Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2401075

mercredi 23 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2401075
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJU Chambre Sociale

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon, saisi en plein contentieux sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, rejette la requête de M. A C. Ce dernier demandait l'injonction à la préfète du Rhône de le reloger en exécution d'une décision de la commission de médiation le reconnaissant prioritaire. Le tribunal estime que la proposition de logement de type T5 qui lui a été faite n'est pas manifestement inadaptée à sa situation, malgré ses griefs relatifs à l'éloignement des transports pour son fils handicapé et au coût du loyer. La solution retenue est donc le rejet de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 février 2024 et un mémoire complémentaire enregistré le 27 mai 2024, M. E A C demande au tribunal d'enjoindre à la préfète du Rhône d'assurer son relogement en exécution de la décision de la commission de médiation Droit au logement opposable du département du Rhône du 11 juillet 2023.

Il soutient que :

- il a reçu une proposition de logement le 24 avril 2024 pour un logement situé rue de la Bannière à Lyon 3ème ;

- celui-ci ne répond pas à ses besoins et ses capacités compte tenu de l'éloignement des transports en commun pour son fils, souffrant d'un handicap visuel, de la localisation du logement qui ne se situe pas dans un environnement familier et du coût élevé du logement compte tenu des capacités de son foyer.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 26 avril et 4 juin 2024, la préfète du Rhône conclut, en dernier lieu, au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- le requérant n'établit pas que le logement proposé serait inadapté, alors même que la commission n'a préconisé aucune adaptation particulière lié au handicap de son fils ;

- le logement se situe à proximité des transports en commun ;

- le montant du loyer ne constitue par un taux d'effort excessif compte tenu des ressources du ménage.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mariller, présidente ;

- et les observations de M. B, pour la préfète du Rhône.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C demande au tribunal, saisi sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, d'enjoindre à la préfète du Rhône d'assurer son relogement en exécution de la décision du 11 juillet 2023 par laquelle la commission de médiation du département du Rhône a reconnu le caractère prioritaire et urgent de sa situation, devant être logé d'urgence dans un logement répondant à ses besoins et à ses capacités, de type T5.

2. Aux termes du I de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le demandeur qui a été reconnu par la commission de médiation comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence et qui n'a pas reçu, dans un délai fixé par décret, une offre de logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités peut introduire un recours devant la juridiction administrative tendant à ce que soit ordonné son logement ou son relogement. / () / Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne, lorsqu'il constate que la demande a été reconnue comme prioritaire par la commission de médiation et doit être satisfaite d'urgence et que n'a pas été offert au demandeur un logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités, ordonne le logement ou le relogement de celui-ci par l'Etat et peut assortir cette injonction d'une astreinte () ". Aux termes du IV bis de l'article L. 441-2-3 du même code : " Les propositions faites () aux demandeurs reconnus prioritaires par les commissions de médiation ne doivent pas être manifestement inadaptées à leur situation particulière ".

3. Il résulte des dispositions organisant le droit au logement opposable, particulièrement des articles R. 441-16-3, R. 441-18 et R. 441-18-2 du code de la construction et de l'habitation, que le demandeur reconnu comme prioritaire par une décision de la commission de médiation peut perdre le bénéfice de cette décision si, sans motif impérieux, il refuse une offre de logement ou d'hébergement correspondant à ses besoins et à ses capacités.

4. Par une décision du 11 juillet 2023, la commission de médiation Droit au logement opposable du département du Rhône a reconnu le caractère prioritaire et urgent de la situation de M. A C, devant être logé d'urgence dans un logement répondant à ses besoins et à ses capacités, de type T5, sans adaptation particulière.

5. Le requérant a été destinataire, le 24 avril 2024 d'une proposition d'attribution d'un logement de type T5, situé dans le 3ème arrondissement de Lyon, d'une surface de 100 m², qu'il a refusée à raison de la localisation du logement, de son éloignement vis-à-vis des transports en commun compte tenu du handicap de son fils, et du prix du loyer qu'il estime trop élevé. Toutefois, d'une part, le handicap visuel dont est atteint son fils, qui n'a d'ailleurs pas été renseigné par le requérant ni dans sa demande de logement social ni dans sa demande présentée à la commission, n'est étayé par aucune des pièces versées au dossier. En tout état de cause, si M. A C fait valoir l'importance pour son fils D de terminer ses études supérieures, il résulte de l'instruction que le logement proposé se situe à proximité des transports en commun, en particulier à moins de dix minutes à pied et à un arrêt de métro de la ligne desservant l'université de son fils. D'autre part, si M. A C soutient que le montant du loyer excéderait sa capacité financière, il ne résulte pas des éléments avancés par la préfète en défense, non contestés par le requérant, que le ratio entre le coût du logement et les ressources du ménage, de l'ordre de 25%, constituerait un taux d'effort excessif. Ainsi, la proposition faite au requérant, au regard notamment de l'état de santé et de l'âge des membres de sa famille, des préconisations de la commission de médiation ainsi que de la localisation, de la typologie ou du montant du loyer du logement concerné, ne saurait être regardée comme étant manifestement inadaptée à sa situation particulière au sens des dispositions organisant le droit au logement opposable.

6. Dans ces conditions, M. A C, préalablement informé des conséquences d'un refus, n'est pas fondé à demander au tribunal qu'il soit enjoint à l'autorité administrative d'assurer son relogement en application du I de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Il s'ensuit que sa requête doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.

Article 2 : Le présente jugement sera notifié à M. E A C et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine.

Copie en sera adressée à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2024.

La présidente du tribunal,

C. MarillerLe greffier,

Y. MesnardLa République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine, en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

Le greffier