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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2402175

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2402175

lundi 15 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2402175
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantLOPEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 mars et 13 juin 2024, M. A C, représenté par Me Lopez, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'Etat à lui payer à titre de provision une somme de 51 515 euros en réparation des préjudices consécutifs à sa maladie professionnelle, outre intérêts de droit à compter de la réception de sa demande indemnitaire préalable ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il subit un préjudice à la suite d'une maladie professionnelle ;

- il peut prétendre du fait de cette maladie, à l'indemnisation des préjudices patrimoniaux ou des préjudices personnels, par la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, au moyen d'une indemnité complémentaire réparant ses chefs de préjudice autres que les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par cette maladie,

- il a demandé à être indemnisé par l'Etat ;

- à la date d'introduction de sa requête, il n'avait reçu aucune réponse ; sa requête est, en tout état de cause, irrecevable ;

- la proposition de l'administration ne répare pas intégralement son préjudice ;

- il estime que pour une indemnité de 16 euros par jours, il peut prétendre, au titre de son déficit fonctionnel temporaire, à une somme de 5 031 euros ; il accepterait éventuellement un taux journalier de 14 euros ;

- les souffrances endurées justifient une indemnité de 7 500 euros, mais, à titre provisionnel il accepterait 7 200 euros ;

- son déficit fonctionnel permanent est évalué à 20% ; il justifie une indemnité de 30 000 euros compte tenu de son âge à la date de consolidation, mais, à titre provisionnel il accepterait 28 200 euros ;

- il accepte une indemnité de 1 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent ;

- son préjudice d'agrément doit être indemnisé par une somme de 3 000 euros, même si l'activité sportive était proposée dans un cadre professionnel ;

- il accepte l'indemnisation des frais de transport qu'il a engagés dans le cadre de la prise en charge de sa pathologie, pour le montant de 3 124 euros ;

- il peut prétendre à l'indemnisation de ses frais de justice pour un montant de 2 160 euros.

Par un mémoire enregistré le 27 mai 2024, le préfet de la zone de défense et de sécurité sud-est conclut :

1°) à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, à une indemnisation limitée à 43 177 euros.

Il soutient que :

- la demande d'indemnisation de M. C est parvenue à l'administration le 28 décembre 2023 ;

- le 16 avril 2024, M. C a reçu l'offre d'indemnisation de l'administration ;

- antérieurement l'administration avait envoyé à M. C des demandes de justification de ses préjudices ; le requérant ne peut se prévaloir, dans ces conditions, d'une décision de rejet de sa demande et sa requête est irrecevable ;

- les frais de déplacement supportés par le requérant seront justement indemnisés à hauteur de 3 003 euros ;

- sur la base d'une indemnisation de 12 euros/jour, pour un déficit fonctionnel temporaire de 100%, il a été proposé à M. C une somme de 3 774 euros ;

- pour les souffrances, il lui a été proposé une somme de 7 200 euros ;

- pour le préjudice esthétique permanent, il lui a été proposé la somme de 1 000 euros ;

- la pratique de l'escalade étant effectuée dans le cadre professionnel, elle n'est pas une activité sportive spécifique, dont l'arrêt peut être indemnisé au titre du préjudice d'agrément. ;

- il n'est pas justifié de la pratique du karaté ;

- les honoraires d'avocat d'un montant de 2 160 euros ne font pas partie de la nomenclature Dintilhac et ne sont pas susceptibles d'indemnisation ;

- la somme proposée à M. C est donc de 43 177 euros.

Vu les autres pièces du dossier.

Le président du tribunal a désigné Mme Wolf, présidente honoraire, pour statuer sur les demandes de référé.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 modifiée portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, né le 20 mai 1967, est brigadier-chef, affecté à la direction zonale de la police aux frontières sud-est depuis le 1er septembre 2019. Antérieurement, il était affecté au centre de déminage de Lyon. Il a ressenti une vive douleur à l'épaule gauche en soulevant une caisse de munitions. Par décision du 20 avril 2018, sa pathologie a été reconnue comme maladie professionnelle imputable au service. Le 31 octobre 2023, le Dr B, expert désigné par ordonnance du juge des référés du tribunal de céans a déposé le rapport décrivant la pathologie et les préjudices subis par M. C. Par la présente requête, ce dernier demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures de condamner l'Etat lui payer à titre de provision une somme de 51 515 euros en réparation des préjudices consécutifs à sa maladie professionnelle.

