mercredi 10 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2400649 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | LAWSON BODY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Lawson-Body, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 janvier 2024 par lequel le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et :
- à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou subsidiairement, " salarié " ou " travailleur temporaire " ;
- à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative dans un délai de deux mois;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- il est entaché d'un défaut de motivation ;
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par exception d'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré au greffe le 3 mai 2024, le préfet de la Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Jourdan.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, né le 27 janvier 1990, de nationalité algérienne, déclare être entré irrégulièrement en France le 11 avril 2016. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le 28 mai 2019. Le 10 mai 2023, l'intéressé a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté en date du 8 janvier 2024, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet de la Loire a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Pour refuser de délivrer un premier titre de séjour à M. A, le préfet de la Loire s'est fondé sur la circonstance que ce dernier n'apporte aucun élément probant de nature à établir la réalité de sa présence sur le territoire français avant l'enregistrement de sa demande d'asile le 17 octobre 2018, sur le fait que, bien que père de deux enfants nés en France en 2020 et 2023, il ne justifiait pas de l'intensité de ses liens avec ses cinq frères résidant régulièrement en France, ainsi que sur les circonstances que l'intéressé, disposant d'une promesse d'embauche en qualité d'étancheur du 1er mars 2022, ne démontrait pas avoir une qualification, une expérience ou des diplômes particulièrement remarquables et que les ressources de son épouse, laquelle dispose d'un certificat de résidence algérien valide jusqu'en 2027, ne sont constituées que par des aides sociales allouées par la caisse d'allocations familiales et certaines aides exceptionnelles du Secours Catholique. Toutefois, il ressort toutefois des pièces du dossier, et il n'est pas contesté en défense, que le requérant réside avec son épouse, avec laquelle il s'est marié en France le 24 août 2019, ainsi qu'avec ses deux enfants nés sur le territoire français en 2020 et 2023. Dès lors, le couple justifiait, à la date de la décision contestée, d'une communauté de vie de plus de quatre années. Dans ces conditions, et en dépit de la circonstance que l'intéressé se soit maintenu irrégulièrement sur le territoire français à la suite du rejet de sa demande d'asile le 28 mai 2019 tel que l'indique le préfet en défense, le requérant est fondé à soutenir que le préfet de la Loire a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation depuis cette date.
3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 8 janvier 2024 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
4. Eu égard aux motifs qui la fondent, l'annulation prononcée par le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de la Loire de délivrer à M. A un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de sa notification. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais non compris dans les dépens :
5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions du 8 janvier 2024 par lesquelles le préfet de la Loire a refusé à M. A la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire de délivrer à M. A un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.
Article 3 : L'État versera la somme de 1 200 euros à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Loire.
Délibéré après l'audience du 21 juin 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Jourdan, présidente,
Mme Rizzato, première conseillère,
M. Gueguen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.
La présidente,
D. Jourdan
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
C. Rizzato
La greffière,
I. Rignol
La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Lyon — N° TA69-2410256
**Sujet principal** : Demande d'annulation du refus de la préfète du Rhône de fixer un rendez-vous pour le dépôt d'une demande de titre de séjour. **Juridiction** : Tribunal Administratif de Lyon (7ème chambre). **Solution retenue** : Le tribunal donne acte du désistement de la requête de la demanderesse. Ce désistement est prononcé car, ayant annoncé un mémoire complémentaire dans sa requête sommaire, elle ne l'a pas produit dans le délai légal de quinze jours. **Textes appliqués** : L'article R. 911-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoit la sanction du désistement en cas de non-production d'un mémoire complémentaire annoncé dans le délai imparti.
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