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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2402818

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2402818

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2402818
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantHASCOET ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 mars 2024 et un mémoire complémentaire enregistré le 24 juin 2024, Mme D C, représentée par Me Devaux (Adage avocats associés), demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative d'ordonner une expertise aux fins de déterminer les conséquences de l'accident dont elle a été victime sur l'aire d'autoroute de Bourg Jasseron, le 4 septembre 2022, et d'évaluer son préjudice.

Elle soutient que :

- le 4 septembre 2022, sur l'aire d'autoroute Bourg Jasseron, elle a chuté à raison du basculement d'une dalle en béton mal scellée ; compte tenu d'une plaie béante au tibia, elle s'est rendue aux urgences de l'hôpital privé Paul d'Egine et a subi une opération le lendemain ;

- suite à une consultation pour des douleurs post-chute, une radiographie réalisée a mis en évidence un enfoncement du plateau vertébral inférieur de L3 ; une cimentoplastie sous anesthésie générale a ainsi été réalisée le 25 novembre 2022 ;

- dans les suites de cette intervention chirurgicale, elle a fait un épisode grave de surinfection pulmonaire au bacille pyocyanique, justifiant une hospitalisation du 16 au 19 mai 2023 ;

- sa demande d'indemnisation a été rejetée par l'assureur de la société Autoroute Paris-Rhin-Rhône (APRR).

Par un mémoire en défense, et un mémoire complémentaire, enregistrés les 5 juin et 8 juillet 2024, la société APRR - Autoroute Paris Rhin Rhône et la société Allianz Global Corporate et Spécialité SE, représentées par Me Verdon (Cabinet HetA) demande au juge des référés :

1°) à titre principal, de rejeter la requête ;

2°) à titre subsidiaire, de donner acte à la société APRR de ce qu'elle formule les plus expresses protestations et réserves d'usage quant à l'engagement de sa responsabilité et de compléter la mission de l'expert selon les termes de leur mémoire ;

3°) de réserver les dépens ;

4°) de mettre à la charge de Mme C la somme de 1 500 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles font valoir que la demande d'expertise ne présente par d'utilité en l'absence manifeste de défaut d'entretien normal de l'ouvrage et de lien de causalité entre le défaut imputé et le préjudice allégué ; en toute hypothèse, le regard et la dalle en béton ne constituent pas un obstacle excédant ceux qu'un usager normalement attentif peut s'attendre à rencontrer dans un tel lieu.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".

2. L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher. A ce dernier titre, il ne peut faire droit à une demande d'expertise lorsque, en particulier, elle est formulée à l'appui de prétentions qui ne relèvent manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative, qui sont irrecevables ou qui se heurtent à la prescription. De même, il ne peut faire droit à une demande d'expertise permettant d'évaluer un préjudice, en vue d'engager la responsabilité d'une personne publique, en l'absence manifeste de lien de causalité entre le préjudice à évaluer et un ouvrage public dépendant de cette personne.

3. Par la présente requête, Mme C demande que soit ordonnée une expertise aux fins de déterminer les conséquences de la chute dont elle a été victime sur l'aire d'autoroute de Bourg Jasseron, le 4 septembre 2022. Elle fait valoir que la responsabilité de la société APRR est susceptible d'être engagée pour défaut d'entretien normal d'un ouvrage publique.

4. Pour conclure au rejet, la société APRR - Autoroute Paris Rhin Rhône et la société Allianz Global Corporate et Spécialité SE font valoir, d'une part, que la mesure d'expertise sollicitée ne présente pas d'utilité, en l'absence manifeste de tout défaut d'entretien normal de l'ouvrage et de lien de causalité entre le défaut imputé à la société APRR et le préjudice allégué, d'autre part, qu'aucun élément versé par la requérante ne permet d'affirmer que le regard et la dalle en béton constituaient un obstacle excédant ceux auxquels un usager normalement attentif peut s'attendre à rencontrer dans un tel lieu et pouvant caractériser un défaut d'entretien de l'ouvrage public.

5. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction, et notamment des pièces versées au dossier, qu'il n'existerait manifestement pas de lien de causalité entre les préjudices subis par Mme C et la dalle en béton sur laquelle elle soutient avoir chuté. En outre, la question tirée du défaut d'entretien normal comme celle tirée de ce que la dalle en béton constituerait ou non un obstacle excédant ceux qu'un usager normalement attentif peut s'attendre à rencontrer, ne relèvent que de la seule appréciation du juge du fond et ne sauraient, au stade de la procédure en référé, qui avant tout procès au fond ne tend qu'à ordonner une mesure d'instruction, faire obstacle à la présente demande de Mme C. Ainsi, la demande de Mme C, qui ne préjuge en rien des responsabilités encourues et qui est susceptible de se rattacher à une action ultérieure devant le juge du fond, présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a donc lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

6. En revanche, il n'appartient pas au juge administratif de donner acte de protestations ou de réserves. Les conclusions présentées en ce sens ne peuvent qu'être rejetées.

7. Ensuite, il appartient à la seule présidente de la juridiction de désigner la ou les parties qui assumeront la charge, après l'accomplissement de l'expertise, des frais et honoraires de celle-ci. Par suite, les conclusions relatives aux dépens ne peuvent qu'être rejetées.

8. Enfin, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la requérante la somme demandée par la société APRR et son assureur, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : Le docteur A B, domicilié Selarl du Dr A B - 155 ter boulevard de Stalingrad à Lyon (69006), est désigné comme expert avec pour mission de :

1° - prendre connaissance des dossiers médicaux et de tous documents concernant Mme C, détenus par elle et par les personnes et établissements l'ayant soignée ; convoquer et entendre les parties et tout sachant ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de Mme C, ainsi que, le cas échéant, à son examen clinique ;

2° - décrire les blessures, les lésions, les affections résultant de l'accident dont dit avoir été victime Mme C le 4 septembre 2022 et en indiquer la nature, le siège et l'importance ; en particulier déterminer si ces blessures peuvent avoir été causées par la chute alléguée sur la dalle de béton de l'aire d'autoroute ;

3° - indiquer les soins, traitements et interventions dont Mme C a été l'objet à la suite de cet accident ainsi que les soins, traitements et interventions éventuellement prévisibles ;

4° - déterminer la date de consolidation de l'état physique de Mme C, l'importance et la durée du déficit fonctionnel temporaire, des souffrances endurées, du préjudice esthétique temporaire, du déficit fonctionnel permanent, du préjudice d'agrément, du préjudice esthétique permanent, et du préjudice sexuel, ou de tout autre préjudice extrapatrimonial dont elle ferait état, en distinguant la part imputable à l'accident de celle ayant pour origine soit l'évolution normale prévisible de l'état de santé de l'intéressée, soit toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment à ses antécédents médicaux ;

5° - dire si l'état de santé de Mme C est susceptible de modification en aggravation ou amélioration ; dans l'affirmative fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;

6°- préciser le montant des dépenses de santé et des frais divers supportés jusqu'à la date de consolidation et évaluer la nature et le montant des dépenses de santé futures, le cas échéant, indiquer quels seront les besoins d'adaptation du logement et du véhicule de Mme C, compte tenu de son handicap éventuel, dire dans quelle mesure elle aura besoin de l'assistance d'une tierce personne ;

7°- de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur l'importance du préjudice, ainsi que toute information utile à la solution du litige ;

8° - tenter de parvenir à un accord entre les parties, si possible.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable de la présidente du tribunal administratif. L'expert recueillera et consignera les observations des parties sur les constatations auxquelles il procèdera et les conclusions qu'il envisagera d'en tirer.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expertise aura lieu en présence de Mme C, de la société APRR - Autoroute Paris Rhin Rhône et de la société Allianz Global Corporate et Spécialité.

Article 5 : L'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme d'échanges dans le délai de quatre mois à compter de la notification de la présente ordonnance, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 6 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer dans les conditions prévues à l'article R. 621-7-3 du même code.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D C, à la société APRR - Autoroute Paris Rhin Rhône, à la société Allianz Global Corporate et Spécialité SE et à l'expert.

Fait à Lyon, le 26 septembre 2024.

La présidente du tribunal,

Juge des référés,

C. MARILLER

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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