Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 mars 2024, Mme B... A..., représentée par Me Blanc, demande au tribunal :
1°) de condamner le département de l’Ardèche à lui verser la somme totale de 8 000 euros, outre les intérêts et la capitalisation des intérêts, en réparation des préjudices qu’elle estime avoir subis du fait de l’accident survenu le 10 janvier 2022 alors qu’elle circulait en voiture sur la route départementale (RD) 578 ;
2°) de mettre à la charge du département de l’Ardèche la somme de 2 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité du département de l’Ardèche, compétent pour l’entretien des routes départementales en vertu de l’article L. 1312 du code de la voirie routière, est engagée ;
- le dommage accidentel qu’elle a subi est imputable aux travaux publics de purge de la falaise bordant la voie, à l’égard desquels elle a qualité de tiers ; elle recherche ainsi la responsabilité sans faute du département ;
- le lien de causalité entre son accident et la chute de pierres, en lien avec l’opération de travaux publics menée pour le compte du département de l’Ardèche, est établi ;
- le département de l’Ardèche doit être condamné à lui verser les sommes de 3 000 euros au titre du préjudice matériel et 5 000 euros au titre des préjudices physiques et psychologiques qu’elle a subis.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2025, le département de l’Ardèche, représenté par Me Defaux, conclut :
1°) à titre principal, au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire, à ce que l’indemnité allouée à Mme A... soit limitée ;
3°) à ce que société Hydrokarst soit condamnée à le relever et le garantir des condamnations qui pourraient être prononcées à son encontre ;
4°) à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme A... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa responsabilité n’est pas engagée ;
- la requérante a participé à la réalisation du dommage en manquant de vigilance ;
- subsidiairement, le préjudice matériel subi par la requérante ne saurait être indemnisé au-delà d’une somme de 2 900 euros TTC ;
- les préjudices physiques et psychologiques allégués ne sont pas établis ;
- la société Hydrokarst doit être condamnée, sur le terrain quasi-délictuel, à la garantir de toute condamnation si le lien de causalité direct entre le dommage et les travaux devait être considéré comme établi.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juin 2025, la société Hydrokarst, représentée par Me David, conclut :
1°) à titre principal, au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire, au rejet de l’appel en garantie formé à son encontre par le département de l’Ardèche ;
3°) à ce que l’indemnité allouée à Mme A... soit limitée ;
4°) à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge du département de l’Ardèche au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requérante était usagère de la voirie départementale et non tiers à cet ouvrage ;
- la requérante n’établit pas le lien de causalité entre le dommage et l’ouvrage public ;
- aucun défaut d’entretien normal n’est caractérisé ;
- la requérante a participé à la réalisation du dommage en agissant avec imprudence ;
- l’appel en garantie du département doit être rejeté ;
- le montant des préjudices allégués est excessif et n’est pas justifié.
La requête a été communiquée à la caisse primaire d’assurance maladie de l’Ardèche qui n’a pas produit d’observations.
Par une ordonnance du 21 octobre 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 6 novembre 2025.
La société Hydrokarst a présenté un mémoire, enregistré le 9 février 2026, postérieurement à la clôture de l’instruction, et qui n’a pas été communiqué en application de l’article R. 613-3 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de la voirie routière ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Pin, président de la 6ème chambre, en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative pour statuer sur les litiges relevant de cet article.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Pin, magistrat désigné,
- les conclusions de Mme C... ;
- et les observations de Me Bui, avocate de Mme A..., de Me Hemery, avocate du département de l’Ardèche et de Me Voisin, avocate de la société Hydrokarst.
Considérant ce qui suit :
Sur le fondement de responsabilité :
1. Le 10 janvier 2022, Mme A... a été victime d’un accident alors qu’elle circulait en voiture sur la route départementale (RD) n° 578 aux environs de la commune de Vallées-d’Entraigues-Asperjoc (Ardèche). Elle impute cet accident à la chute, sur la chaussée, d’un éboulis rocheux qui s’est détaché, à l’instant précis de son passage, de la falaise bordant cette route alors que des travaux de purge de cette paroi étaient en cours. Il résulte des photographies versées à l’instance que quelques pierres éboulées se trouvaient sur le bas-côté de la chaussée et qu’à la suite de l’accident, le véhicule de Mme A... s’est retrouvé sur l’une de ces pierres.
2. L’opération de travaux publics de purge de la falaise ont eu pour seul objet d’assurer la sécurisation de la voie en prévenant les éboulements, ainsi qu’il résulte du bon de commande du 6 janvier 2022 passé entre le département de l’Ardèche, gestionnaire de la voie, et la société Hydrokarst, chargée de la réalisation de ces travaux de purge de la paroi rocheuse, en vertu d’un accord-cadre relatif à des travaux acrobatiques sur falaises et ouvrages d’art. Il suit de là que les travaux publics en cause participaient à assurer l’entretien de la voirie routière départementale dont la charge incombe au département en application de l’article L. 131-2 du code de la voirie routière. Ainsi, lors de son accident, la requérante n’avait pas la qualité de tiers à l’égard des travaux publics de confortement de la paroi en surplomb de la voirie, mais doit être regardée comme ayant la qualité d’usagère de la voie publique pour la sécurisation de laquelle l’opération de travaux publics a été entreprise. Dans ces conditions, Mme A... ne saurait valablement invoquer le régime de responsabilité sans faute du fait des dommages que les ouvrages publics peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Au demeurant, il ne résulte pas de l’instruction, et n’est d’ailleurs pas même allégué, que la portion de la RD 578 en cause aurait présenté le caractère d’un ouvrage exceptionnellement dangereux de nature à engager la responsabilité sans faute de son gestionnaire.
3. Il suit de là que la requête présentée par Mme A..., qui ne place pas son action sur le terrain du défaut d’entretien normal de l’ouvrage public à l’égard des usagers de la voie, doit être rejetée.
Sur l’appel en garantie :
4. En l’absence de condamnation du département de l’Ardèche à indemniser Mme A..., il n’y a pas lieu d’examiner les conclusions d’appel en garantie du département contre la société Hydrokarst.
Sur les frais liés au litige :
5. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mises à la charge du département de l’Ardèche qui n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante, les sommes que Mme A... et la société Hydrokarst demandent à ce titre. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de Mme A... la somme que demande le département de l’Ardèche au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le département de l’Ardèche et par la société Hydrokarst sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A..., au département de l’Ardèche et à la société Hydrokarst.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mars 2026.
Le magistrat désigné,
F.-X. Pin
La greffière,
F. Abdillah
La République mande et ordonne au préfet de l’Ardèche en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Une greffière,