabonais du 5 juillet 2007. Par des décisions du 10 octobre 2023 dont elle demande l'annulation, la préfète du Rhône a rejeté cette demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office.

2. S'il ressort des pièces du dossier que, comme il vient d'être exposé, Mme B a, le 1er août 2023, demandé le renouvellement d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " étudiant ", elle avait dès cette date achevé son cursus universitaire avec l'obtention, le 24 juin 2023, d'un master of business administration, mention " affaires internationales ". Il s'ensuit que la préfète n'a pas commis d'erreur de droit en estimant que sa demande tendait uniquement à la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour pour chercher un emploi en relation avec sa formation.

3. Aux termes du point 2.2 de l'article 2 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République gabonaise relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au codéveloppement du 5 juillet 2007 : " Une autorisation provisoire de séjour d'une durée de validité de neuf (9) mois renouvelable une fois est délivrée au ressortissant gabonais qui, ayant achevé avec succès, dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national, un cycle de formation conduisant à la licence professionnelle ou à un diplôme au moins équivalent au master, souhaite compléter sa formation par une première expérience professionnelle. Pendant la durée de cette autorisation, son titulaire est autorisé à chercher et, le cas échéant, à exercer un emploi en relation avec sa formation et assorti d'une rémunération au moins égale à une fois et demie la rémunération mensuelle minimale en vigueur en France (). ". Pour apprécier la condition relative à l'achèvement avec succès, dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national, d'un cycle de formation conduisant à la licence professionnelle ou à un diplôme au moins équivalent au master prévue par l'accord du 5 juillet 2007, il y a lieu, s'agissant d'un point non traité par cet accord, d'appliquer l'article D. 422-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui dispose que : " La liste mentionnée aux articles L. 422-10 et L. 422-14 comprend : 1° Les diplômes de niveau I labellisés par la Conférence des grandes écoles ; 2° Le diplôme de licence professionnelle ", l'article D. 612-33 du code de l'éducation qui dispose que : " Les diplômes sanctionnant une formation du deuxième cycle de l'enseignement supérieur conduisent à l'attribution du grade master dans les conditions prévues par les articles D. 612-34 à D. 612-36-4 " et l'article D. 612-34 du même code qui fixe la liste des diplômes dont les titulaires ont, de plein droit, le grade de master et de se référer en outre à l'arrêté du ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche du 19 juillet 2023 fixant la liste des établissements d'enseignement supérieur techniques privés et consulaires autorisés à délivrer un diplôme visé par la ministre chargée de l'enseignement supérieur et pouvant conférer le grade de licence ou de master à leurs titulaires.

4. Il ressort des pièces du dossier que le titre de " BAC + 5 - MBA Ecole de Commerce de Lyon (r) " qui a été décerné à Mme B par cette institution privée hors contrat, versé au dossier, ne comporte pas le visa du ministre chargé de l'enseignement supérieur et de la recherche ou de son représentant et Mme B n'établit pas que l'Ecole de Commerce de Lyon aurait été habilitée par l'Etat à délivrer des diplômes équivalents au grade de master. Par suite, c'est sans méconnaître les stipulations du point 2.2 de l'article 2 de l'accord franco-gabonais que la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer l'autorisation provisoire de séjour qu'elle avait sollicitée.

5. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions attaquées. Sa requête doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Michel, présidente,

Mme Lacroix, première conseillère,

Mme Reniez, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juin 2024.

La présidente-rapporteure,

C. Michel

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

A. Lacroix

La greffière,

K. Schult

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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