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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2400667

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2400667

mardi 20 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2400667
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantSELURL PHELIP & ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de Mme A... qui demandait la condamnation du département du Rhône pour les dommages subis par son véhicule suite à la chute d’un arbre sur la route départementale 385 le 13 mars 2023. Bien que le lien de causalité entre l’ouvrage public et le préjudice soit établi, le tribunal a estimé que le département apportait la preuve de l’entretien normal de l’arbre, en raison de la surveillance régulière des abords de la voie et de l’absence de signes de fragilité (pourriture, attaque lignivore) constatés après la chute. La responsabilité du département n’a donc pas été engagée sur le fondement du défaut d’entretien normal de l’ouvrage public, en application des principes généraux de la responsabilité administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 janvier 2024, Mme B... A..., représentée par Me Chatelain, demande au tribunal :

1°) de condamner le département du Rhône à lui verser la somme totale de 16 780,05 euros en réparation des préjudices qu’elle estime avoir subis du fait de la chute d’un arbre sur son véhicule le 13 mars 2023 ;

2°) de mettre à la charge du département du Rhône une somme de 3 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la chute d’un arbre sur son véhicule, le 13 mars 2023, alors qu’elle circulait sur la route départementale 385, entraine la responsabilité du département du Rhône en raison du défaut d’entretien normal de cet arbre ;
- elle a subi un préjudice matériel de 11 780,05 euros, correspondant aux frais de réparation de son véhicule, un préjudice de jouissance de 4 000 euros, faute d’avoir pu utiliser son véhicule durant quatre mois, et un préjudice physique de 1 000 euros.



Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mars 2025, le département du Rhône, représenté par Me Phelip, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que soient ramenées à de plus justes proportions les sommes éventuellement allouées à la requérante, et à ce qu’une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme A... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- aucun défaut d’entretien normal de l’arbre à l’origine du dommage ne peut lui être reproché ;
- à titre subsidiaire, le préjudice de jouissance n’est pas établi, dès lors que les réparations n’ont été entreprises qu’en juillet 2023, et que Mme A... n’établit pas qu’elle n’aurait pas bénéficié d’un véhicule de remplacement ni ne précise l’utilisation qu’elle avait de ce véhicule ; il n’est pas établi que toutes les réparations effectuées sur le véhicule de Mme A... sont en lien direct et certain avec l’accident et le montant demandé au titre du préjudice physique est exorbitant.


Par ordonnance du 21 mars 2025, la clôture d'instruction a été fixée au 30 juin 2025.

Un mémoire présenté par la Caisse primaire d’assurances maladie du Rhône a été enregistré le 29 décembre 2025 et n’a pas été communiqué en application de l’article R. 613-3 du code de justice administrative.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code la voirie routière ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Boulay, première conseillère,
- les conclusions de Mme Collomb, rapporteure publique,
- et les observations de Me Chatelain, représentant Mme A..., et de Me Boudier, représentant le département du Rhône.



Considérant ce qui suit :

Le 13 mars 2023, alors que Mme A... circulait à bord de son véhicule sur la route départementale n° 389 en direction de Civrieux d’Azergues et à hauteur du point routier n°52, son véhicule a été atteint par la chute d’un arbre bordant la voirie publique. Par un courrier du 14 novembre 2023, dont il a été accusé réception le lendemain, elle a adressé au département du Rhône une demande préalable d’indemnisation des conséquences de cette chute d’arbre. Sa demande ayant été implicitement rejetée, Mme A... demande la condamnation du département du Rhône à l’indemniser des différents préjudices qui ont résulté pour elle de la chute de cet arbre, à hauteur de la somme totale de 16 780,05 euros.
La responsabilité du maître de l’ouvrage public est engagée en cas de dommages causés aux usagers par cet ouvrage dès lors que la preuve de l'entretien normal de celui-ci n'est pas apportée, sans que le maître de l’ouvrage puisse invoquer le fait d'un tiers pour s'exonérer de tout ou partie de cette responsabilité.
Il résulte de l’instruction, notamment du constat amiable d’accident automobile établi le jour-même de l’accident et du procès-verbal de constat établi par l’assureur du département, qu’un arbre situé sur le domaine public départemental au niveau du point routier n° 52 sur la route départementale 385 s’est abattu sur le véhicule de la requérante, alors qu’elle circulait sur cette voie le 13 mars 2023, vers 15h30, par temps de fort vent. Son véhicule a subi diverses dégradations, le rendant temporairement impropre à la circulation, et Mme A... a subi un choc psychologique ainsi que des douleurs correspondant à une interruption temporaire de travail inférieure à trois jours. Dans ces conditions, le lien de causalité entre cette chute d’arbre et les dommages subis par Mme A..., alors usagère de la voie publique dont l’arbre la bordant est un accessoire, est établi.
Toutefois, il résulte également de l’instruction que si les services du département ne disposent pas d’un inventaire complet du patrimoine arbustif départemental, ils ont procédé à une surveillance régulière des abords de la voie en cause et cet arbre n’avait pas fait l’objet d’une fiche phytosanitaire. En outre, une tournée des services départementaux en charge de la surveillance de la voirie a eu lieu le jour même de l’accident, vers 10h15, sans identifier de point particulier quant à cet arbre, dont le débitage postérieurement à l’accident n’a conduit à relever ni pourriture, ni attaque lignivore. Enfin, la circonstance, attestée par une photographie de 2022 figurant dans un courriel du 10 juillet 2023, que la cime de cet arbre était supérieure à celle des arbres avoisinants, et qu’il pouvait ainsi présenter une prise au vent plus importante, ne saurait suffire, à elle-seule, et au vu des éléments susmentionnés, à caractériser un défaut d’entretien normal de cet arbre. Par suite, Mme A... n’est pas fondée à rechercher la responsabilité du département du Rhône pour défaut d’entretien normal de l’arbre qui s’est abattu sur son véhicule.
Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par Mme A... doivent être rejetées.
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département du Rhône, qui n’est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme A... au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge du Mme A... la somme demandée par le département du Rhône au même titre.


D E C I D E:


Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A..., au département du Rhône et à la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône.






Délibéré après l'audience du 6 janvier 2026, à laquelle siégeaient :

M. Pin, président,
Mme Bardad, première conseillère,
Mme Boulay, première conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2026.





La rapporteure,

P. Boulay


Le président,

F.-X. Pin



La greffière,





F. Abdillah





La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.



Pour expédition,
Une greffière,


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