Sur la recevabilité de la requête :

2. Il résulte de l'instruction que M. C a adressé à son administration, qui l'a reçue le 28 décembre 2023, une demande d'indemnisation des préjudices subis par suite de sa maladie professionnelle. A la date du 4 mars 2024, M. C, n'avait pas reçu de l'administration une réponse favorable. Par suite, et quand bien même l'administration lui avait demandé, dès le début de l'année 2024, de produire des justificatifs de certains préjudices, M. C peut se prévaloir d'un rejet implicite de sa demande. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.

Sur la provision :

3. Aux termes, d'une part, de l'article R. 541-1 du code justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude.

4. L'Etat a l'obligation de garantir ses agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Même en l'absence de faute de celui-ci, le fonctionnaire victime d'un accident de service peut obtenir de l'administration qui l'emploie une indemnité réparant les préjudices extra-patrimoniaux résultant de l'atteinte qu'il a subie dans son intégrité physique, des souffrances physiques ou morales et des préjudices esthétiques ou d'agrément subis. Le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature que ceux réparés par l'allocation temporaire d'invalidité ou la rente viagère, ou des préjudices personnels, peut également obtenir de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice. Enfin, le fonctionnaire peut engager une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage par l'administration d'Etat, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette administration.

5. L'administration ne remet en cause, ni l'imputabilité au service de la pathologie de M. C, ni les conclusions de l'expert, ni le droit pour M. C à être indemnisé des préjudices visés au point 4.

6. Il persiste un désaccord, quant à l'indemnisation du préjudice fonctionnel temporaire subi par M. C, ce dernier estimant que le taux de 12 euros/jour et 360 euros/mois pour un préjudice fonctionnel temporaire de 100%, que lui a proposé le service est insuffisant et demandant une indemnisation sur la base d'un taux de 16 euros/jour, à tout le moins 14 euros/jour, correspondant aux taux supérieur ou moyen du barème de l'ONIAM. Dans les circonstances de l'espèce, alors que M. C ne présente, en tout état de cause, aucun argument pour justifier un taux journalier supérieur à 12 euros, il y a lieu de retenir la proposition de l'administration, soit 3 774 euros et de rejeter le surplus de la demande de M. C comme, n'étant pas non sérieusement contestable.

7. Il résulte de l'instruction que les parties sont d'accord sur des indemnités de 7 200 euros, au titre des souffrances endurées, 28 200 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, 1 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent.

8. Entre ce que M. C est disposé à accepter et la proposition du préfet de la zone de défense et de sécurité Sud-Est, subsiste un écart de 121 euros, correspondant aux déplacements afférents à 16 séances de kinésithérapeute omises par l'administration dans son décompte, alors qu'elles sont justifiées par le requérant. Dans ces conditions, il y a lieu de retenir un total de frais de déplacement de 3 124 euros, qui n'est pas sérieusement contestable et que l'administration doit payer à M. C.

9. M. C a estimé qu'il subit un préjudice d'agrément résultant de l'impossibilité pour lui de continuer à pratiquer le karaté et l'escalade. S'il produit une attestation de capacité délivrée le 9 mai 2011, portant sur les techniques d'intervention en hauteur de niveau I, il n'apporte, en tout état de cause, aucun justificatif qu'il pratiquait encore l'escalade précédemment à sa déclaration d'accident le 4 novembre 2015, pas plus, d'ailleurs, que le karaté. Par suite, M. C n'établit pas la réalité du préjudice d'agrément dont il se prévaut.

10. En revanche, M. C établit avoir payé à son conseil une somme de 2 160 euros pour la procédure de référé expertise. Cette créance, compte tenu notamment de son montant et de son utilité, n'est pas non sérieusement contestable. Par suite, il y a lieu de condamner l'Etat à payer à M. C une indemnité provisionnelle d'un montant équivalent.

11. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'Etat à payer à M. C une indemnité provisionnelle de 45 458 euros.

12. La somme de 45 458 euros portera intérêts à compter du 28 décembre 2023 date de réception par l'administration de la réclamation préalable de M. C.

Sur les frais du litige :

13. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. C une indemnité provisionnelle de 45 458 euros, majorée de l'intérêt au taux légal à compter du 28 décembre 2020.

Article 2 : L'Etat versera à M. C une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C et au ministre de l'Intérieur et des Outre-Mer.

Copie en sera adressée au préfet de la zone de défense et de sécurité Sud-Est

Fait à Lyon, le 15 juillet 2024.

La juge des référés,

A. Wolf

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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